DE L^INDUCTION
causalité ou le principe de substance? Expliquer par là le travail intérieur de Tesprit serait un véritâBle tour de force , où brillerait peut-être le talent , mais où le bon sens ferait défaut. Qae tout ce.qui est contingent ait une cause , que tout phénomène appartienne à une substance , ceiiii qui induit ne le conteste pas sans doute ; mais il n'y penèe nullement , et il n'a pas besoin d'y penser^ pour que son induction soit possible et même valable^
Invoquez-vous cette formule dont on â fait si grand bruit de nos jours, je veux dire la stabilité dés'lbis (dé la nature, ou mieux, la généralité et la stabilité de ces lois? Les philosophes écossais eux-mêmes vous diront que ce n'est pas un principe nécessaire, mais contingent ef hypothétique, et c^est sotas cette forme que leur doctrine veut être discutée. Aussi bien ne manquerait-il pas de philosophes pour soutenir , sinon pour démontrer que la formule dont il s'agit exprime un résultat de l'induction ^ et nullement un principe sur lequel elle serait fondée.
Si ce procédé emploie quelque notion de la raison , ce doit être la double conception de l'espace et du temps : car on ne peut transporter en tout temps et en tout lieu les résultats de Tobsei^ation , sans penser du même coup à l'espace illimité, à la durée infinie. Mais ces idées, pourquoi les appliquer ici? Pourquoi et à quel propos, quand on a observé quelquefois un fait, s'aviset-on d'affirmer que ce fait est le même partout et toujours? Il ne suffît pas de dire qu'on ne peut observer un fait sans concevoir qu'il se passe quelque part dans le temps et dans l'espace infini ; car ces termes : quelque part, Vinfini, sont dans une telle opposition, que l'on ne comprend pas comment l'esprit les associe , et ce qui le pousse à les associer. Celui qui induit pense à l'espace
Dli; L INDUCTION. 225
ot à la (Jurée infime , n la Ijonne heure ; mqis où et comnieiU Voifi^il qiriUIoive les afTirm^^r de ces objets fiiiis^, et eq les aflii;mant , eouiiuent ne voit-il pas qu'il outrepasse te droit (le l' intelligence? 11 e.st (évident nu*en poitant le 4uçqmentléni(Jrair(3 et pourtant irnisistible ouïe conduit
1>«i • ',''1' ;i 1 II .
. mductiop, il ohéit«'î ^iiie mM^et^sîté ciui n'est pas celle
il une venté clairement apen^uO.
Uueile est donc cette n(^cessit(^ qin préside au travail
<ie notre int-(dliffeiiqe, sans nous avoir été enseignée par
» Éïxneri(}ncç ni par la raison, et qui est comme une ea:
^^ptp^ natyreJliQ de n()3 jujfements? Pour hue ces juge-
'T^ents ^oient , je ne dis pas b'g-itimes, mais se^lçmeht
ppsS|ib)es dans une intelligence telle que la nôtre, il faut
fl^e Jious ayojis acquis, d'une manière ou d^une âuti'e, la
5rpnyi(3i^or\ que la nature est partout semblable à elle-
rneme que l'avenir ressemblera au passé. Mais où avons-
î^M,^ puisé, une telle conviction? Aussi loin que nous
Ppi^ypijs^remonler dans notre propre histoire, nous la
! * rayons clans notre esprit: hous la possédons dès
^, ^ ^ous somjner capa^bles d'appréncjre quelque chose
y ^ï*. expérience. Le raisotinement la confirme plus tard;
w /? eue a précédé le raiso,nnemeiit. Cest, comnie
' ;\^ tres-bien dit * , , (r un principe qui fait partie de
u K^i^,^^titaiion intellectuelle, et 'qui agrt en nous
' ^ ^3 raison n'est pas enclore neç.» — • «Lette
na- ' ,^ ciii-il encoi'e .ailleurs, ne dérive pbint de la
.raisoiî » . ,' . 1 1- ' ■' • '/ i iv '• ' r V ' ,.1 ç^ . ^f ^f^ ^^s lignes suivantes la décrivent, acequ il
-; ^^fCluTiG manière aussi inserîieuse que sensée:
, f* wne pr^/*^cierice instinctive des opérations de la
l^^ ^sa/s sur les facultés intellect., Egiai Vl, c. 5 , vers la fin. ^^^iraho/i e^st employé ici (jlans le sens de raisonnement.. ^Qch. sur l'entendement humain, c. VF, sect. H.
226 DE l'induction.
nature , tout à, fait semblable à cette pvescience des actions humaines qui fonde notre confiance au témoignage de nos semblables ; et de même que sans celle-ci nous serions incapables de recevoir d eux aucune connaissance par le moyen du langage , de même sans celle-là nous serions incapables d'en recevoir aucune de la nature par le moyen de I experjence , Cette prévision
• jf I l^-'i I iM,l,l' ''«li'll''
n'est point rertet du raisonnement, mais d'un principe pritnitif de la nature humaine, que nqus avoirs nomme priticipe a maiichon. Ce principe, comme celui de credulite, exerce dans 1 enfance une autorité sans limites,, et 11 se restreint ensuite graduellement a niesure que. nous avançons en âge. Il nous induit souvent en ei reur, etc.»
bn conséquence^ ce philosophe se garde bien deiaire
. * • .«< > IV i '.- * •■ ' 'r' .;,' • ■/' ' .'''• ■' ■ ••"' du principe d induction une vente nécessaire :. mais,
tout en le dedarant contingent, probable, hypothétique, ^
il veut qù*il soit indiscutable, comme primitif, antérieur
a 1 expérience, a la réflexion et au raisonnement, entin
comme un axiome du sens comrpun. On sait la,venera-
tion des philosophes écossais pour Je sens commun:
c'est pour eux raiitonté supren?e et sans apbel ; dès
au lis pensent en avoir entendu la voix , ils se taisent et
s inclinent. Certes, ce n'est pas nous qui les blâmerons de suîvî^e volontiers les indications d'un tel guidé; mais, il nous semble qu'us les confondent parfois avec ce qui n en a que l'apparence, et qu ils renoncent alors trop aisément aux droits de la critiqge philosophique. Au
.. . , ; |- .1 < ' i !' ',+1 I "^'1 'II. ,*n."'t 11' m! tl''
moins auraient-ils dû mettre miçux en lumiçre la nature véritable des principes qu'ils empruntent au sens commun. En ce cfui concerne le principe d'indùctîoti, ils ne l'expliquent pas d'une maiiière sufTishnlo: leur ana-
DE l/iNDUCTION. 227
lyseesf à l'a fois (ibiideet syslôinatique: ils imposent au pf'occ^dé înfliictifdes lîmitos trop otroitej^, elilsnemonfrenf pas clairement oe (urèst le principe qui , suivant eux, V préside.
«TJans Tordre de la nature, ce qui arrivera ressem-
(Il t ' I ' I
blera' probablement îi ce qui est arrivé dans des circonstances semblables *.» Telle» est , diaprés Reid et Dug'àld SleWart, l'expression fidèle de cette croyance instîiicïîve à la stabilité dés lois de la nature ^ dont ils font lé principe de Tiriduction*. Qui tievoil aussitôt que cette fonmiTé resserre arbîtrairement'un procédé qui embrasse lé [Présent , le passé et Tavenir, en le bornant à cette dernière conception , dont il n'a même pas le privilégie, puisque la foi en l'avenir se retrouve dans les actes de rimafî^înatiôn , de Ta raison et dil raisonnement? D*ailleurs, la notion du temps n'épuise pas ce que Tinduction'àjoute à rexpériénce. thieloi, comme l'a très-bien fâîl rèniarqu'ei'M. R'oyer-ÇoUard^ se rerjonnaît à uii autre cài\âctère qlle sa stabilité ou sa permanence : elle est esseniiellement générale. «Le principe d'induction, dit-Il^ reposé sur <leux jugements. L'univers est gouverné par '("les lois stables ; voilà le premier. L'univers est gouverné par des lois générales; voilà le second. 11 suit du'premier que, connues en un seul point de la durée, les ïois de la nature le sont dans tous; il suit du second qiiè, conniles dans un seul cas, elles le sont dans tous les cas parfaitement semblables. Ainsi l'induction nous donné à la fois l'avenir et l'analogie*. » Ajoulons donc, avec M. Royer-Collard , la généralité
.'Rei^, (^s^af^^ur lâsi facultés intellect. v£ssai Vi, c. 5. -FragineHts de M. iloyer-CoJlard , dans les Œuvres de Reid, traduites par M. Jouffroy, t. ÎV, p. 279.
"i^lS DE l'induction,
à la stabilité; ou plutôt, comme toute loi ^: iiéo.esBairement ce double caractère, sou^ peine (je A'.«n êt^jeie :pas une, disons simplement que Thommeast porté à crojre ((ue la natiirei,est .soumise à. de» lois. Il^rs. de, là.,.Qn commet de vaines lautolog-ies , ou bien on faussç. 1 janalyse d'un procéda naturel j (euyinlvodui^^ntdes notions auxquelles il a pu rmus conduire.,:, bien. loin .q.u,'eUQ3 l'aient précédé dans rinteliigende. :,.. îr , . . ;i ... La doctrine écossaise. de. la. con^fanoeihypptWtijqu^ de la nature ji'a pas seulemçnt lâidéfoutide doïine^'.uafi idée étroite de ce ,prijicipçi:,.eHe- la Ifi torl ^^ b6^uci)Up plus grave, de. ne. dire ni d'où il vi6ja;t,.;ni cei<}M'il( ^3t* 11 ne suffit pas d'établir, comfûedîa.iSinbie» fait Reid, . que l'induction ne aç confond ni avec lai coraparaison, ni avec l'expérience, ni ayec la réflexion et :1e rjai^on- ^ nement, ni par conséquent avecla conviction raisonnée que Dieu a mis da l'ordre dans le monde et qu'il le maintient. L'anticipalion de l'avenir qui se renconti*e dans toute inductionest-ellele.résultat d'un jugement? Il faut remonter à l'origine de ce jugement. Est-ce unjB innéité de l'intelligence ? Dieu lui-niénie a-tril déposé en nous ce principe , antérieurement à toute réflexion et même à foute pensée ? Encore faut-il nous dire dans quelle faculté. Or, on a montré que ce n'est ni dans les sens, ni dans la conscience, ni même dans la^'aison : car ce n'est pas une de ces vérités absolues que nul ne saurait contester ni révoquer en doute, et Reid lui-même, encore une fois, a reconnu que ce n'était qu'un principe contingent, probable, hypothétique. Or, je le demande, qu'est-ce qu'un jugement naturel, primitif, inné pour ainsi dire, et qui pourtant ne procéderait directement d'aucune de nos facultés
DÉ L^liNDlJCTlON. 239
piimitivos- iU* coiinaitrcîVll y a là une contradiction qui n'échappera à aucuiî psyohologuo , (^ ([ui du reste se relrouV€f''da«s loMleji les théories où Tinduction est rattachée' à quelcpio axiome de la raison ou du sens
. ciortirniin.'-
Toutes ces analyses ont un défaut que nous aurons à fëlévér pliis tat'd dans les théories logicfues de Tinduction : c'est de vouloir à tout prix ia transformer en un raisonnement 'OÙ une majeure invariable fournirait, suivant les circonstances, une foule de conséquences très-diverses l' On croît ainsi explicjuer, par une sorte de dechïction^ le jxrocédé imluctif , et Ton jie s'aperçoit
• jia's (pie cette déduction est un soidiisme, attendu qu'il ne!'guflfît «pas do croire que- la nature est soumise à des loi^^ potir'avoir le droit d'en conclure la vérité dételle ou telle ioi. On oublie* de donner la preuve spéciale
. sans la(|uelle notre intelligence , livrée à elle-même ou consultée froidement, et iraflirmant (|ue ce qu'elle coniialt', m porterait jamais le ju{»^ement général où aboutit rinduction. En un mot, les jugements induits no sont jahiais prouvés, ce ((ùi les ruine complètement au point de'vuelôgiffue ; et, de plus, ils' ne sont point motivés pour nous , ils n'ont point de raison d'être dans notre esprit , si l'on s'obstine à en rendre compte par des actes purement intellectuels.
