MAL II E RUE
sur la paix qui sont dans la mémoire de lous les hommes de goût, et que cependant il Tant transcrire, car il n'y en a pas de plus belles dans notre langue.
La Discorde aux crins de couleuvres, Peste fatale aux potentats, Ne finit ses tragiques œuvres
Qu'en la fin même des États :
D'elle naquit la frénésie De la Grèce contre l'Asie; Et d'elle prirent le flambeau Dont ils désolèrent leur terre Les deux frères de qui la guerre Ne cessa point dans le tombeau.
C'est en la paix que toutes choses
Succèdent selon nos désirs :
Comme au printemps naissent les roses,
En la paix naissent les plaisirs :
Elle met les pompes aux villes,
Donne aux champs les moissons fertiles,
Et, de la majesté des lois
Appuyant les pouvoirs suprêmes,
Fait demeurer les diadèmes
Fermes sur la tête des rois. (P. 186.)
Malherbe a donc tour à tour la grâce et l'énergie; mais l'énergie domine. Il a surtout cette qualité dans l'ode qui est sa dernière œuvre, et peut-être la meilleure, celle qu'il adresse à Louis X11I partant pour le siège de la Kochelle ; il y pousse même l'énergie jusqu'à la dureté, au moins dans les sentiments, car il se montre implacable dans sa haine contre les protestants, dont il provoque l'extermination, coupables à ses yeux d'être un parti dans l'État et une secte dans l'Eglise, c'est-à-dire doublement insoumis au principe d'autorité.