Le Erénie n'eal qu'une lonpiio p/ifienrc. » (BUFFON
Buffon ne cessa pas de se fortifier, tant qu'il vécut, de sorte que la mort, qui limita les jours du noble vieillard, put seule arrêter cette sève qui multipliait sans interruption les rameaux de son génie. Nous allons suivre cette merveilleuse progression dans Fénumération de ses travaux.
La nature avait doué Buffon avec une faveur marquée. Une figure noble et régulière, une taille élevée, une constitution robuste, capable de résister aux fatigues du plaisir et du travail ; une àme facilement émue par le spectacle des grandes choses, propre à en conserver l'image et à la reproduire ; une intelligence assez déliée pour saisir, au besoin, les moindres détails ; une imagination de cette espèce supérieure qu'on peut considérer comme une plus grande chaleur et une plus vive lumière de la raison, brillante faculté qui colore et qui assemble les objets et les idées ; une ardeur opiniâtre qui ne s'occupe des obstacles que pour les vaincre ; voilà de quels éléments la nature avait formé le corps et l'intelligence de son futur historien. La société ne l'avait pas traité moinsfavorablementen lui donnant un rang honorable et une fortune indépendante. Lorsque la destinée d'un homme s'annonce sous de pareils auspices, on peut, sans témérité ni superstition, y reconnaître un dessein de la Providence.
J'avais l'intention d'écrire une biographie familière et de parler avec simplicité de notre illustre naturaliste; mais la grande figure de Buffon, toujours présente à mes yeux, le souvenir de la pompe de son langage et de la majesté de ses travaux m'ont porté involontairement dans une sphère d'où je ne sais comment descendre
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pour arriver aux détails qu'il faut cependant raconter avec fidélité. La vocation scientifique de Buffon se déclara pendant le cours et surtout vers la fin de ses études. Les éléments d'Euclide, dont Pascal enfant devina la première partie, furent aussi son livre de prédilection. Buffon n'eut pas cette prodigieuse précocité; mais les facultés de son intelligence suivirent le progrès de ses forces physiques, de sorte que l'équilibre ne cessa pas de subsister. Il prenait une part ardente aux jeux de ses condisciples; mais lorsque le démon de la science venait le saisir, il s'isolait courageusement pour calmer la fièvre de travail et de curiosité qui fermentait dans son cerveau. Ce partage de ses forces entre l'agitation physique et l'étude solitaire dont la règle du collège lui avait donné l'habitude, Buffon le garda invariablement dans le monde, malgré la tyrannie des devoirs et des plaisirs. Aucune considération ne pouvait lui imposer le sacrifice des heures réservées pour le travail. C'est ainsi que, pendant l'effervescence de l'âge, une matinée laborieuse succédait parfois sans transition aux fatigues, quelles qu'elles eussent été, d'une nuit sans sommeil,' et que, dans tous les temps, la voix du fidèle Joseph,' inexorable réveille-matin, ne fut jamais méconnue. Buffon savait que les ouvrages de la nature, qu'il prenait pour modèle, ne s'accomplissent avec perfection qu'en vertu de lois qui ne fléchissent pas.
Le père de Buffon ne tarda pas à reconnaître qu'il y avait dans son fils plus que l'étoffe d'un magistrat; il le laissa donc libre de suivre sa vocation, bien assuré que l'illustration de sa famille ne perdrait rien par ce changement de carrière. Au lieu d'user de précieuses années
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dans l'étude épineuse et obscure du droit, Buffon, qui s'était lié d'amitié avec un de ses condisciples, lord Kingston, voulut compléter son instruction en voyageant. IL visita d'abord, en compagnie du jeune Anglais et de son précepteur, homme fort instruit, dont les conseils ne lui furent pas inutiles, les différentes provinces de l'Italie. Notre voyageur s'arrêta moins à l'étude d'un peuple dégénéré et de ses institutions décrépites, qu'à la contemplation des beautés delà nature et surtout des phénomènes volcaniques. L'énergie des feux souterrains, manifestée par de fréquentes éruptions, lui fit concevoir l'hypothèse du feu central, point de départ de sa théorie de la terre, qu'il développa plus tard avec une rigueur presque scientifique, avec un enthousiasme qui touche à la poésie. Mais il ne se pressa pas de la divulguer. Le germe était déposé dans son intelligence ; la méditation, nourrie par de nouvelles observations, devait la faire éclore à un point de maturité convenable. De l'Italie, Buffon passa en Angleterre, où il séjourna quelques mois, pendant lesquels il constata l'état de la science chez nos voisins et se familiarisa avec leur idiome.
Ce contact avec la patrie de Newton fixa la vocation scientifique de Buffon. Son début fut un hommage à la contrée dont Voltaire paya aussi l'hospitalité en célébrant le génie de ses savants, de ses philosophes et de ses poètes. Buffon traduisit le traité du calcul infinitésimal de Newton, et la statique des végétaux de Haies. Ce moyen détourné de s'introduire dans la science par l'importation des idées d'autrui indiquait plutôt la prudence que l'originalité de son génie. Mais la pru-
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dence est un signe de force. Combien de talents distingués ont compromis leur avenir par l'empressement de produire ! C'est surtout dans les sciences et dans les Lettres qu'on peut dire : « Tout vient à point à qui sait attendre. » Buffon ne manqua jamais du sentiment de ses forces, mais il en ménagea l'emploi pour les augmenter et les appliquer enfin à une œuvre qui en donnât la mesure. Par ces traductions, Buffon fit connaître le nom qu'il devait illustrer : quelques travaux spéciaux, tels que des mémoires de physique, de géométrie et d'économie rurale, et surtout l'expérience qui renouvela les miroirs ardents d'Archimède, en commencèrent la célébrité, Buffon avait pris place dans la science : il avait à peine vingt-six ans lorsque les suffrages de l'Académie des sciences consacrèrent sa réputation naissante. Il fut élu membre de cette illustre compagnie en
Ces travaux préliminaires, qui donnaient à Buffon un rang élevé parmi les savants, l'avaient fait connaître en mi'me temps comme un écrivain exact, précis, nerveux ; mais rien n'annonçait encore le grand naturaliste, ni le maître consommé dans l'art d'écrire. Une occasion qui semble fortuite vint mettre Buffon en demeure de produire son génie tout entier. Le savant Dufay, intendant du Jardin du Roi, au lit de mort, désigna son successeur au choix de Louis XV. Cet homme de bien, passionné pour la science et pour la prospérité de l'établissement confié à ses soins, par un calcul de désintéressement bien rare, même chez les savants, aspira à se faire éclipser. Il pensa que la grande considération dont Buffon était entouré, le zèle qui l'animait etsa capacité h. 29