Nous touchons au terme de cette analyse. 11 est établi jusqu'ici que l'induction es(t un procédé par lequel nous passons de quelque à tout dans un genre donné, en nous appuyant sur l'expérience , la mémoire , la comparaison et l'abstraction. Il est établi que ce procédé consiste essentiellement à employer, d'une manière plus ou moins légitime , les notions rationnelles de
230 DE, ^'iIIN.PUCiT^ONh
Tespace et^du. teu^ps, .en . yi appliq.u^ut,,rid«e-4^ ,loi,j fournie égaleineiU.iw If^.raiaon. ]W^s,,jJr.|WQÎléta)?M ai^ssi que le. jugemeijf,. influait ii'Ç|Stuil;'fi^pr^ssiQn ftd^te de Texpérience, piune ,con3.éqiï,encej'ig(>jUï;eviee,(|^,^ raison, el,,qu(e cette deiinipijejfa^cvUé. n'y,.iut^v\ie»t ps directempjit pour pu.. daïi,ue,i: ^j^r. d<?wiQnstraUQn-i Nwi^ somr^es donc,.pou$|sés| à j^fdyirie,,^l,,c%, n!^§(,| pa^ patfi notrç seule fi^cullé, (^Çi coj|in,aîtrc» A^^^ftw^^diÇ prwveji. à défaut (A'u^^eiifjQiilté jfttelleiGtuellie qwi.nçjus ^^l^rfse, à portei; de.;tel^J;Ugeifl^it^!, li^;Xç^te|,q.^i3,,J#,,^^cfi§5iU4 naturelle qui jp^oq^lp^ ii3q|j|g<sa,déViiviÉ|. d'une, .ipcliaatipn,^ d'un besoin, d'un,§enti,mçnt,; ,,. .,.| ••.) . .! ji.« u\ •., ni.
Ce n'est,pa?,sans.h4sil^rj<lHP j'émets iWMÇ'f^^^^ •
tion, quoi,q^'4lQ.,niç,.paCT^sp,|gi C9pql^^iq^l, ujçoess;3iifiei
de tout. .ce. qui p^'éqçde. JLçjS |phUgi$jOpUes , ]teShl,c^c;j|;^$[ surtout, se récriei'onjt sa,|i.$,.iLlo.vitti, ^putr^,,j[;et -emploi inusité du sentirpqnt poui?.rpfldre.jC(^ïnpfft4Hïn.p.r9-ççdi. . de rintellige^îQe., .Eq vîjuoj lflurj.fqra-;t,Tqn .rqma^qi^er ' qu'autre cliose est décrire une r^éthofffi, i^tre.çho^iei est analyser 1^ mjarçhe i^turejUç d'uw.e^pi:ii,,f{\iii. np se réduit pas A lîji pens^a»pu^^eip,nKfis.qui ^ Jfi p^i^sé^joinl aussi la passion et la yoloqté , eX .qui^jJ^liû-njèai^J?!?^; se conduit pas tout à fait ^uijvant les rpglps ^'Jupe Ipgique sévère. On ;s!est f^it si ^oa>i.vpnt junie .pri3;ie di^ seqjjmenit^ contre la raison., qu'il Jeur., semblera rqu'oj^,.neipaut. faire appel aux inystincts de \]àr^e hqm^iqe siafj^ iwM: à la science et à, la philosopbiÉj..Pqttedéfianii^f^$t,^ottT, sable; mais comme aile. #'cst .fondée. qii,e$^ri^a.pi*iéT jugé, elle ne salirait tenir lieu d'une réfutaUoiÏH.Pafce que Pascal a eu tort de dirq qi^e c'est. le cœijr qui s-eût qu'il y a trois din^Q/isians dansrt'iét^ndv^e,;,^st-çe;Ua motif suffisant pour nier que le senliipriejnt influa S4J^
10 wtt'rs '\k^ Mis idééfc'?' Et' p^tœ qû\Sir en a lire de fouisses' = ièô'nfeé'fluenèks ; le fait en. est-il Aiôins réel? Ob^ ne s'y troAi'pe pais 'd'faiillëiii^s : le 'feentimitirit ne prouve' rtoveonire Id'r'dison; il peut la suppléer, maïs nbù b ttôhti^édilel Cé'ta'eét pafe'ùiïe autorité qui lui soit sii'p^rieurè', dVsf tiri'ap'i)ui"qùe Id' nature nbusj offre, Ift où la llimièrenôus iiïaritjue. Le Idgidietl est libre de diècWéll lidè^tittidfe oii ' la ' i^rôbûbillté des jugements' qnl^nàtts s^wt'aiWéi sti|g^idrés';"ni&is Tobsei-Vatedr de la wàturfe' hhmlairtèi doit cèilfetaterffUe beaucoup d'oi)îilions et'dfef'értiydhceë'ii^onCiias d'aal^é'orlgine (^ule les besoins du cœur ou les inclinations deFàine. ' '
-'Oùbi^u'il'répiigiib à Ist- plupart' dc^phili)SOphes de fàii^'à' rîrtfetiticl'ct ttu sbiitiment lêiïr part dahâ le dévé- WpfJéhtèiit d'e no'â idées ,' il leur faut bieit i'ecônnaitre ()uei 'd'est 'Une source féèonde en erreurs': la passion, difeént-^ils',' ti''oùblële jugbriiëtit;'farti6iii' etla haine, la c^aiîitte; 'là'ctilêi^é, le' dësîiS tous lës'mouVeïnehts, tous lés lienèhlàWs de i^âttie;"(6uies' lès 'affectionè portées à'Uil •cértaliî'degfé,'Soyit botniné autant de conseillers fië^-fidé^ ^ni rlotJà' inclinent à affirmer 1 ce' qui leur est faVofbibieïét'à tiîei-c'e (Juilëur est'cdnirarre. On croit àlSéftièik'è'ë (ju'cin désire/ û dit av'ed i^aiéotl ùil moraliste, efil''éilë*t dé' mêttle dé Idiite^les autl-e's pàssiôiis. Sûppôsbhs'tiuë' leur inÎBuënce suit toujours mauvaise :' au mèStoë dbit-oriàVôuéf qu'elles sont *ibUvënt'lë mobile de nds' jtié^îrièntfe,' aussi bien- que dé nos âctiohs. Mais camta'éttt âdmèUre' que le' côefur houâ' trompe toujours , et tforiiniërii rië'pàs Vdii^ qu'il insjjiré et soutient Tintel- IJgéncé'dans'la reéherch^ide la vérité? Puisqu'on a si souvent ^niis erî Itlmîère léémèiûvais effets du sentiment dans la kcîerice; qu'ail me soit permis de plaider un ins~
232 DE j/lNIlCOTlUN.
tant sa caii*e, et<d:e.signalePic|uol(|*ies-itns des services qu'il rend là l'esprit.,'. , . • «^ ., .
L'homme aime? natrureilemenl* la.A^éritéwUn immense besoin (le cohoaitre Vexciiei dès fie8-preintiièk?psi aiméesà développer s;(?ft;tintelligejTiGo..De làJe'plaisie îsiîvif'et si attrayant qui s'^aMachjç.4 toute!. idée, à }K)ut0pê€teclc j.à toute connaissance .uouy&Uq ; dçi làl tou^Jes effotts et tous. les progrès fLle,J,a/pen§éciH CfQ$t»gT^,àJ ce- puissant aiguillon que l'homime ti:oqve Ja; ,fQ.^;cQ',de - surmonter tai) t d'ojoistacleseivjui? iwtnçt et bjoi-fi de ilui, .Quie de-gKft^^ ne deYonS'inOlUjS / pas fend w là . ueitté i :pa^aiQn ^salutaire l Amour de ]Qj vérité, insafiaUW.bes^n de 0€i^ âmes, source des jouissances les plus pureisi et les plus désinté- ' ressées., tuiies l'homieur de l'hwnîahiljé^ son plus beau mobilç^-legagOilc pki& cql^tant<d$(8ieaie^épances.et de ses destinées immortelWp.i L'âme q<ue4»u aniiînès; s'élève sans effort aux subji^ies. pensées oi^iu.làiconvies: car tu e& comme un divin appcL.à cfi qu'il. y ^. de meilleur en nous. Heureux çelyi qui écoute >Cietlf^. voix intérieure et qui sait lui obéir! Son cœup purifié n'aime çt ne désire que le bien-, et les inquiétudes mêmes de sa pensée ne lui enlèvent ni la force, ni le coui'age. La grandeur du but qui lui est proposé et qu'il a toujours devantles yeux, lui inspirée chaque instant une ardeur nouvelle,'et lors même qu'il désespérerait d'y atteindre, il ne cesserait point d'y aspirer. Gomme il se sent destiné à cette vie supérieure, il est étranger aux défaillances qui trop souvent nous surprennent au plus haut de la carrière et nous font retomber si bas, dans la mêlée des intérêts mondains, là où l'idéal est un objet de mépris et la vérité une folie.
