‹ Essais de LogiqueChapitre 10 sur 20 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

6© supposition 6® division :

: La pêche à Fhamcçon est une chasse aux animaux qui nagent ; La chasse aux animaux qui nagent est double : dans l'air ou dans Feau (celle de Toiseleur ou celle du pêcheur) ; 7e supposition : La pêche à l'hameçon se fait dans

l'eau ; en un mot, c'est une pêche ; 7® division : La pêche se fait de deux manières :

ou avec des rets , ou avec du fer ; 8e supposition : La pêche à l'hameçon est une pêche

avec du fer; La pêche avec du fer a lieu de nuit ou de jour ; : La pêche à l'hameçon a lieu de jour; La pêche avec du fer pendant le jour est de deux espèces : elle^emploie des harpons et frappe le poisson de haut en bas, ou elle emploie l'hameçon et tire le poisson de bas en haut ; 10e supposition : La pêche à l'hameçon est cette dernière espèce de pêche avec du fer, qui a lieu de jour et en tirant le poisson de bas en haut.

8e division :

Oe supposition 9e division :

B. Procédé déduclif d'Arhlote.

l^e conclusion : La pêche est un art:

mineure : car elle est une espèce du talent d'acquérir, • majeure : lequel est une espèce d'art.

2® conclusion: C'est un art d'acquérir:

car c'est une espèce du talent d'acquérir par violence , lequel est un art d'acquérir.

3^ conclusion : C'est un art d'acquérir par viol^ace :

car c'est une espèce de chasse , laquelle est une espèce de l'art d'acquérir avec violence.

4® conclusion : C'est une chasse :

car c'est une espèce de la chasse aux

animaux , laquelle est une espèce de chasse.

5^ conclusion : C'est une chasse aux animaux :

car c'est une espèce de chasse aux

animaux nageurs , laquelle est une espèce de chasse aux

animaux.

6e conclusion : C'estune chasse aux animaux nageurs:

car c'est une espèce de la pêche, laquelle est une espèce de chasse aux animaux nageurs.

7e conclusion : C'est une pêche :

car c'est une pêche avec du fer, • laquelle est une espèce de pêchç. , 8© conclusion : C'est une pêche avec du fer, . r

car c'est une espèce de la pêche avec du fer qui se fait pendant le jour, laquelle est une espèce de la pêche avec du fer.

C'est une pêche avec du fer, pendant le jour :

9® conclusion:

car elle se fait en tirant le poisson de

bas en haut , ce qui est une espèce de la pêche de

jour.

La dernière supposition est la seule qui ne se démontre pas ; c'est la donnée première , la notion immédiate de la pêche à Thameçon. En la prenant pour principe, on aura le sorite suivant, où je supprime renoncé des majeures :

La pêche à l'hameçon se fait en tirant de bas

. en haut le poisson :

Donc , elle a lieu de jour :

Donc , elle se fait avec du fer :

Donc , elle est une espèce de pêche :

Donc , c'est une chasse aux animaux nageurs : •

Donc , c'est une chasse aux animaux :

Donc , c'est une chasse :

Donc , c'est un art d'acquérir de force :

Donc , c'est un art d'acquérir :

Donc , c'est un art.

Les majeures sous-entendues ont toutes été fournies par la division, supposée exacte : ce procédé n'est donc J)as un syllogisme , mais il donne le moyen d'en faire , pourvu qu'on procède de l'espèce au genre , et non du genre à l'espèce.

Cependant la méthode de division , même ainsi entendue et corrigée , n'est qu'une partie de la méthode syllogistique. En effet, dans la question : Thomme estil vivant? quand on a divisé le genre vivant en ses espèces: animal, plante, etc., pourquoi choisir pour moyen terme l'une de ces espèces plutôt qu'une autre?

On prend pour moyen l'espèce animal, parce que cette espèce est genre par rapport à l'homme ; mais comment a-t-on reconnu ce rapport? Par une autre division, très-différente de la première. Des deux termes de la question : homme, vivant, le dernier a été divisé en ses espèces, et le premier, au contraire, en ses genres : car, si l'espèce est, en un sens, une partie du genre, le genre à son tour est, en un autre sens, une partie de l'espèce. L'homme étant, les genres suivants existent en lui et par lui : animal, mortel, bipède, doué de sensation, raisonnable, etc. U y a donc aussi une division de l'espèce en ses genres, comme il y a une division du genre en ses espèces , et ces deux divisions réunies font trouver le moyen terme , c'est-à-dire le syllogisme lui-même.

Ainsi, pour reprendre notre premier exemple, si l'on veut prouver que la pêche à l'hameçon est un art, on divise premièrement l'attribut art en ses antécédents ou espèces : art de faire , art d'acquérir, chasse, etc., et l'on divise le sujet pêche à V hameçon en ses genres ou conséquents : pêche avec du fer, pêche en général, chasse, etc. Le terme chaise qui se trouve être à la fois un antécédent ou espèce de l'attribut et un conséquent ou genre du sujet, servira de moyen terme ou de preuve, parce que le sujet, étant contenu dans ce terme, est nécessairement contenu dans le genre dont ce terme est une espèce; et ainsi l'on aura le syllogisme :

La chasse est un art ;

La pêche à V hameçon est une chasse; donc La pèche à Vhameçon est un arL

En résumé , une double division est nécessaire pour

former un syllogisme. L'attribut de la question proposée étant divisé en ses espèces (ou antécédents) et le sujet étant divisé en ses genreis (ou conséquents) , tout terme qui se trouvera à la fois sur ces deux listes pourra servir de moyen , et autant il y aura de ces termes, autant il y aura de démonstrations possibles de la conclusion demandée.

