‹ Essais de littérature françaiseChapitre 46 sur 58 · Horace, Epod. XVI, v · texte numérisé non relu

Horace, Epod. XVI, v

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blés dos quatre vents, viendront en foule reconnaître le Christ qu'ils out percé et montrer à la fin des temps une résurrection l. »

Ces rêves généreux aboutirent à un ministère moins glorieux sans doute, mais non moins utile, et dans lequel Fénelon put exercer les qualités aimables, les dons de persuasion, et, si l'on peut dire, de pieuse séduction qui le rendaient si puissant sur les âmes. Il fut chargé de la direction des Nouvelles-Catholiques', institution fondée sous le règne de Louis XIII par de pieuses femmes qui se consacraient a l'institution des jeunes iilles protestantes récemment converties, et florissante alors sous les auspices de Louis XIV. On sait que, pour amener l'unité des croyances dans son royaume, ce prince tenta d'abord les voies de douceur ou de captation. Pour obtenir des abjurations promptes et nombreuses on employa tout, jusqu'à l'argent ; et Pellisson, tout animé du zèle de sa récente conversion, eut l'intendance de ces largesses faites au profit de lafoi. Mais ces abjurations précipitées avaient besoin d'être affermies2, et aucune âme, aucune voix n'était plus propre que celle de Fénelon à cette œuvre d'édification. Le jeune abbé s'y consacra avec ardeur et un plein succès : il y employa dix années de sa vie, pendant lesquelles

1. Lettre du 9 octobre 107r> ou 1076, adressée soit à Bossu et) soil au dur de Beauvilliers.

2. Madame de Caylus esl un piquanl exemple de ces conversions brusques el superficielles: « Nous arrivâmes, dit-elle, à Paris, où madame de Maintenon % in i aussitôt me chercher, et m'emmena s Saini Germain. Je pleurai d'abord beaucoup; mus je trouvai le Lendemain La messa du roi si belle, que je oon« sentis à me faire catholique, a condition que je l'entendrais tous les jours el qu'on me garantirai du fouet; o'esl là toute La controverse qu'on employa el lu seule abjuration que je lis. » [Suuveni?'n de madame de Caylus, p. 98.)

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il pénétra tous les secrets du cœur humain, saisis dans la naïveté de l'enfance et dans les premières agitations de l'adolescence. La direction de ces jeunes filles lui donna une expérience qu'il aurait vainement demandée au monde, où tout se déguise et se dénature. C'est de là sans doute que nous viennent ces touches vives et Délicates qui donnent, dans le Télémaque, tant de grâce et de vérité aux figures d'Euchariset d'Antiope. Mais ce qui est incontestable, c'est que Fénelon a recueilli dans cette maison cette foule d'idées et de sentiments dont il a composé le plus utile et le plus charmant des livres sur l'éducation des filles.

Ce traité, chef-d'œuvre de délicatesse, de grâce et de génie, composé à la prière de madame de Beauvilliers pour la guider dans l'éducation que ses filles recevaient sous ses yeux, devint public, et prépara la haute fortune qui attendait Fénelon. Le duc de Beauvilliers se garda bien de retenir, comme un privilège de famille, un livre qui devait éclairer toutes les mères. On peut croire sans témérité que cet homme vertueux, appelé d'avance par la voix publique et par l'estime de Louis XIV à l'emploi de gouverneur auprès du fils du dauphin, voulut, de son côté, désigner par cette publication le précepteur qu'il devait s'associer, et j'ose ajouter que la secrète ambition de Fénelon répondait à ce calcul de l'amitié. Il se tenait prêt pour l'avenir, et, sans orgueil comme sans intrigue, il ouvrait les voies à la faveur qui s'avançait dans l'ombre. L'humilité chrétienne, qui nous fait si petits au regard de Dieu, si bienveillants envers les hommes, n'enlève pas au génie le sentiment de sa force et de ses droits. Fénelon bri

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guait silencieusement ce que la fortune parut lui donner ; il resta à la portée du prince et sous ses yeux dans un emploi peu envié, où ses vertus et ses talents paraissaient d'autant mieux qu'il semblait les dérober, et le choix qu'il attirait discrètement devenait plus vraisemblable par sa discrétion même : car les juges magnanimes, et Louis XIV avait le goût des nobles procédés, ne sont jamais mieux disposés à choisir le plus digne que s'ils pensent le surprendre, parce qu'alors, faisant preuve en même temps de pénétration et de délicatesse, ils ont encore l'honneur de s'être décidés sans contrainte et d'avoir été justes avec générosité.