Le vrai philosophe croit à la vérité : il la cherche, il
DK l'induction. 233
lespére loujoHrs. Il connaît les limites de son intelligence; mais il la sait perfectible, et tout en souhaitant la certitude, il doit se conteirler souvent de la probabilité: Lei 'simple bon sens iious' fait assez voir que, dans notre condition actuelle , il est impossible de nous conduire toujours' d'après deâ' connaissances certaines; peut-être même cela importait-il pour le mérite de la verttt',^qui choisit ce f}ue nous* savons être le» meilleur, mais» sanâ' savoir jamais quelles' en seront les conséffuences. Oi^; la» PrdvWence » pourvu à rinsuffisance de notre jiensée , en 'hii 'donnant 'pour auxiliaire le sentiment : c'est liii qai comble Tintei^valle qui sépare la croyance délia ■ certitude. De là , cette conviction irréfléchie, mais si puissante sur nos âmes, que nous appelons' la foi.' Si la foi' ^transporte les montagnes, c'est parce fjiT'elte n'est pas une pensée froide et abstraite, mais irne pensée vivifréc par le sentiment et servie par toutes les puissances de l'âme. Là où l'intelligence réduite à elle-même douterait , nous affirmons avec une chaleur qui vient de la passion; là où la science ne verrait qu'une probabilité , l'homme enthousiaste donne sa vie avec une confiance héroïque : car, suivant un mot justement célèbre, c'est du cœur que viennent les grandes pensées- Mais, sans parler davantage de l'influence géiîérale du sentiment sur l'âme tout entière et du secours qu'il prête à la pensée pour la traduire en actes, considérons plutôt des procédés essentiellement intellectuels, et où cependant il joue un rôle. L'intelligence dans l'homme est liée à tout le reste , et l'on- se tromperait fort , si l'on prétendait y retrouver une sorte de géométrie vivante , où chaque jugement procéderait de certaines
2^4 D^ih'i^mtfw^i.\
idéea ^. e^tv^iUi ties ^i& inS^tiblea eit t€iujour:âili» onéiiieâJ Ui.et^tiune'£i>ul«tdejtug€^6nteiq»i> résiiUeat-<à ila fims! d'iéiém^ts Jaielteotnals ' €ft des. habitudes au. de& affiebr tipns de l'âme,,! ej> ^lics^d'itune-ifaculié de peii&er^; oôm*' iQa^e à tous .lieâi>hQn(imBsy.rïe!pri)cèd&ipai9 autcèkuieiit. J!ea cUei/aiideaix,.qui. oite fuifais^ent (^nsqo'à un}C^te|m ppintii^f^s^nthler q rinduciiiwv jei v^iaxididelafoiaU
témaigp^gQ e(<rim9gûiaUi0iiiiji i j • i ;»,
t,P|lu^eurs philoBop^he»! oui cru>pouYQkieKpl|qtk6f pai* un^. ipdUi<^tiiOi3iidu()^Sf$éiàrav!enii' \^ eonfianoe. que mous; 'ajcq^r4ans[aui|tfaM>igQag^ ide Inos ^semblables ^iihàki» ronifii'an lUentiauXj arîa|Y6ee.tes:pliiiS!exaalle8% o|i redon+ naUr«9i i alsérpept qiie i e^Ue . croyaiBca lett inB^HidiiMe'v qil'ell^ a'e^dpas.k) produit il'iaaoak^l des prûbaibilités; mais , .ua mpu^^tooier^t . iiatur^) . de , JJ^'amâ y i sgnié t ila tiiifiie^ iqflu€^e|dQ dé$kt^4Qnn^tF^^;d0Ja Sympathie» {Secrèfci qui COUP, aUira jwfîiiis ^?,6ieroblable$.^ 'rti sjuftout d'^ia pe^ph^of. .spé<îial .qpe Rpidi ^ppiella puncipe idd cirédur lit4 Ciest fim la.iveiliud^ o^^^diveii^t ii)$tiaet$iqueiiiioua sommes;, ç^mené^.paiia n^tumhi ^ITirirn^iVjusar Ja {parcile d'aijjjtrqi^ripç ,<}uqpnp.{i:s a^iayons pmiQman paii »dusmèm'eift., <5t,.à nous, appippirier..uo« ibulçi d/id!fes«'qu€l d^aiM^es flpus,.pnt tpaas.mises^ Oto le.ire&peel/^^tîatezla déférence pour la véracité humaine , mw $iippmmeï riBA^pigawient ^ l^i traditioQiv i'histwat^-lîinâtitu^iidn de cha(?uPi l-ajejeumulftlianidas i((ié|e9:etideâ'=3îipéiripno<» au -profit df)>tQu^. t . ',1. il .-i.iO'!" " ' i"« '.n'-fT' Il u'.'.i. ' Ijr'imagiiiatiqn jrésulte: !4u.^$iiide.4!union 'da '^eatka^nt et de la pensée,; mciis $(>«$» n'avons» pas. besoin d'y insister, parce, qu'en esqui$6ant plus hmi ranalysede cetia
^Œuvres de Reid, tradî de'M^. ïôàffi-oy,' i'V, p."ié3 et siiîv.; Ad. Garnter, IValté des faéUltéà'del'âtafe, t;l, p: 179'ét siilv. '
DK'U'iIWMlCriON.i 185
faeuiltét^ neluS'Qvons' déjà'iîydicjtiH cé" qu'i^llii) emprunte à llftRÉoiii* du^ bedn , et cooibiuiroetto ijiclinàtioh eontdbiièl àr<i)*citeb,'û'la douljehii', à!ré'lev(T'«àns'céB$e èhesî'tdtii les hommes ;« malis siagulièi^cniient ehe^ Taiti^té. ' '
Einibidnv ileai est de- menu' doirindudion , lelle qwe' laiplatiquu naturelltUneiit chaKiin du nous. Il y â' eiiez! riiommel une dispusiHuiiinil^và^^^plûltnir ki contîn'gtmt* pai* le nécessaire, et cette inieliilatioû rfoilnle lieuô deuxsor^esdtj'jupemnints': tontôt H li^ouVele' liéee^saire pur la> raisons tanUiti i) M suppose* par riindii>(^li>6n'; itlai':^; daiïsliuu et'llaùtre easvil e*st soift^rempïre dccelt ins^ tinot propre à tenaturd hun^aino ; et qtii' lëfiilU'&spifl^r' au néteBâaire.iEn réalité ,» ce ijue Rcfid a|)pelle piirt<3lpe d'indlidbidn'ii'esit pa'iun jjgéiîient.,i fniaià iihe Sortb dd sciB(liirîieht in(#uctif;i(|{ui "'apr^s'avofr d4')ïiaé nai^^flnce â' dèfei conjectures ; des roi^lifie'^êïisubstHo^nl àTopirtiilrt 1» foi, 'celte' cei-titudo du'tJOBur, qui siïppléëSlalûnlièi»^* par' la' chaleur. Gejseritimenl ^n^èst pa^ uwe iiivehlion' gintudtei; mâis'iimfaitj ccftainet' iiiéontedta'blè.'On'dis'-' cttkc surlaiconvictiod'ratioAttéIte de'Fordl^; mais non 3urrmnour instinctif de l'ordre. Babbn'ein ftiisàit'bfte'' dei'no«'»ptrihcipialeè causes d'^ertBUr, et 'lods^eeux 't(uî OB(t Btlidié' J'àrae luihiBihe y ont trouvé éd besôirt natàtel'
et commun à 'tous. ■■'■ ''i •••' ^' '""} .•■r''''i'^
'Ifrtè'jfbis' qlie cette' crb^anfce'è 'l^Oi^drè eif etitrée'dâ'rts • l'ème par insttrict et par sehtimëni; l'obseiK^aticin' et le' raisonnement lui viennent en aide , et lâ ti^arifiibl'nliôrit ehum^'convibliomphis éu' moins îolid'e.'Lfcis habitudes mêmes qèe'iK>us'cH)nti*actons;dès f eiiftmce et qui pr'é-î sident à'wotrbcohcfnite, nbus aident h comprendre ou à concevoii' des règles analogues dans tout ce qui nous entoura> Mai^ le principal aliment de cette croyance
236 DE. L'ïNbtJCTÏoiV.
est fourni par la faculté qui notis met en présence àe la Vérité nécessaire! t^'est daiis cette côbterApïation que notre esprit est surtout satïéfslit; c'est aïôrs Partout qu'il est poité à juger queloù't dciris la hàtbi^e est soumis à des lois'. Toutéfôîy*, 'cbtiîiYi'e ir ri'à'pas attendu jusqfie-Ià pour induire, il' èsf clair' que ce li'èst pas de là qii'il fâu{*déi^iVer nos jugërïi'ehts'ind^ictifs. Aussi bien n'est-be pbs'^bjîVëHudéseniblableé'i^alsônriertieiîts que nous induisons dés* pro'poéiltiBhs générales. La rtiajeiîre, hobs l'iavôris' déjà^dit,' slîiàït'bàWs li'éh avdc la côriclusiolî qu'on! pùl^tëridWît è'n faîre'sdrtïi^TVôus àVôns induit plis d'une fôi's'^vaïit de' possétfèl^* la çohvictibh de rordrèj'et liiêtiie" après que cette 'éonViciîoli est formée dans notre esprit , c'est' encore' pair iiiie 'sorte d^nt u îtioïi ; qiid hiius affirmons telfe ' ôli telle' Ifcil' t'éVidènce qa^ procurée natùr'éllèriiefly 'itiduclîôn ii'eét rii le i*éstjltal d'un procédé rigoiireux ,'ni l'ëfto d'une' vii'e'ïmfnë'âiàte et certaine de' la' Vàisori : c'ïîst une aiiticipatioh que n'explique 'poihl la pensée "toute seule; hiaïs qui contieïit un élément îrt-ationnel , à siavôir le senlinïént invincible et triomphant d'e Firdrè ," et' c'est pour feek que l'induction nfe donùe jamais une certitude pa(rfaitè, ainsi que nous le verrons plus loin /en discutant la valeur logique de ce procédé.
Cependant , rem'arqiiôns-le bi^u , c'est un même principe qui domine Tèsprit humain dans l'emploi du procédé iriductif et dans l'exercice de la raison. Le besoin ou l'amour de la vérité nécessaire, qui a donné l'éveil à cette dernière faculté, est aussi le mobile qui nous porte à induire: car, ainsi qu'on l'a dit, l'induction consiste essentiellement à mettre dans les choses contingentes la nécessité , la durée , l'universalité qui ne leur appar-
D^ l'ii^duction. 237
tiennent point et. fj|UcJ'exp,érienc,(; .la plus savante n'y (lécoiiyrira jamais, ^n sorte c(.u.'oij peijt renfermer tout le Irsiyail ily^ p^^pçédé .iudi^ctif il^^ii^ cette fo^rniule ingénjeuse d'ijp^^cjip.jios, rpa^'^rps; /^ est tou-
JQurs et pçirlouLsojnl)Jî]iJ;Jc à lui-rp^^ne , (jiioic^ûe le con; traire ne sçiit pa^s imj|()ssibIo *.»,.. ., . . .
