‹ Essais de littérature françaiseChapitre 26 sur 58 · Œuvres de Voiture, t. I · texte numérisé non relu

Œuvres de Voiture, t. I

8't VOITURE.

pour leur jeunesse, n'ont encore pu étrangler que des enfants et des moutons; mais je crois qu'avec le temps ils seront gens de bien, et qu'ils pourront atteindre à la vertu de leurs pères. Au moins, sais-je bien qu'ils ne verront rien auprès de vous qui leur puisse radoucir ou rabaisser le cœur, et qu'ils y seront aussi bien nourris que s'ils étoient dans leur plus sombre forêtd'Afrique '. » Tels étaient les jeux de cet esprit dont Voiture aurait pu faire un autre usage, et qu'à vrai dire il a souvent mieux employé. C'est par cet abus qu'il a eu tout sou prix aux yeux de ses contemporains, qui lui donnèrent une gloire viagère, mais pour ne lui laisser qu'une célébrité contestée. Voiture, comme bien d'autres, a été puni d'avoir été surfait; en retour, il a été déprécié. Cependant il faut être juste et se souvenir qu'il n'a pas toujours abusé des heureux dons qu'il avait reçus; que le premier en France il a su badiner ingénieusement, railler sans amertume et louer avec délicatesse; enfin qu'il a donné à la langue plus de finesse et d'urbanité. N'oublions pas que ses succès ne lui ont pas tourné la tête, que pour avoir été applaudi et même adulé il ne s'est pas cru un grand homme, qu'il n'a été ni un glorieux, ni un envieux, qu'il faisait bon marché de tout l'esprit qu'il prodiguait, et que s'il s'est accommodé au goût de son temps, il n'en a pas été la dupe. M. Ubicinj le compare spirituellement à un fils de famille qui place son capital en viager pour vivre plus largement, mais avouons aussi que le fonds était riebe, et que ce prodigue, en dépensant tout, a fait assez bonne figure dans le monde.

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