‹ Essais de littérature françaiseChapitre 4 sur 58 · MAL H ER HE · texte numérisé non relu

MAL H ER HE

strophes de l'ode il a donné un mouvemen< plus lyrique e! une harmonie plus variée. La forme qu'ilpréfère esi le dizain en vois octosyllabiques. Une seule fois, il a employé le vers de sepl syllabes. C'est dans l'ode à Henri IV sur l'heureux succès du voyage de Sedan, qui fit rentrer dans le devoir le duc de Bouillon. Là se trouve cette belle comparaison :

Tel qu'à vagues épandues Marche un fleuve impétueux, De qui les neiges fondues Eendent le cours furieux :

Rien n'est sûr en son rivage :

Ce qu'il trouve il le ravage; Et traînant comme buissons Les cli eues et les racines, Ote aux campagnes voisines L'espérance des moissons. (P. 88.)

(le qui nie frappe le plus dans cette ode, qui d'ailleurs

faiblit en quelques endroits, c'est une strophe qu'on

n'a poinl citée et qui n'en est pas moins d'une beauté

achevée. La voici. Le poète y convie le roi à profiter des

avances de la Fortune, si bien disposée et si prompte à

le servir :

Fse de sa bienveillance Et lui donne ce plaisir (Qu'elle suive ta vaillance A quelque nouveau désir ; Où que tes bannières aillent.

Quoi que tes armes assaillent, Il n'est orgueil endurci Que, brisé comme du verre.

A tes pieds elle n'atterre, S'il n'implore ta merci. (P. 91.)

Si je détache cette strophe, où tout est précis, sonore et

lumineux, pour en faire remarquer l'harmonie, c'est qu'il est bien rare qu'une suite de vers de sept syllabes réussisse à satisfaire pleinement l'oreille. Le vers ôctosyllabique est plus facile à manier. C'est avec lui que Malherbe a produit ses plus puissants effets, et nulle part il ne l'a mieux employé que dans l'ode à Marie de Médicis sur les succès de sa régence. On n'en a pas assez loué le début :

Nymphe qui jamais ne sommeilles,

Et dont les messages divers

En un moment sont aux oreilles

Des peuples de tout l'univers. (P. 182.)

Ici la Renommée est bien, selon sa nature, insaisissable et rapide comme l'électricité ; n'en déplaise à Virgile et à son monstrum horrendum, informe, ingens; à Boileau et à son « monstre composé débouches et d'oreilles »; à Voltaire, qui ajoute libéralement les yeux aux oreilles et aux bouches que Boileau donne au monstre ' ; à J.-B. Rousseau, qui enchérit sur tous lorsqu'il s'écrie :

Quelle est cette déesse énorme Ou plutôt ce monstre difforme Tout couvert d'oreilles el d'yeux?

j'ose dire qu'en visant au sublime ils ont frappé à côté et touché tous, qui plus, qui moins, ce malencontreux voisin du sublime quejene veux pas nommer, tandisque Malherbe arrive à la grandeur el à la noblesse par la simplicité et le naturel. C'est à la même ode qu'appartiennent les deux slrophes mémorables sur la guerre el

Page 1