]l esfc,^^njjj)s de,l*f^l^lT^ev;le^.pri;lqipallxpoîwt.§decelte analyse (,1e lj'in(|))qti|i)n, , Nous, l'ayfips d'^boçd, (léfinie corpnie le pr.ocpflé par lefj\i,çl,on 9.Çrn;n;ie <,lo tq^ii i^p genre ce (ju; a ét4 adinîs.pcuir q^^lfjut^indiYidiiisppjsdansce genre. .Pu;s ij^i^qs ay.on^ ;;iotnt|i;e,tou^ ,ce (fu,ç îjiippo'se un tel procédé : l'observation ^ la oiémoir^ , la comparaison , l'abi^traç^if^p^ cpilajnqs,i^J(?es ^ç|firjaisoq,jÇnOnu^enéces^itfi, pon inteHcçtufillç, (jgi.npus porte .à induire. 11 résuite de notre analyse fiuç la pâture de l'induction étant de géné?;aliser, elle, ne, fournit pas directement de jugements pai^tiçujiers et individuel^. Il résulte encore de ce qui précède, qu'plle n'est pas seulement une anticipation de l'avenir, mais qv'çUe p,eujt porter aussi sur le présent et sur le passé. Il y a dans ce procédé une sorte de divination plus ou mo^ns rapide, qui lui donue un caractère intuitif et le distingue par cela même du raisonnement et du syllogisme. Mais cette intuition n'est pas pareille à celle des sens , de la conscience ou de la raison ; elle n'est pas accompagnée de certitude , mais elle parcourt tous les degrés de la probabilité , depuis la plus haute jusqu'à la plus infime. Enfin l'induction , en se dégradant, devient l'analogie et l'hypothèse; mais nous nous sommes borné et nous nous bornerons dans la suite de ce travail à l'inducfion proprement dite.
La nature de ce procédé est connue ; on en peutaisé-
' Ad. Garnier, Traité des facultés de Fâme, t. U , p. 410.
338 DU LÂ.<MÉTlIOn&>ilN&UCTlYCi
misntpi'âv'oir iésrésuUaitB: e)e sei^atmitdrio vérité , i^tièl r^ifeury toujours quelque incw^itudej' Il -S'dg'k ttiaiMè^ nant de Ae soumettpeià la discipline logitfuev affm de lu) donner 4oute lietKaetitude>4ont il lesl susceptible^* Ici 'eneoire rhistoii^' ooijs rriendra en aide , en; ncwà^ mAntmttt CQinmenit peu ànpouila {jhilosiophie, qui idevàit'Tà TtodufccUon 866! premières ihypotbèses , «est parVêbiuri' àr¥ë-' gtercôlibre essor de :re$prit bumiajnv aupoinl tï'ién' foire une méthode pour tout tin ordpexlê sdieiiceàl ' "* ' •
'^ ■''■■'' ■'■' -' dHAmMÎ IL' •' •"'' •-"■""I'
On a étudré Finduction en elle-même,, comnie ppacède, naturel de rint,elligençe, et lo^l en y fm^an^ Ip, paft de f'expérîènce et celle de la raison,, on a, reconnu, qu'elle se distingue esseutiellement de Tune et de l'autre, ne fùt-cè que parTintervention dé cet amour, de ce be-
sbiii du nécessaire qiii nous le fait supposer où nousiae
.,!..,, •«■ ,.J,i^■1 I'-' l'i* i .1. flt'rTi I!.- '^»Tr 't'-.' -■
le vôvciri^ pas. Cependant Tinduction n'est pas.iJà.fout entière; si elle emprunte surtout au sentiment sa pu>3-, sauce et ce charme maqiqne^ qui lui a lait donner son,,
nom, elle conlient aus^si des éléments intellectuels qu.ili est possible de dégager et, de reglei\ de manière, à ^en, faire sortir une méthode. Ici s'arrête l'analyse psvxbo:
logique et commence le travail du loûicien. Il importe aii pnilosophe dç ne jamais perdre de \;i^e la différejnce dé ces'deux éludes, ei n,ullp part il ne lui, est .plus aisé de la reconnaître que dans ,1e sujet qui nou$, pcçupft: Nous avons fait jusqujici une analyse toufe.p^ycholo-
* 'EtraywYy}, illicium magicum (D. Frid. Ast| Lexic. platônîcum).
Df/U .HâTlICNDIE' INBUCTJVDJ 389
p<l^^:.nmi$ /avons. .essayé de ùm^à rakié de /l'hif^foire t\\fl^M réflexion ^.!C«: que c'est qkr.ipdiiiro^ 'à Ujiiol pro- \^^ qt qçiiafimaqti aliouioei acte,, et quelles sont Ibstfbu c^lt^f^i quiitt^^ncoiireiitià ilo iprodiiire darisl^f^spmtihpu^' ip^niiX4'4tU<ilei<q)ii»e nous. allon)9cntrepr6ndra> lest' d'une ai^it^p.^qrtiO* iHiUf s'agitj plU&cio* idécnipe' rijudlnoliotiv mai§ dei4ét<?irrpiwer, au«pûiqt de vuet-d^ila' soieiiic^, com^«».cm,dpit..employcit i cette ipiiissanto el'klang^reuse faculté dn^ J'ùiU^lligonoûj iPoisque la) cdrlitud^^lui manque , comment se garantir de Terreur en l'appliquant? Quelles règles lui i^qjJ^oi] prescrire pour lui donner quelque rigueur? Cela fait, et le procédé inductif étant mis Boiis .sa forme» la f iUB*parfaite , quel en est Tiisage légitime? Quelles que^tioi^s peuvent ôtj'e ufJl'etnent traitées par son moyen? On^Jl^ psi sa portée, ((libl' doit ôtre' son iole dans le déveloupemént jntellec-
tiiëldclMibimneV ' ' ' ' '
tèlk èôrit les principaux problèmes .que la logiqi^e se prôpbi^e de résoudre, et dont Tirapôrtancii est ici bien évîdentêVcarsi Ton a pu côntestef' l'utiljté de pareilles spCcUlaitibirt poui^ le sîihple raîsoinièment , bu méixie poilt^Tôbsfervatîon , il n'en saurait être de, même en ce qui concerné' le procédé indùctif. Essayez de ne lui dbriuer'ducune lùglè; livrez-le a lui-n?ém,e; sijpprimçz^ lé'Nbvunî' Or^arïum' ; dépouillez l'esprit humain de 1 çx-^ périericè* qu'il a acqiiise , dès habitudes qu'il a contractées 'depuis ptus do deux siècles: vou^ alleî5 Voir aiiéfelitèt 'riéparatlre èl Thorreùr dii vide et Jes, idéesinda'ges' ,' idt ^'aléhimu* ' ' et ràsil'ô'l'ôe'ie iucliciairè , et l'in- Ihiéilfct» deè ébnlétes 'sur'les' evéiiernents du monde^ niôral',' ût' tdiités les chimères îlont 6n se repaissait ayant Ejaçôn , Galilée et Toricelli Au contnaire, imposez
240 m tA MÉTHQJDjç. iNpupTivf:.
à Tesprit une discipline; prescrivez, des :i:ègle^. sévères à Texpérience et à.rinducUQn; à la. pl^ice d^ ripstinct mettez la réflexion; àl'aveygle témérité. d^s.p^eoiiers âges substituez une marche patieqte et s.ûçe : vQusyqus délivrez peu à peu de toutes les efr^rs f^pçiepnçg; Ja nature vous découvre chaque jour quelq^eis-uns (je; ses secrets; enfin la science humaipe esf.f^if^clée.., JuS|qi\e-là elle était le priviljége du §éni^;,aujowd'Jbi,ui, gr?\<?.e à des méthodes devenpes populaires , elle, i^st apiçç^pible à tout homme doué d'un esprit jiiste, ef les , rn^f veilleuses découvertes dpnt la physique et laJC^^i^lie.no^s donnent le spectacle sont due$ poi|U' la plwpjart .à des intelligences d'un^ portée prdiD.aire. Cet. eï^5çignçin,ept de l'histoire est une réponsç victorieuse .à, ceux qui seraient tentés de croire que. l'esprit h^imain n'a. que faire des règles de la logique dans l'emplpij.de Tincluction. Essayons donc, sans npus arrêlçr davaqtage à leurs objections , d'expliquer comment doit être e.n^p)oyé ce procédé aventureux , pour devenir, un instrunient utile dans la recherche de la vérité.
Critique tles fausses théoHes. .
Il y a un procédé uniquq dans son. genre , d'upe telle simplicité que tous les hommes le pratiquent sans éflbrt, d'une, rigueur si parfaite que les «ciences qui l'emploient exclusivement sont appelées exactes par
excellence , et d'une évidence tellement irrésistible que ce qui a été una fois établi par son moyen demeure â jamais et passe pour éternellement vrai.: je veux parler du raisonnement dédufitif, cette méthode infaillible des
DE LA MÉTHODE INDlCTIVE. 241
scierices' miilh(?maliijiios, côt iiijtîMimenl éprouve de (lécôu vertes ,' q il i nous lait passer du connu àTinconnu avec tant de facilite (iu^iliïou's* semble aller du même' au même, lorsque par ce rtioyen nous tirons les conséquences de principes <ldnnés , ou que noua trouvons la préilvé d^uiie proposiition douteuse! '
Cette opération , cpii se règle pour ainsi dire d'ellem'èVne-, tant elle est naturellement simple , exacte et certaine, a toujours été le point de mire des logiciens, d lôrsqu'^ils n'en' oiit paà' ftiit le'ur unique objet d'étude, ils se sont toujours eflbrcës d'y* ramener, comme à un idéal, tous les autres procédés dé rinîelligence. ' L'ind'uctïan sui^oiit a exercé îeur subtilité, et Toi'dre de notre étudfe lïoùs conduit à apprécier leurs tentatives en ce genre.' La tâché était ceftiainement des plus difficiles': orl n'a, pour, s'en 'c6ï\viïfncre, qu'à se rappeler la nature des deux proc^^clé's intellectuels doiit il s'agit.
Le raisonnement proprement dit est une opération par Faquelle on extrait de deux principes ce qu'ils ont de commun, pour en former' un jugement qui en est la conséquence. Toute la vertu de ce procédé consiste en ce que les deux termes que l'on associe ou que l'on sépare dans le . dernier jugement , ont été rapprochés d'un troisième et même terme dans les deux premiers: c'est cette double comparaison qui en a montré la convenance ou la di^convenance.