' Je n'insiste pas sur les procédés analogues par lesquels Aristote a comblé une autre lacune qu'il avait signalée dans la division dialectique , considérée comme méthode de démonstration , c'est-à-dire de ne prouver jamais la négative et de se borner là aussi à une supposition gratuité. Les détails qui précédent suffisent pour caractériser dans ses traits principaux la méthode d'invention syllogistique exposée par Aristote dans les chapitres 27, 28, 29 et 30 du premier livre des Premiers Analytiques.* «Par cette méthode , dit-il , une fois les principes admis pour chaque objet, nous pouvons nous charger d'en tirer des démonstrations régulières. Si dans là description des choses on n'a laissé de côté aucun de leurs attributs réels, nous pourrons, pour tout ce dont il y a une démonstration, la découvrir et l'exposer; et si quelque suj^t répugne par sa tiafure à toute démonstration , nous pourrons rendre cela même évident. » C'est alors qu'il ajoute : «Il est aisé de voir que la division par genres est une petite partie de cette méthode , » et si l'on veut encore quelqu'un dé ces mille traits qui attestent la préoccupation dominante d'un écrivain, il vient d'appeler sa propre méthode, par une autre réminiscence de Platon, (n une chassé aux principes *, » empruntant à son maître une de ses expressions favorites, "t^remiers Analytiques, 1. 1, c. 30.

Le rapprochement qu'on vient défaire, d'après les indications d'Aristote , entre le syllogisme et la division dialectique aura contribué , je l'espère , à éclaircir quelquesunes des assertions de notre philosophe; et s'il n'est pas démontré avec une entière évidence que la divisioti a été la seule origine du syllogisme , on doit du moins comprendre pourquoi Aristote , à propos du syllogisme et de la démonstration, revient ainsi sur la division dialectique : c'est parce que les défauts mêmes de cette méthode lui ont suggéré l'idée d'une méthode plus rigoureuse , qui au fond se réduit à un emploi plus régulier du même procédé. Il est donc établi, avec toute l'évidence qu'un tel sujet comporte, qu' Aristote a pu être conduit à cette découverte par l'examen et la critique de la dialectique platonicienne , et que c'est jusqu'ici la seule origine que l'on puisse assigner au syllogisme. C'est la conséquence incontestable de tout ce qui précède , et si elle est aussi vraie qu'elle doit paraître vraisemblable , elle détruit le reproche que Bacon adresse à Aristote d'avoir suivi envers ses prédécesseurs la politique des princes ottomans envers leurs frères , dont ils se débarrassaient en les mettant à mort. Cette accusation est aussi ridicule qu'odieuse. Sans doute , Aristote a l'ambition de surpasser ses devanciers, mais il'les cite et fait même l'histoire de leurs tra^ vaux. Il est vrai qu'il ne tient pas en grande estime les sophistes , les philosophes de Mégare , ou même les disciples de Platon , ses médiocres adversaires ; mais il cite souvent Anaxagore , et toujours avec admiration ; il cite Socrate, et il avoue qu'on lui doit l'art des définitions et celui des inductions régulières ; enfin il cite Platon , il se déclare son ami , tout en le combattant au nom de la vérité , et ce n'est pas sa faute si jusqu'à présent on n'a pas

reconnu qu'il lui avait emprunté la première idée du syllogisme: car il indique assez clairement, ce me semble, les liens qui rattachent ce procédé à la division dialectique.

Il nous reste à écarter , en finissant, une objection'qui pourrait se présenter à l'esprit du lecteur. Après avoir assisté au travail d'analyse auquel nous nous sommes livré, et avoir retrouvé, sans trop d'efforts peut-être, le syllogisme qui était en germe dans le procédé platonicien, il pourrait être tenté de se dire: N'est-ce que cela? Qu'y a-t-il donc de si merveilleux dans cette découverte?

Le merveilleux, répondrai-je, c'est que personne encore n'eût fait cette découverte, et qu'Aristote en ait eu l'idée le premier; or, c'est là une gloire qui lui reste, et qu'on ne peut lui dérober.

Mais ce n'est pas tout. En rencontrant ce procédé nouveau , il a eu un autre mérite , celui d'en comprendre l'importance et l'usage. 11 ne s'est pas borné à produire un argument inusité jusque-là, en concurrence avec Y Electre, Y Achille ^ le voilé ou le menteur, ou tout autre argument, bon ou mauvais, des dialecticiens d'Eléeou de Mégare. Il a su, et il a prouvé que le syllogisme était l'argument par excellence, la forme à laquelle pouvait et devait se ramener toute déduction, toute preuve, toute démonstration. Ajoutez à cela l'analyse qu'il en a donnée, et la netteté avec laquelle il en a décrit la nature et la formation , les espèces , les transformations et les emplois divers. Enfin, ce procédé, entre ses mains, n'est point demeuré stérile : il en a fait une méthode, admirablement exposée dans les Derniers Analytiques , et au moyen de cette méthode, distinguée avec profondeur de

la dialectique et de la sophistique , il a traité les sciences , le premier de tous les Grecs, d'une manière scientifique, donnant le précepte et l'exemple de l'exposition qui convient à la vérité supposée connue.

En un mot , il est notre maître dans la théorie de la démonstration aussi bien que dans celle du syllogisme, et son génie n'éclate pas moins dans le développement de sa première découverte que dans cette découverte elle-même , où il a pu être aidé , je le répète , par la méthode de Platon , sans perdre pour cela son titre d'inventeur original et profond.

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