Fénelon se sépara pendant plusieurs mois de la maison des» Nouvelles-Converties pour une mission où il fit éclater la puissance de la religion, sans autres armes que la vérité et la vertu. Louis XIV, cédant à de funestes conseils, et oubliant le mot profondément religieux de l'Apôtre : Oportet hxreses esse, « il faut qu'il y ait des hérésies, » avait révoqué l'édit de Nantes. Des missionnaires furent envoyés dans les diocèses où les protestants s'obstinaient à ne quitter ni leurs croyances ni leur patrie, et presque partout les dragons vinrent en aide à la prédication. Fénelon, désigné pour la Saintonge et l'Aunis, refusa le cortège menaçant qu'on lui offrait. Il ne croyait pas que l'emploi de la force fût un moyen légitime de conversion : contre l'erreur il ne connaissait d'autre puissance que la persuasion. La contrainte morale est un attentat sur la conscience, dont le succès ne produit trop souvent que l'hypocrisie ; et alors le principe et le résultat sont également contraires à l'esprit chrétien, qui est un esprit

de douceur et de sincérité. Fénelon partit seul, et nulle part la mission ne fut plus heureuse, plus féconde : le miel coulait des lèvres du missionnaire, le feu de la charité qui échauffait son cœur animait ses paroles; on accourait pour l'entendre, et, parmi les plus endurcis, les uns se retiraient convaincus, les autres ébranlés, tons pénétrés d'admiration et de respect. Dans cette occasion, Fénelon donna un grand exemple et une salutaire leçon : il fit acte de foi. Le recours à la force est un signe d'incertitude, et j'oserai dire que le fanatisme intolérant cache le doute et la crainte sous les emportements du zèle. Les hommes convaincus sont patients; ils croient fermement que la lumière qui les éclaire pénétrera dans toutes les âmes, qu'il suffit de lui donner ouverture ; et, comme rien n'est plus propre que la douceur à ouvrir les intelligences, ils ne menacent pas, ils enseignent; ils n'injurient pas, ils discutent. Quant à la violence, outre qu'elle est une marque certaine de faiblesse dans le caractère, c'est encore un symptôme d'inquiétude. Ainsi les persécuteurs sont bien loin de prouver qu'ils soient croyants, ils montrent seulement le besoin de dominer et l'impatience de vaincre. Ceux qui envoyaient des dragons pouvaient être des athées ; Fénelon, qui les écarte, est un chrétien inébranlable dans sa foi.

Ecoutons sur ce grave sujet les paroles mêmes de Fénelon, que le ministre de l'Evangile et les hommes difttat ne sauraient imprimer trop profondément dans leurs cœurs : « De quoi s'agit-il dans le ministère apostolique? Si vous ne voulez qu'intimider les hommes et les réduire à faire certaines actions extérieures, levez

le glaive, chacun tremble, vous êtes obéi. Yoilà une exacte police et une sincère religion. Si les hommes ne font que trembler, les démons tremblent autant qu'eux et haïssent Dieu. Plus vous userez de rigueur et de contrainte, plus vous courrez risque de n'établir qu'un amour-propre masqué et trompeur. Où seront donc ceux que le père cherche et qui l'adorent en esprit et en vérité? Souvenez-vous que le culte de Dieu consiste dans l'amour : Nec colitur ille nz'si amando. Pour faire aimer, il faut entrer au fond des cœurs ; il faut en avoir la clef; il faut en remuer tous les ressorts; il faut persuader, et faire vouloir le bien, de manière qu'on le veuille librement et indépendamment de la crainte servile. La force peut-elle persuader les hommes? peutelle faire vouloir ce qu'ils ne veulent pas? Ne voit-on pas que les derniers hommes du peuple ne croient ni ne veulent pas toujours au gré des plus puissants princes ? Chacun se tait, chacun souffre, chacun se déguise, chacun agit et paraît vouloir, chacun flatte, chacun applaudit ; mais on ne croit et on n'aime point ; au contraire, on hait d'autant plus qu'on supporte plus impatiemment la contrainte, qui réduit à faire semblant d'aimer. Nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté d'un cœur l. » Fénelon entrait dans sa trente-huitième année : simple prêtre àSaint-Sulpice pendantquatreans, ilavaitensuite consacré dix années à l'instruction des Nouvelles-Catholiques. Sa mission en Saintonge n'avait été qu'un court épisode. Toutefois son nom était célèbre. Sans parler des

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