‹ Essais de littérature françaiseChapitre 16 sur 58 · Socrate chrétien, discours II F · texte numérisé non relu

Socrate chrétien, discours II F

hardiesse qui menace de la part de l'homme, mais la force, qui accable, est toute de Dieu. » Après deux siècles, ce passage conserve toute sa beauté, tout son éclat, et Ton ne voit pas par où il pourrait vieillir et se ternir, tant est énergique la vitalité du beau langage et des grandes idées.

Ces grandes idées et ce noble langage font de Balzac un précurseur de Bossuet; son imagination brillante esquisse en traits vigoureux le système que l'auteur du Discours sur l'histoire universelle animera du souffle de son génie, et qu'il fécondera de toutes les ressources d'une solide érudition. Balzac a eu le tort de ne pas assez nourrir de science les conceptions de son esprit, et de les quitter dès qu'elles lui ont fourni quelques images frappantes et de beaux effets de style : on voit qu'il tient moins à convaincre qu'à frapper, et à communiquer ses idées qu'à en faire admirer l'expression. C'est ainsi que dans le chapitre vin du traité du Prince il donne une atteinte aux casuistes de l'école d'Escobar et qu'il se garde d'engager une lutte suivie, laissant à Pascal les dangers et la gloire d'un duel à outrance : ce On laisse, dit Balzac, crier la vieille philosophie dans Lesécolesel dans les chaires des prédicateurs, où elle n'est écoutée que des enfants et des femmes; elle dit assez qu'un petit mal est défendu quand il en devroit naître un grand bien ; que si le monde ne se peut conserver <pie par un péché, elle est d'avis qu'on le laisse perdre ; que ce n'est pas à nous h troubler l'ordre delà Providence et à nous mêler <les affaires supérieures ; que Dieu a mis entre nos mains ses commandements et non pas la conduite de l'univers; et qu'il faut que nous

fassions notre devoir et i| ne nous lui laissions faire sa charge. 11 est aujourd'hui une nouvelle théologie plus accommodante. La cour a produit de certains docteurs qui ont tmuvé le moyen d'accorder le vice avec la vertu et île joindre ensemble des extrémités si éloignées. On donne aujourd'hui des expédients à ceux qui ont volé le bien d'autrui pour le retenir en bonne conscience. On enseigne aux princes à entreprendre sur la vie des autres princes, après les avoir déclarés hérétiques en leur cabinet. Onleurapprend à abréger les guerres dont ils appréhendent la longueur et la dépense, par des assassinats où ils ne hasardent que la personne d'un traître, et à se défaire de leurs propres enfants sans aucune forme de procès, pourvu que ce soit du consentement de leurs confesseurs. Outre cela, comme si Notre- Seigneur étoit mercenaire et qu'il se laissât corrompre par présents, comme si c'étoit le Jupiter des païens qu'ils appeloient au partage de la proie et du butin, après un nombre infini de crimes dont ils sont coupables, on ne leur demande ni larmes, ni restitution, ni pénitence; il suffit qu'ils fassent quelque légère aumône à l'Église. On compose avec eux de ce qu'ils ont pris à mille personnes, pourune petite partie qu'ils donnent à d'autres à qui ils ne doivent rien; et on leur fait accroire que la fondation d'un couvent ou la dorure d'une chapelle les dispense de toutes les obligations du christianisme et de toutes les vertus morales *. » Puis la phrase étant faite, la période convenablement arrondie et d'une harmonie irréprochable, ou, si l'on veut, la leçon d'escrime étant donnée, Balzac, qui a fait ses

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