Par induction nous entendons le procédé qui consiste à établir une proposition générale à l'aide de plusieurs propositions individuelles qui y sont contenues, comme lorsqu'on affirme que tous les corps sont pesants ou poreux , parce que tous ceux que l'on a pu observer ont en effet ces caractères. Ici, ce ne sont
plus deux jugements qui, étant admisi, nécessitent le troisième. C'est une série plus'ou nloinfe Jongne, de jugements particuliers qui, étaM admis: y imris» iiiclineht à accepter un jugement général dunt HsHpai'aîssent' dépendre, et dont ils font partie po^r «ainsi direi. ^'j '•! '
Cette double définition m^i'que, déjà ladiffér-erice'des deux procédés ; mais il ftfiit lia mpntr^'r iin-pèù plus^ie^n détail. ' •■ • '^ ' . ' ' "'"i"i 'J '•' '"
En premier lieu , le liaisônnemeni va. du cantèk'fânt 'ti« contenu ; Tinduclion procède du- cdntenu'du<ôoùtenOTti Il est vrai qu'on distingue ontiie'l^indHieii(lnparfaiîleJ'i?t rinduction imparfaite. Mais: l'ind'uîaticjn ^y feii^ < | ell^ même n'échappe pas «i cette loi, iqué Mu Hamilto ira fai(: très-habilement ressortir *^. Nous i^tîieW(îlroinà'd''aïHeurs sur cette perfection pretefidue de: l'iiitluct'ionirèdtjUe'' à un argument afc e>ïi*m^a<wie ipa^^U^tw.' Quant à l^induc»tion ordinaire, elle e&t toujours- imparfaite;' lehic^e'feens qu'elle va de quelque à tputl'
Une seconde différeTice résulte 'die îOèMe^îi'rîla» ccTnclusion du raisonnement est nécessaire! et don»e «une, ct\y titude absolue, tandis que l'induction n'est qûe^pnobable et donne une croyance ou utie opinion^ 5ï -parfois; elle paraît s'élever plus haut, la certitude que rious lui»attribuons n'est pas rationnelle, mais de sentinient i, ainsi qu'on l'a vu, et tandis que le preniiervenu dira peutêtre sans hésiter : cela est nécessairement vrai , le savant qui s'est rendu compte de sa marche se contente de dire : cela est très-probable , et doit être tenu provisoirement pour vrai.
En troisième lieu, le raisonnement a pour fonction essentielle de trouver des conséquences ; c'est là son
' Voir plus haut, Essai fV, § 2, p. 141 et suiv.
INB LA» MRTIKDiDE JNDUOTIVE. ' 243
<Plffiûe'pi;ofM*ei et^âaiiiaisoui «rôtro; il: suppose donc des p!rfnoipes;.a'estsii-dire.de8.|)ropositio!îs générales et inilémdnli^bles:; aulmniPiii.^. il y auiail cercle vicieux, et aueuii'ftyllQgianae ne [trouverait. Or ^ si ces pinncipes ne sont pas fouhii^'panka'aisDifinetnont, d'où viennent-ils?
Dé> Fobsortdlion imita seul©? Évidemment non. De la naisail.?iIVlQi^iil n'y.aipat^ di'uutile^ilHÛncipcs de la raison que les axiomes ; or, voy(v. quel usaj»e en fait la géomé- Uiiai4>.^lleiiles islippose idlans iouiesises démonstrations, mwft-eUffi nQiIe$iQmploie:exjD(res8éniont'dai]s aucune. Les aNiOwrfce-^i.sont.ides'cûnlditions imiuiiables d-e la pensée, q»û;i priîftid(injt à:toulirai^On«ement;.mais qui n'y entrent pas «eomm^i éliâmanisi- Los. vérilaUles- éléments, les princjpe$l ifiéeoBds îdw naisonnoment, ce sont des définitions et deâ lQi$ij iC'esltrJu-dire , partout ailleurs qu'en mathénajatiqûie5x,:i(ilefi'propoâilion8 j^énéralos fournies par l'induction.: Supposiez nu(i y pour être légitime, ce procédé doive être mis sous forme do syllogisme, vous voilà conduit à odttQ iGortto<li€liiôn Insoluble : le raisonnement Sjbipg<wede3iprincipeâ indémontrables, et c'est lui qui les ^ démonfcpe ! i . • • >..,'.
Enirésu^né., le ratsonneiinejîit va du plus au moins, ou du coaienant au contenu j et l'induction du moins au plus , ,0(11 du- contenu auicontenant;: le syllogisme procure laideilitude. rinduction ne donne qu'une opinion ou «ne. croyance, tout au plus une certitude de sentiment ; enfin le raisonnement tire des conséquences et suppose des principes, taudis que le rôle de l'induction est de nous élever à des principes indémontrables. 11 semble résulter de là que ces deux procédés sont entièrement distincts et irréductibles l'un à l'autre; car leurs fonctions diffèj^ent autant que leurs manières de procéder.
Au reste, ils se ressemblent par plusieurs côtés qu'on ne doit pas néglijrer ; mais là encore se trahit leurdifTcrenée essentielle de nature. Par Tinduction comme par le raisonnement, on veut se rendre compte», on cherche et Ton s'aventure, mais plus dans rindiiction que^lans le raisonnement. Les deux procédés résultent de rimperfection tout ensemble et de la perfectibilité d'une intelligence qui, étant faite pour la vérité, la rechercht» et s'efforce d'v atteindre : mais l'induction surtout avec ses brillantes hypothèses, tour à tour pleines d'eireur ou de vérité, atteste clairement la puissance et les limites de l'esprit humain. Enfm, dans l'un et l'autre de ces deux actes , la pensée a pour objet des notions que Ton peut appeler intermédiaires, parce qu'elles ne sont leS' données immédiates ni de l'expérience, ni de la raison; mais ils supposent Tun et l'autre les axiomes qui président à l'exercice de la pensée discursive , et en dehors desquels il est impossible d'induire aussi bien que de raisonner.
Les philosophes anciens et modernes qui ont tenléde réduire l'induction au raisonnement , ne s'y soDt pas tous pris de la même manière. Tandis que les uns, s'attachant à la rigueur de la forme, s'efforcent de resserrer le procédé inductii' dans les étroites limites d'un, syllogisme par énumération , les autres , plus préoccupés de la nature de ce même procédé, mettent en avant un principe général , dont la formule , plus ou moins rigoureuse, leur sert invariablement de majeure, pow démontrer tous les résultais de rinduçtion.
Cette seconde théorie est de date assez récente, et quoique nous en ayons déjà remarqué l'insuffisance à un point de vue purement psychologique,' elle témoigne
DK LA MÉTflODK INDICTIVE. 245
cepei|idtiiH 4'um "pix^grns ^lans l'analyse de la pensée.' Elle sei rtéohirhande' d'ailleui^s a nout^ par le nom et •^autorité de' plusienrs de nus maîtres. Mais ayant à Feix^mîner ici an point d(^ vne de la logi(|ne, il nons faut' bien dii''!^ qw>lle nVst absolnmenl d'ancnne valeur poiii* Jégitimer les jngemonIS' inductifs. En effet, si cette 'crManf'e ù la iîtaibilite des lois de la nature était crâpâfbU» de jnstifier une senle inducticm, elle les justifierait toutes," puisqu'il n'en est pas nne qui ne repose sâr'nne'teHe croyance. Ainsi;- Terreur et 1» vérité, les hy|)ôthèse« \e^ plnà gratuites et lés lois les plus constantes* sei^alient également démontrées. Ce principe d'induction poiJvaiil êtri^ employé comme majeure unique en Po-ute indtidtion, aura donc le grave inconvénient de prouver trép; c'est-à-dire de ne i^ien prouver,, et c'est à quoi l'on devait s'attendre avec une formule aussi générale et' aussi vague. Par cela même qu'on Térigeait en axiôniie, on i\^ devait esj>érer d'en rien conclure. Que prouvent les axiomes, et quelle conséquence en voit-on sortir? Ils président & toiïte déduction, mais on n'en déduit rien directement. Tout raisonnement qui les violerait sei*ait nul et non avenu; mais aucun raisonnement ncies prend pour' principes, et l'on ne voit pas que, pour démontrer' l'égalité de deux triangles, le géomètre ait besdin d'invoquer expressément cet axiome: Deux gr^indéurs égales à une troisième sont égales entre elles, llie respecte et ne raisonne jamais à l'encontre, mais il'h'en use jamais comme d'une majeure dont il puisse tirer une conséquence.
Au reste , il est impossible de donner même Tafjparence de la rigueur aux raisonnements que l'on prétend construire avec le principe d'induction, et si l'on
24p DK LA MIÎTIIODK INDrCTIVE.
*avait essayé seulement de les mettre en fdrme , oli aurait reconnu aussitôt combien ils sdnt di^èctueûxj Que contient en eff'el cette prétendue niajeur*é':"L'ésidis de la nature sont générales et stables? Cdà'veiLjt'(Wre'(jtil[î la nature est soumise à dès lois', et paîs iJKitr'c fehb^e. Or, avec une telle proposition, le plus' hàbiïé Irig'rcfen ne saurait démontrer là vérité d'une seùlélrii. Oyion prenne pour exemple,' je ne dis* pas uifé dé èés" rares découvertes dont la science'èef fait .hôtin'éiir,iétq'âe'totut Tesprit du monde ne pourrait éiifei^nJ^r datii^Kifi syllogisme, mais cette proposition d^uîHisaèè^'ljiiiiër: Tdus les corps tombent. Nous donncra-t-dfi jidur rin'raîèbhnement valable le sophisme qriè Voicî :' " ' ' ''''
La nature est soumise à des lois générales' et sîàolés;
ov, qttelques coty s so7it tombés;
donc, G est la loi de tous les corps de tomber?
On n'arrive ainsi qu'à une conclusion cjélestcj^blo^.d que rien ne garantit.D'ordinqiro,. lar^qu'^ji^i^ai^onnement est exact, on en reconnaît id'?iplç^nt,.mieuîi , la valeur qu'on lui a donné une., l'orgie,. plus içiflriple et plus rigoureuse. Ici, c'est le contraire : fin^Rr^Isn^ià l'induction la forme du syllogisme, o^ e.n »faif rqssqrtir le caractère hypothétique. iDugiald\Stç>vai;t,i(lon>: Tautorité est considérable en cette niatit^rci^ fluiscpilil était à la fois logicien, psychologue^t mathématicien, n'hé sitait pas à déclarer, malgré tout &on .respect pour iin principe où il voyait «la loi fondamentale de. ji^ croyance humaine,» que, quoique ce p*'iri)çipç ait beaucoup d'applications, «on n'en peut pas plus tirer de conséquftices que des axiomes d'Euclide*. ».
. * Philosophie de Tesprit humain, partie IF, c. III, sect.III.
