Portrait de madame de Sévigné
MADAME DE SÉVIGNE. 273
On fait un peu de bruit et puis on se console ; Sur les ailes du temps la tristesse s'envoie, Le temps ramène les plaisirs.
Madame de Sévigné était trop sincère pourfaire beaucoup de bruit à l'occasion d'une perte où elle gagnait le repos : « L'affliction, comme dit quelque part i La Fontaine, pour un autre veuvage, fut d'abord plus forte que le souvenir des torts du défunt, et le temps fut plus fort que l'affliction. » Elle ne tarda donc pas à être, sinon consolée, au moins abordable. La sérénité de son front ramena les courtisans de sa beauté. M. Walckenaer en a donné la liste, qu'il a peut-être trop chargée. Contentons-nous d'en citer deux dont les poursuites furent sérieuses. Bussy-Rabutin, qui avait négligé d'épouser sa cousine, quoique rien ne s'opposât à cette alliance, se mit à l'aimer aussitôt qu'elle fut mariée; il l'était aussi, mais ce personnage n'était rien moins que scrupuleux. Le mariage n'avait pas été un frein, le veuvage fut un aiguillon. Bussy perdait son temps, quoique ses entretiens fussent agréables et recherchés : madame de Sévigné ne voyait pas les vices du cœur sous les agréments de l'esprit, et elle ne fut pas même éclairée lorsque son cousin se fut doublement trahi. Bussy, las d'attendre un prêt dont quelques formalités retardaient la conclusion, ne tintaucun compte de la bonne volonté de madame de Sévigné et partit courroucé contre elle. Ce n'est pas tout : il composa, pour son Histoire amoureuse des Gaules, un portrait satirique de sa cousine, et ce portrait, qui avait couru manuscrit, avec ou sans l'aveu du coupable, parut dans le livre imprimé, au mépris d'un engagement for-