‹ Essais de littérature françaiseChapitre 38 sur 58 · Psyché-, liv. II · texte numérisé non relu

Psyché-, liv. II

mel. Lorsque le calomniateur fut puni par où il avait péché, et que son livre l'eut précipité dans une de ces j disgrâces dont on ne se relève jamais, parce que la considération a péri en même temps que la faveur, madame ! de Sévigné, qui avait cruellement ressenti l'outrage, fut assez bonne pour pardonner, et elle oublia si bien qu'elle put retrouver son enjouement dans sa correspondance avec le perfide qui l'avait diffamée. Ce ne fut toutefois qu'après l'avoir contraint d'avouer tous ses torts : lorsque le comte eut rendu sonépée, mais alors seulement, qu'elle fît grâce pleine et entière à sa félonie.

Le second poursuivant, plus redoutable encore parce qu'il était plus aimable, fut le surintendant Fouquet, qu'entouraient alors tous les prestiges de la faveur, de l'opulence et du mérite personnel. C'est sans doute au souvenir des dangers qu'elle courut dans ce commerce plein de séduction qu'il faut rapporter ce qu'elle disait plus tard : « 11 y a des moments où l'on admire qu'on ait pu s'approcher à 900 lieues du Cap ! » Il restait sans doute beaucoup à faire pour y toucher, mais on était presque à moitié chemin : les conseils et les exemples ne lui manquaient pas pour aller jusqu'au bout. Lorsque Fouquet fut arrêté, madame de Sévigné ne dissimula pas sa douleur, et quand on sut que des lettres écrites de sa main se trouvaient dans la cassette mystérieuse où le surintendant avait renfermé les liasses de sa correspondance amoureuse, le soupçon fui permis. Combien de belles pécheresses espérèrent un instant que cette vertu, qui leur portait ombrage, allait être convaincue d'hypocrisie] Il n'en fut rien : madame de Sévigné, par une glorieuse exception, faisait mentir le vers de Boi-

MADAME DE SE VIGNE. 27o

leau '. Pourquoi cela? C'est que la jeune veuve était mère, et que sa tendresse la protégait contre l'amour. Nous avons sur ce point son propre aveu, lorsqu'elle dit à sa fille : « Je ne sais de quoi votre amitié m'a gardée, mais quand ce serait de l'eau et du feu, elle ne me serait pas plus chère. »

Après le procès deFouquct, délivrée des angoissesde l'amitié qui avaient distrait sa tendresse maternelle, madame de Sévigné songea à produire dans le monde ses enfants, sur lesquels elle avait concentré toutes ses affections. Ce fut sur ce pied-là qu'elle s'établit. Elle s'abrita derrière la beauté de sa fille, et c'est avec raison qu'elle lui disait plus tard : « Je vous aurais cachée si j'avais voulu être aimée. >: Cependant, madame de Sévigné n'avait rien perdu des agréments de sa jeunesse, et même elle avoue, longtemps après le mariage de sa fille, qu'elle est « d'une taille si merveilleuse qu'elle ne conçoit pas que cela puisse changer, et pour son visage cela est ridicule d'être encore comme il est. » Ainsi 13enserade n'était que juste lorsqu'il nous montre madame de Sévigné,

Se lassant aussi peu d'être sage que belle.

Toutefois, lorsqu'il fut bien avéré qu'elle était exclusivement mère, la galanterie se le tint pour dit. La jeune veuve n'eut plus à détourner d'avances honorables, ni à repousser d'hommages injurieux. Entre elle et le monde, il ne fut plus question que de sa fille. C'était le chemin de son cœur, et elle n'avait admis que les admirateurs

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