1)K LA MKTIIODK INmCTIVK. "IM
11 Siérait superflu d'insister sur les vices de forme que préseiitent les prétcMulus syllof^isines fondés sur la stabilité des lois. de la nature; il sulHt de faire reuiarquei\la pétition d« principe qui y est manifestement coi^t^nue. Que la nature soit soumise à des lois, et que ce;s ^ois, par une pompe de langage qui n'y ajoute rien, soie^it appelée^ générales e( stables, cela ne prouvera jamais que iels pbéj,iomènçs çoienl régis par telle loi. QViÇt là, dépendant qu'est toute la question, et c'est ce qii%)n suppose , tout en ayant Tair de le démontrer. Il iVy. a^aucun lien logirpie entre la majeure et la conclusion ; il n'y a donc i)oint de syllogisme. En vain voudra-t-on donner à l'argument inductif la rigueiu* ([ui lui manque, en substituant au principe <rinduction de Reid une formule plus savante , empruntée aux RegtUœ philosophandi de Newton, savoir, que les effets du même genre doivent ètn^ attribués aux mêmes causes. Cette proposition, dont je ne conteste pas d'ailleurs la probabilité, n'est plus , comme la piécédente, une fidèle expression de la croyance • naturelle que suppose toute induction. Quant à Bon utilité pour régler ce procédé, ou dû moins poui^- le transformer en un syllogisme concluant, on ne voit pas qu'elle soit beaucoup plus grande. Qu'il s'agisse de loi ou de cause , on n'évitera pas plus dan^ un cas que dans Tautre l'inévitable pétition de principe qui vient d'être signalée. La nouvelle formule a encore un autre inconvénient, que n'avait pas celle de Reid : c'est qu'elle ne s'applicjue qu'à un petit nombre d'inductions, puisqu'elle laisse de côté toutes celles (jui cherchent et découvrent autre chose que des causes.
On lit dans le remarquable ouvrage que vient de pu-
248 DE ilyA MÉTUODfi. iWUUOTIVJi
blier M; Châties de Kémus&tiâuv.Baç^njidiiiix.clfâjpitres qui rappellent, .««uf^ les &ui:pas6er.j)eul-rôti'e;,cQux,qttil»> avait (Icyà camaorési q rindwcttiow.et à la ûiétliOid^.iiîducilive dans-^ôs Essais, de philp3opbjie,.rPerçomfteïT:a>^iU' eneore exposé. d'une maiiiièreaiijkspi. farte e| aufpj ingérnieuse te théorie dont nous faispwsila wUquf.Aprè^i avoirs essiay<^ dp .|îetr<i)uver! uni, germe .(Vinducti<)!iv<iafts' certains argumeirts îbieji . oonnus jet'dîijnQiir^gueur in^conteslée*, M. de Rémusat entreprend d^établir , qiite: rinduolioïi proprerae^iit dite .peut. toMiour3i;S'e;j périmer d'une. manière démonstrative., à. Taide du;.[|Mfincipe d'indiji/ction , flu'il énoriaeide la.raanièro ei^ivaniitte.:. «JUes mêmes phénomènes s^ reproduiseAt daflWi leS)iwemes.î ciiconstapcas. » Cette rédacliion< soulève plus d wjie difn ficulté^ et par exemple ceileroi , qua ile prinaipjB nqw Ton .propose en. ces. ,terrpQ$, iî^ss,efnble.nmo,ins,,.à uai axiome qu'à, .une hypothèse „. let m .peut i êito^e .^na^s qiu,e cou? me .prOibal^le. Voici comiîîçot,.i'aut^.ur .r4ppo|d,,à. cette .objjÇctiiiQn ; • . .-. . n. .1, .'.-.. nr ;. --..: .,; : u « P^'iofcable^ ou certaine^, on remarqpwa, quej.du .fflOr* ment que la proposition énoncée. '|4us bapt .çst.ad«?i6^. elle;.çt>ange la natu^re.de Tinduatioii ,. ou..plptôt,eU§, substituenàj'in^uotiopîle syllogisme.rQn rpcut.fini.çffct,
' Le noble écrivain, dont nul n'apprécie mieux que moi le mérite ém'irtenl, mé pefrtiettra de relever en liù^iant uVïé èktèùr'qii*!!' mé paffâlt'avoîi' commise au sujet de la prieute'a^ actu ad po^-^e. Ce raisonnement n 'est ing(Mifeux qu'à kiCûRdilion-de n'avoireiénd'inductjf ; il, se déduit to^jOjucs da cette m^e.yrQ; .u Xout ce qui a été était possible,» ou bien : «Tout acte acco9ipli par un être suppose dans cet être la puissance de l'accomplir, » et la conclusion n'y a jamais^ que je sache, plus d'extension que la mineure. Ce n'est donc, en aucune façon, un argument du particulier au général.
DE LA MÉTHODK INDIJCTIVE. 249
(loniiè-i: à' toute prévision fondée du retour d'un phénoraénje* constaté 'lo 'forme d'un raisonnement ayant pour prihcipe»léf 1%!^: «'Les méme& phénomènes se reproduisent daffïs les mêmes circonstances. » On en tirerait par ë»etnple te déduction' suivante : « Cette eau a commence à bouillir chauffée à ceint degrés ; toute eau dans lesmêifted crinditious' bouillira à lamême température.» Cedi n'est plus 'pmbable, mais cei^tain; car c'est démtî^tltréîj'fetè.*!» ' '•• i -•• • ' -• .
11 ttei /semble* pas' dépendant qne ce soit démontré sans »népKquë ; dai^ sans s'arrêter à la forme de ce raisoniiemeint , (jui est loin- d'être irréprochable , puisqu'on n'y» voit pas ménîe ée moyen terme , on ne peut considérter oodrniê'dit'îmohâtratif Fargument tiré d'une proposif J4m pï*obàble et même fort incertaine , à en juger par leë' cîonsëqaences- qu'on' en- pourrait déduire; on ne voit pÉrs en effet ce t[ui empêcherait ■ de construire de steniblables raiàon'nemente^ sur- des expériences mal faites. Ces démonstrations apparentes auront toutes le même'défawt Cfymrtïe' syllogismes, et elles ne sauraient donner la' moindre autorité à l'expérience, si elle a été mEÎl'cbridùite: Ce n'est pas non plu'â de là que vient à l'iridliictîOn sla Talent* logique, lorsqu'elle, nous paraît fondée. 11 faut donc renoncer à la forme syllogistique , ainsi comprise , pour, légitimei: le procédé inductif : car, comme «n l'ardi^i avec r^iison, (dsi l'opération intellectuellie est illégitimement accomplie, le langage ne saurait là' corriger ; plus le langage serait rigoureux , plus sûrement il reproduirait l'erreur*. » C'est l'opé-
* Bacori , sa vie , son temps , sa philosophie et son influence jusqu'à nos jours (Paris, Didier, 1857, in-S»), 1. IH, c. III, p. 343. 2 Duval-Jouve, Traité de logique (l^^^ édlt.), p. 250.
ration intelle(5Uiell'e qu'il /s'jag>it de'ivgkit^o'est.à elle qu'il faut s^attachear^' et M.'de^RérHusat :Iui-inéme.paf;aît être de cet aviss Idrsqu'ili ajoute-; « C'est défoonlré-visi le principe «est vrai, liît sî"<rexpéiiBnoe eat .bieniftdte. > Si rexpériéneeqst' bienfai-fte': tovut ést'ilàit;eia>;effet, le reste n^els4i'Heai.. Le logicien y 'pdur'peu' qu'il Bôit philo- &<Dphe,iBei soucie. médiociietaen>li (16 isavoip. si, liOBlpeut, après que leltravèiilide l'esprit est termirié, en eHprimer lesî résultat? de telle ou ièlte.qaanièrei; ce qui hii» importe, c'est idq' savoir si ;ces 'résultats àont ou rie sonl pas .légitiihes. 'Or^ rious' ; l'^voniiô i naonfcifé Sorabôndarameqt/fesi'JiugeinentSMindùctifs ne gagnent- rien .à .êti*e récjluits .en éyUogismes Itsses peu régulier ,1 au .moyen d'iune majeure linvariabl^ ,1 ^jue. l'on» empiloJe -comme axiome ; quoiqu'elle n'en soit .pas îin:.' ,i- p" ;( •
• M. Williiara Hamilten , .t|ui a: victorieusement réfuté à'son point de vée^cette théorie de l'inductionv a dirigé contre .le principe <ju'elle suppose une série d'objeclioris V entré lesquelles on remarque Jes deux suivai^s.
Premièrement, cette' propbsiliont. que- vous. p»enez poar<a!Coo«rdêe ' exprime oliuneiivérité nécessaire ou uncpirobatoilitéi foumie-par f incjuctioû. Reconnaissezvous» (Ju'eUèi idéiÎTe de ce : dernier procédé ? Dans votre syp^tçrac', .«celai i serait absurde^ puisque l'induction n'est elle-même' postsible , ea^hypolfimi , qu'à travers et après le principe qu'on» voudraiC-mûintenantlui faire créei*.«))'»Aimez-vous miewxdire que c'est .ua:axiôine? «Mais* cela rne se peut; car. si un tel principe existe , il incline seulemenliv il ne nécessite pas. » - ..
D'un autre côté, si l'on admettait comme valables ces raisonnements inductifs, il est évident qu'on supprimerait la différence entre le syllogisme déductif et l'indue-
UE'LA HÉTimDE IJNUtICTIVB. 251
fion. lie preini^èiî de €CS"(teiix prcwédrisétant* Tanalyse â'Btt'(outJlog'iquei€^«ises»'[iaHiesi,. ou lund. 'descente du pins général' au plus paNâniilieiv i?t ràutncyune ascension'du phiis pai'tiuulierr' laii i pin 9 général^ on anéantit vlrUJelleraentileiilenniieivd^i'Ciesi ddux pro<?«dés j.si l'on identifié! la boiniclusipii! in^uotive ^\<co. la idéductive * . » i Gettedèiinière/critique'estévidenimentMla plus riMJli* cale i 'puisqu'elle tend à<;otivG|i«cli'eidiabâUirdité une Ihéo-r rieJogTjqikejqui», poùni régler riemplôl d'un ptocédé nalarel'deil''es|irit, ^oriimcnce par le «ujipHmor; Un tel reprbohéidoit ètreMsuildmt >sensiible À des philosophes qutj, layant ilii6ui»étudié <]uelés<an€iienâ laparchespontanéeideil'induction", devraient être- plus désireux que d'autres •de» Ilviii conserver; sa pièce .légitime 4m& notre développement inteUectqelt^au.lieude lfi[ confondre, en logique;) ave(y un procédé 1d<D(at il&isaviejit aiibilari/la.dislingder. eo' psytdholbgie.' D'ai8îletiiris>, leuri.engoyement excJdsif'pottHe syllogisme in'e&tsians doute qq'uhe.mode pas^a^re à ilaquelle* iil^s «ont payé 4eiiir. tft'ihuti/ mais ^ont ils me' jlarderonti pas «à is-affranjchin: * • . ; i ' « ; . . i <>Il'»n*en^esifpastde<méme des logiciens ^é pc^olession^ qaii'SKwiTent»éon<i'trbpiJ)ortés àsacrifier la riaturie àleurs règles-. :Gdn^ra'(^ «ils isje doianent pour les. 'mathématiciens deiaiplhildsoph(ie;;iifsne reçoiveûi; pour vrai que ce qui leur» paraît i démo Alréj et le syllogisme étant la* forme exacte de la démonstlration , tout ce»qui ne|Se metipas sous cette forme est;,» à leurs» yeux :y illégitime' et nonavenu. Hs s'inquiéiient peu de mutitef l'esprit humain ^ pourvu qu'ils le redressent, et ils stot prêts à rayer l'inductiowde la* lisle des instruments de la science, s'ils ne peuvent réussir à la rendre démonstrative. On risque
*Fragm. de philos, (trad. Peisse), art. Logr/çwe, p. 254 et suiv.
