‹ Essais de littérature françaiseChapitre 3 sur 58 · Voici un couplet de cette parodie · texte numérisé non relu

Voici un couplet de cette parodie

Estre six ans à îairp une <>Hp Et donner des lois à sa mode, Cela se peut facilement ; Mais de nous charmer les oreilles Par sa merveille des mervp'illes.

Ola ne se peut nullement.

ce grand nom, on peut dire qu'il est le père de notre poésie. Dès son premier poème, les Larmes de saint Pierre, tout infecté qu'il est du mauvais goût de l'Italie pour l'antithèse, nous voyons poindre le musicien et le peintre. C'est laque dans une strophe charmante il nous montre la troupe des enfants massacrés par Hérode, semblahles à des fleurs qui, ravies à la terre avant de s'y être épanouies, s'en vont fleurir au ciel et s'y parer d'une éternelle fraîcheur:

(Je furent de beaux lis qui, mieux que la nature, Mêlant à leur blancheur l'incarnate peinture, Que tira de leur sein le couteau criminel, Avant que d'un hiver la tempête et l'orage A leur teint délicat pussent faire dommage, S'en allèrent fleurir au printemps éternel. (P. 11.)

Citons encore cette stance, où se peint au lever de l'aurore la désolation de la nature, srunt lacrymx rerum, au lendemain delà mort du Christ :

L'Aurore d'une main, en sortant de ses portes.

Tient un vase de fleurs languissantes et mortes;

Elle vi'i-sc dn l'autre une cruche de pleurs,

Et d'un voile tissu de vapeur et, d'orage

Couvrant ses cheveux, d'or, découvre en son visage

Toul ce qu'une âme sent «le cruelles douleurs. (P. 17.)

Nous voilà bien près de la perfection ; nous y sommes arrivés lorsque la muse chante à l'oreille du poète ce couplet divin, qui s'est gravé dans foules les mémoires :

Le pauvre en sa cabane où le chaume le couvre

Est soumis à ses lois, fit la garde qui veille aux. barrières du Louvre

N'en défend pas nus rois. (P. 43.)

Image el mélodie, n'est-ce pas là tout l'enchantement

de ces vois? Mais les traits de ce genre ne sont, que «les éclairs dans les pièces d'où ils sont tirés. Malherbe, à cette époque, ne savait pas encore choisir et se borner. Son talent, comme tout ce qui doit durer, se forma lentement. Il atteignit toute sa force et sa pleine maturité en 1605. Dans la Mêtromanie le bonhomme Francaleu nous dira :

Dans ma tête un beau jour ce talent se trouva, Et j'avais cinquante ans quand cela m'arriva.

C'est précisément l'âge de Malherbe à l'heure où il composa la prière pour le roi : « 0 Dieu! dont les bontés de nos larmes touchées, » et l'ode sur l'attentat du 19 décembre: « Que direz-vous, races futures ; » mais cet éclat de son génie n'était pas, comme pour l'oncle du métromane, un coup soudain de lagràce, c'était le terme d'une longue et laborieuse croissance. Tout vient à point, à qui sait attendre. Malherbe avait attendu. C'est encore un bon exemple qu'il a donné.

Deux siècles entiers et plus d'un demi-siècle se sont écoulés depuis que Malherbe procura à ses contemporains cette surprise et cette ivresse que cause toujours la présence du beau, sous quelque forme qu'il se produise, et le temps n'a pas imprimé le moindre outrage sur la jeunesse séculaire de cette poésie, qui fleurit, qui rayonne, et qui vibre encore comme au premier joui-. Nous n'avons pas, j'ose le dire, de plus beaux vers que ceux qu'on va lire :

La terreur de son nom rendra nos villes fortes, On n'en gardera plus ni les murs, ni les portes. Les veilles cesseront nu somme! do nos tours:

|s MALHERBE.

Le fer, mieux employé, cultivera In t.rr- .

Et le peuple <[ui tremble aux frayeurs de la guerre,

Si ce n'est pour danser n'orra 1 plus de tamboui

Loin des mœurs de son siècle il bannira les vie L'oisive nonchalance et les molles délit Qui nous avoient conduits jusqu'aux derniers hasards: Les vertus reviendront de palmes couronné s,

Et ses justes faveurs aux mérites donm - Feront ressusciter l'excellence des arts.

La loi de ses aïeux, ton amour et ta crainte. Dont il porte dans l'âme une éternelle empreinte, D'actes de piété ne pourront l'assouvir : 11 éUndra ta gloire autant que sa puissance: Et, n'ayant rien si cher que ton obéissance. <>ù tu le fais régner il te fera servir.

Tu nous rendras alors nos douces destinées :

Nous ne reverrons plus ces fâcheuses anné

Qui pour les plus heureux n'ont produit que des pleurs.

Toute sorte de biens comblera nos familles,

La moisson de nos champs lassera les faucilles.

Et les fruits passeront la promesse des fleurs. (P. 70.)

On ne commente pas de pareils ver-, on les admire; mais comment ne pas remarquer la simplicité et la justesse des mots employés, le naturel des images, la plénitude des sons, la surprenante richesse des rimes, In fermeté et la noblesse du rythme?

Voilà ce que .Malherbe a fait pour les stances; aux

1. Orra, futur fin verbe ouïr. C'est la leçon dos recueils do 1605 el 1610. Aura, qui B'esl glissé dans le texte, n'est pas une variante. mai< bien une méprise des éditeurs de 1G30. qui, après la morl do Malherbe, el I In ressemblance des son=. ont. de leur grâce, substitué un mot prosaïque, .|ui avait cours, à une expression poétique qui tombait en désuétude. Corneille, Adèle à la tradition de son compatriote Malherbe, disait enc en 1636

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