MAL HE HUE
Aussi, après les avoir comparés aux Titans foudroyés par Jupiter, il va jusqu'à dire :
L'exemple de leur race, ;'i jamais abolie, Devoit sous ta merci tes rebelles ployer : ]\Jais seroit-ce raison que la même folie.
N'eût pas même loyer? (P. 281.)
Ici le zèle de Malherbe a quelque chose de farouche, et,
ne voulant pas le suivre sur ce terrain, j'aime mieux chercher dans ses vers d'autres inspirations : je le préfère lorsque, tout entier au pur sentiment religieux, il trouve des accents dignes du roi-prophète, dont il approche plus que ne l'a fait plus tard J.-13. Rousseau :
N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde. • Sa lumière est un verre, et sa laveur nue onde Que toujours quelque vent empêche de calmer : Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre. C'est Dieu qui nous fait vivre, C'est Dieu qu'il faut aimer. (P. 273.)
Nous voilà bien loin de ces menaces qui pouvaient être d'un poète, mais qui certes n'étaient pas d'un chrétien. La religion inspire Malherbe mieux que ne lait la politique.
Ces idées du néant de nos grandeurs cl de la vanité de nos plaisirs se retrouvent encore dans des ver.- de Malherbe, qui, cette l'ois, se souvient plutôt d'Horace que de David, mais qui dans cette lutte nouvelle sait toujours être original :
Mais, <"> l<>i rigoureuse à la race des hommes! C'est un poinl arrêté que toul ce que nous sommes, l>>u> .le pères rois ci de pères bergers, La Parque également sous la tombe nous serre.
Et les mieux établis au repos de la terre N'y sont qu'hôtes et passagers.
Tout ce que la grandeur a de vains équipages, D'habillements de pourpre et de suite de pages, Quand le terme est échu n'allonge point nos jours : 11 faut aller tout nus où le destin commande; Et de toutes douleurs la douleur la plus grande
C'est qu'il faut quitter nos amours. (P. 58.)
Après tant d'exemples, et dans des genres divers, on peut laisser dire ceux qui refusent au puissant réformateur de notre poésie le génie politique.
La prose de Malherbe, dans ses lettres familières, est habituellement sans grâces et sans force ; mais, dans ses écrits soigneusement élaborés, elle n'est pas indigne de ses vers. Lorsqu'il traduit Sénèque ou Tite-Live, son style a de la vigueur et de la précision. Toutefois, son plus beau titre en ce genre, c'est la lettre à la princesse de Gonti, écrite pour la consoler de la mort de son frère : j'en transcrirai d'autant plus volontiers quelques passages, que ces citations feront ressortir, outre le mérite de Malherbe comme prosateur, son habileté comme consolateur : « Il est certain que les vertus et les vices s'accompagnent en nos mœurs, comme font les joies et les ennuis en nos aventures. (Que savez-vous donc si, lorsqu'il est mort, les vertus et les joies de sa vie n'étoient point consumées; et si ce n'a point été lui faire grâce que de lui retrancher des jours qu'il ne pouvoit passer qu'entre des vices et des ennuis? Ses inclinations étaient véritablement portées au bien ; mais quels pernicieux conseillers sont-ce que la chaleur d'un âge où les passions sont furieuses, la hardiesse d'une condition à qui tout semble être permis, et la communication des