â5â DB Ll MBTflOBR INtlCrCTlVEv'
forl de ne plus retrouTcr le procéflé indddif dârns kui^s théories ; mais iaiu moins doit-^on espérer jqo'ils he se seront pas déparlis^ de cette rigueur géométriqu'e* où ilsiont plaeé de tout temps la perfection' de ia pensée. CependaDt, s'Hs y sont paivenas ^ oe n'est pas du pfe^ Riier coup, mais par degrés , et l'on peut distîngruer trois) principaleis tentati\^es pour* ramener Tinduction à 'im raisonnament concluant des parties au -tout.
Les premiers essais en ee genre sont dus à Soei^e et à Platon. Ces philosophes '• avarient trbp dis s)aga€rte pourine pds comprendre ce qu'il y a de* défectueux-, art point de Vue de la logiqui% dan&ee passage de Tindî^i^ duel à runiversel ^ qui chea eux introduisait à la science.- Detlà ees questions accumulées pôdr faire adm^ettrêà leurs interlocuteurs , sous un grand nombi^ê de formes pârtiiciiilières, la proposition- ^générale qu'ils : votilaienl établir, jusqu'à ce que, de guerre lasse, on Jeuracclôr* dât q:u'il en devait être de même dans tous les aittreS' cas. Leu^ énumérations , tO!»joiu*s incomplètes , s«ffisai^t néanfiOioins pour mettre l'esprit dans une sorte de nécessité d'induire: car^' ainsi que l'a retnaixiné Bacon , ils pratiquaient véritablementirindiicltion.; mais si Ym induit avec leux,, c'est sans savoir pourquoi l'oto a raison d'induire^ Au fojad^ cette partie deleortméthode dialectique ne consiste guère qu'à- employer avec réflexioïi le procédé inductif,. tel que le donne^ la natune. Ils s'ap^ pUqiaent avec; uim art infini là placer l'âme dans dételles conditions qu'allé se sente pressée d'adii»ettrela doctrine qu'on lui propose; mais ils se cop tentent d'ardir persuadé, et, négligeant de garantir logiquement le résultat de l'induction , ils le présentent pour ainsi dire dans sa crudité native, malgré l'intention assez évidente de
DE /f.A MÉTHODE INDUCTIVE. 353
(lissijaiul^ par>'UUiCôrtain qoitibr^^ de faits et d'exemples rint^rvalteUu {>ai*tioulierâu>{(énérQlj' > < • <
ÂmfQt^ accorde. aussi ilapluts gKinctoconUance âiMiiducUpU|,.lor$qu'uUe .appoilto^reKprit. la comiai^saneo imoiédiate iie& piûncipe&;: il no lui donné' aloKs âtacnne régie ,1 paroeu|Uo it'e^i Taote même' par lequel Tentendie*' ment entre.eti; possession doila vérité éterheHe-iMais,: outre cette induction- immédiatoot spontanée, il euodmet uiHi auti'e qui est eni[)luyée par les diakctiaieni^ et le« orateuits, etiquiy étant mis© sotos finrme d- ai%rtnient , n'est pa$i sans aiïalogie> avec le syllogisme'. Il .Tendis^ tingU6.V, tout. en reconnaissant qu'il eât^îonchia^iUV' s'il procède par une éa*umération complète (âri ttd[*t(i)^) J Cet ai^gum^nt y qu'Aristote avait examiné en passamt , et dont, suii^ant M. HamiUoil^;il avait donné une tliGoHe>« exacte en $abâtan€e < quoique assura tnaigi*e^ »' devint (^ains la suite la. seule induction recgnnue par les logiciens vjus^ qu'au .temps 'de Bacon; Seulement les sdhoiastîiiuës , , imités en cela'yiar Bamusy par Gassendi , Glnuberge et Port-Royal, établirent uiae jdistinetion', quiest deii*eurée célèbre , entre l'indu'clion paorfaite et rindubtioh irtipàrfaite , la pi^emière prOcédaM parun dénoitibreiwertt <^mplet, tandis que lai seconde va de quelque à tout. ''Bien entendu, .'la conolwsioh n'est légitimé' qrie d'ans te' ipnetraiev cas; mais^ mêiae' aters !>• le logicieifi peut con<cevoir des scrupules'^ soid sur la figure oùéetleicoholusion est obtenue-, soit sur le nombre des propositions,' sdit SfUjr la nature du moyen terme , soit enfin sur lé rapport-logique ' des parties autout, qui n'est pas le même queceltti du tout aux' parties : en sorte que, si celte espèce d'induction constitue un raisonnement valable , elle ne paraît pas
' Voir plus haut, Essai (V, S 2, p. 139 et suiv.
251 D£/ LA MÉTHODE miMlCTIYBi
eependanl pouvoir être ffâineiiée*aa BvUoijcisiûeoi^ilmaire^ ni appelée iegitimement de soo nom. .<. « ... i . • LoDgIemps avant M. Hapiilion^ toutes ces: léifficultqs étaient-coBOues^ et Ciaubevge*, eDti^eauti'Bâ, ai^^it opposé nettement l'aj'gument : i nduotif ^att^yUogiisflie. Mw& > le logicien écossais- s'est appropt^ié^paruneexpositioitlfKlus savadte y la théoiriô. du syllogisne inducf ifi. €'est ohei^ lai que cet: argument' doiiêtile étudié, isi Ton én:veut-.qefi4 naJIreexacteBaeiit laiiiàtm'ei^.Ia; valeuir. fe^iqAie^ avions liavonsd^ apprédié'à oe ptj>â4iit.de v«iie.:eldax)8ise6a^pf portsiavec la déduation^ Nouâiavonaàiexauiineir maintenant é'ilieiati ta' (6rme légitime du piocédétinductifaii > . n BOUS faut^d'aboiTiliavquei^eamntqlailûiiautéHeiftige} qne^.isi . llindodtiofti parfaite) des. lâcliolaatiqil^^ ,et<!df M j HâraiUoni exprimait .fidèlaiiiBntt le i'piroe^dé iper jleqiijei nous DOu&.élevon>sià']Qe6« jugements liDivei'âels que>nQus a]!>pelon& deslois v ce/pcocédé serait tju^tiâévi a» ceiiîtude étant liiicontestab-Ioiieiv généra] V!iqù<[^if}<ue^i lé iqomdt les formesidu syllogisme ;y soient. pieu t-être appl^iuée o tort*
Rei^onKiiaiiSsônS' ënocire <jike ^ si FiqdUcliûn peut jatnai^ être assimil^e«U)raispnnèmétit, o -es.! sati3^oeAtôfopm<exlu dénombiieriiienii iparfattJ Ici > dp mc^i&s i ily lai ujia^ésuUdt ; quelque ehoseï de.déimoniréy au dieu de, ces déplorables pétitiomis de principe queirioiliStétiaHfS réduit ai analyser tout à) l'heure 1^ et qui ne Supportentjpas'Un e^'amen^tant soit ppu sérieuXilçii^duipipin^, .oii.a4evant^oi.deslogiciens qui- gavent ce q^e ^'^st.qu'u^ ^rg-ument, et qui pe cQnfQndentpa$;U|];i sopt^isme avec qqKai^Qujpiejïie^ digne de ce nom. • . j ., ■: " '/ .,
Mais est-il vrai que cet. î^rgument. représente Tinduction proprement dite? C'est ce dont ilestpermis de douter , quand on se rappelle la nature de ce procédé et la
portée desafiHn!aa1iioiis*at)txquo)ltts>ilH(i)iM'9oor)(iui(i. Qu!y a-t-il de commun eiitro cesyllojfi&raev ird)eLouapp^i;enl^ qili rorldlnt sùpement de <^inq'éb ^ixic^a^ paqLieuU^rs^au !>aul qti'^îls/constiluentiyiotceoiouTeitiènt d^' Y Ame si.taniè^ si mil Hiple et* parf6i is -ù^ ^atdonl ,1 < q ui ; < > après un' ct^r tain noimbre d'expériences,! iioui&pmp^ptè tout d'un coup liieo QÙ deiàdes fàitB bohnus, et jusc^iy'auX' dovnièi'eslliraites de lespace etufc la klui^éo?! Qlie devient! alors le dénombrer* morft ctBin|f)ljelldei3ilc^ kig:i!cion»9ilin'est possible ni> dans iq*préseiHi^' iiiidanis^ Favèaair^ et) F.imiucljqn priipremeiit dite iest toijjonrfi 'imparfaite) oh ceseinBJ Gequi xMHisidéi terminé' »ài»ind'riii^', cp wVslmlèïnè pasild ndrtrf)rè:deâ'expérienbèi>>; msiis'phitôtleuriqcralitéi <deiiix>où trois faits T*are9y éeiqtalnl$,:^ignifibatif$<). nD|us>édlairôhtlbeaue€iuij) |)l4i^ <l|U^«(hé>gTande bHuItiiituUfjdeifailJs ordinailié&etiians valeur; jet bews/afflrmons tavcq.confiânce ,/ sàms: noussour clerdu norobi^l 'Fai.teHde<^éll»îmi6f\'HogHjnio :• Vonsh.'ob* tiéndre0< qu^dn BQphiqme i> 6t> tovis aKirèd : énervée 1 - induc^ tion', 'en aniéànUssanl riautôriliè dc^'exipénéhcc où ellcsé fonde» tou<l( en>la dépassant: Ju'indHotionéehappepat*' sa nature niôme à* la» fc^raie syllogistiquè ; • dèsqu'oii veut l'y assujettir, oYi s^aperçodt qîie cette rigiiaeiuriooiiQpdssée ne lui convient pas ; b'e6tihii>6ter!àapiiiiséarlce'f clcst la suppriiîier elle*m5me^ici de iiii' interdire» icette ëorte de divination des 'principes qui psi soni caractère essentiel:
Eiï effet, ôôeii' serions notis', si-Fon lie 'pouvait atteindre; ces' j^Hikiipes qîié par sjjllogièmef, et s^artoUl à Taiil'e de cette éniiméràtioh complète -qne réclament les scholastiques et M. Hamilton pour leur induction soidisahl parfaite? Supposez que la démonstration d^ lois de la nature eût été soumise à cette condition , que tous les ras particuliers auraient été connus et énu-
356 DE LA MÉTHODE INDyCTIVE.
mérés; croyez -vous que la physique fût arrivée au point où nous la voyons? L'attraction newtonienne ne serait-elle pas traitée de conjecture par les logiciens , ainsi que tant d'autres conquêtes de la science? Toutes les découvertes des temps modernes seraient à refaire; car évidemment pas une loi de la nature n'aurait été trouvée par ce moyen. H en est de même des jugements que nous portons dans la pratique. Nous croyons, par exemple, que l'eau mouille et asphyxie, que le feu brûle, etc., et nous nous en trouvons fort bien. Avonsnous donc fait toutes les observations requises pour l'induction parfaite ? Si cette conditioa était nécessaire, nous pourrions être mille fois brûlés ou noyés , avant de connaître le danger, avant d'oser dire qu'il existe.
Il y a dans l'induction ujie anticipation et une vue de l'esprit au delà de l'expérience ; elle nous conduit à un jugement qui part de la perception , mais qui la dépasse en tous sens. Cette anticipation est plus ou moins préparée , plus ou moins rapide ; mais elle existe partout où l'esprit induit. Le jugement d'induction est essentiellement intuitif, et par cela seul il se distingue du raisonnement déductif ou par équation. Réduit au syllogisme , il n'offre plus que la collection ou le résumé empirique de quelques connaissances particulières, dont on a fait la sonjme. Esfc-ce là , je le demande , le procédé qui représente par-dessus tous les autres la puissance d'invention de l'esprit humain , et qui a fait dire à Platon que notre âme a des ailes?
A parler rigoureusement , on devrait retirer le nom d'indkiction à ce syllogisme, irrégulier d'ailleurs, qu'on appelle induction parfaite. Bacon , qui s'y connaissait à coup sûr, méprisait et rejetait à bon droit cette pré-
l-enchie' ifteluction njni "ne t^onchil q^ia iVnmy manière précaire, ypi'une (^.otitrndlotioh inij^révuc peut renverser, dont Jes ôpplicalionâ sont triviales; 'et' dont Teffôrt' le plus'ieureiiît abmitit à iim simple addition. ' ' <
L-indactiort Vt^ritable ; celle qui fait des* décônverles', est'ntt procédé qui ôffîrme quelque chose de nouveau , f/iii we^ va pa^i'du môme au même, m-aia du moins an pltis, =ét SïTon peî'sisteà la mettre soas' forme de Byl* logisme', encore une fois, elle sef a toujours imparfaite: car oti rt'indult 'qu'à la condition d'aller de quekiue h tout!, et si Von ne pouvait concilier cette condition eseen^ trellcr aveC leé ' enigènces raisonnable.^' de là Science ,11 feudrait iBfn bannir ce procède, comme dertaîns Iphilosophès i^ôtlt'dcljà' banni de la lopJque. La plupart des lôgictenfe s'Iaceordenten effet à rejeter comme'illégidme Tai'jg^àrtient appelé iriduction imparfeite ; et il faut njon* \^mr qu'ils ont' bien rafison, 9!i!s n Y voleiit q'n'iin sylf logîsmé: Ouelqu^g4uns eependatit , sans renoncer à lui dortrier celle forme, qili en fait ressortir rinsuffisance, se 'sont appliqués à le corroborer' par d-aulres arguments. • J'er hue contenterai de Citer Claoberg^e.' Après a\"bir tràîtë dé rindnction parfaite, qu'ii assimile à une addition ,' et que par conséquent il déclare légitime , il s'exprime ainsi : «Tous les cas pdrtidtfliers ne peuvent pas toujours être connus et énumérés complètement , tantôt à cause de leur multitude, tantôt* à cause de l'impossibilité de les observer...... Alors, pour que
rinduction soit légitime, si' la plus grande partie des cas particuliers nous est connue , on peut inférer qu'il
en est de même la plupart du temps Ainsi en
grammaire, le plus grand nombre des exem|des fait la règle, et le petit nombre l'exception... Si cependant
'il n'y a point d'objection ni d'exemple contraire , on peut inférer l'universel sans restriction... On évite toute erreur, lorsqu'aux expériences faites sur certains sujets , on peut ajouter une preuve (ratio) qui éliablisse qu'il en est de même des autres sujets *. »
Glauberge, on le voit, ne sort pas du raisonnement! il prétei^ y réduire l'induction ; ij* ne veut pas tjue la conclusion dépasse les prémisses, et lorscju'il consent à induire de quelque à tout , c'est à la condition d'avoir démontré qu'il en a le droit. Par conséquent^ il n'échappe pas plus que les autres logiciens à: ce reproche capital qui résume toutes les critiques 'précédentes: sous prétexte de régler Tinduotion^ illçi stipprime, en la réduisant à une conclusion des parties au tout qui n'est peut-être pas un syllogisme, et qui n'est certainement pas l'induction. Car, je le répète-, ce procédé part d'un nombre d'individus extrêmement irestrèînt, pour embrasser le genre' où oes quelques' individus sont compris avec une foule d'autres, et dont ils ne sont J)as même une partie appréciable. Il ne s'agit donc pas d'additionner des cas particuliers ; comparée au résultat que l'on cherche , une telle méthode est puérile , et nous ne nous y arrêterons pas plu« longtemps.
Nous avons passé en revue les- diverses théories^ qui ont pour but de réduire Tinduction au raisonnement. Il résulte des analyses et des discussions qui précèdent que toutes ces théories sont défectueuses , chacune à sa manière , puisqu'elles aboutissent tantôt à une irrémédiable pétition de principe , tantôt à un argument des parties au tout, qui ne donne qu'une présomption logique sans valeur, ou une conclusion empirique et
* Logica vêtus et nova, Part. I, c. XV, n. 164-167.
particulière, où' Ton cherche vainement rinductioii. C'est que ce procédé n'étant pas borné à un nombre fixe de jugements , on ne saurait , quoi (]u'on fasse , le retrouver dans les trois propositions d'un syllogisme. On ne peut donc lui imposer cette forme sans le déna-
turer- .
Faut-il en conclure que Tinduction n'est susceptible d'aucun perfectionnement , et (ju'on doit renoncer à lui donner de l'exaclitude et même une certaine rigoeiir? Une telle conséquence n'est nullement nécessaire; elle suppose d'ailleurs ce principe inadmissible, ' que le raisonnemûnt déductif est le seul instrument de la science , ei qu'en dehors du* syllogisme il n'y a ni certitude^ ni vérité, ni affirmation légitime. Aussi bien n'arons-nous pas épuisé l'histoire des efforts tentés par les philosophes pour régler l'emploi du procédé inductif.'ll nous reste Bacon et le Novum Organum ; c'est de ce. côté peut-être que nous viendra la lumière.
Exposé de la inétliode baconiennu.
Jusqu'ici , on ne voit pas que les logiciens aient accordé à l'observation une grande place dans leurs théories du procédé in'ductif, el cependant il ne peut y avoir l'ombre d'un doute swr la nécessité d'appuyer ce procédé sur l'expérience. Ceux même qui le veulent réduire à un syllogisime, wéel ou apparent, rigoureux ou sophistique, s'accordent tous à construire la mineure de ce syllogisme avec les faits que l'on a pu recueillir. Ilestdoncévidentque la conclusion qu'ils en déduisent ne saurait être légitime qu'autant que cette mineure
ne soulève aucune objection , et comme c'est précisément le côté faible de pareils arguments , il semble qu'ils auraient dû y appliquer tout leur effort, jusqu'à ce qu'ils eussent enfin réussi à fortifier cette partie si délicate et si essentielle de l'induction. Où sont donc, avant le NovumOrganum, les règles sûres, ingénieuses, efficaces , par lesquelles la logique est venue en aide à l'esprit dans 'l'emploi de ce procédé? La vérité nous oblige à dire qu'avant Bacon, une seule règle avait été émise, et nous en avons assez fait voir l'insuffisance, ' et presque le ridicule. Il fallait, dîsart-on, que l'observation fût complète ! A cette condition seulement , on admettait la conclusion des parties au tout, et la forme de l'argument semblait ne rien laisser à désirer. Mais comment mettre en pratique ce précepte impossible? C'est ce que personne ne disait, et cela n'est pas trèssurprenant. Il appartenait à Bacon de tirer la logique de cette ornière. Sa gloire est d'avoir renoncé pour l'induction à la rigjieur chimérique dont on avait tenté de la gratifier, et d'avoir enfin montré de quelle exactitude elle est susceptible ; de sorte que, grâce à lui, ce procédé, où l'on n'avait su voir jusque-là qu'un misérable argument, a été élevé au rang: et à la dignité d'une méthode.
Plusieurs philosophes de nos jour^, que l'on ne peut accuser d'ignorer Bacon, puisque l'on compte parmi eux son plus récent historien , son habile et ingénieux interprète en France, son juge le plus impartial- et le plus compétent à tous égards, se refusent à regarder le Novum Organum comme le manifeste d'une logique originale; ils veulent que l'induction scientifique ait été décrite par Aristole, ^qiii n'y pensa oncques^i^ sui-
DK LA MÉTHODE INDIICTIVK. 261
vaiil une expression fameuse de François K'»**; enfin, ils contestent les éloges que Thisloirc a si justement décernés à cette méthode , et s'opposent môme à ce qu'ondistingue la théorie de-Bacon de toutes les autres; car «le vrai, dit M. Rémusat, c'est qu'il n'y a pas d'induction de Bacon".» En présence d'une assertion aussi formelle, le lecteur comprendra qu'on éprouve quelque embarras à prendre la défense de la méthode baconienne ; mais c'est à la raison , et non à l'autorité qu'on doit demander la solution des problèmes philosophiques » et M. de Rémusat lui-même donne un trop bel exemple de modération à la fois et d'indépendance, pour qu'on ne soit pas tenté de l'imiter. Prendre en main la cause de la vérité est, à ses veux comme aux nôtres, le premier devoir et aussi le droit le plus précieux d'un libre penseur. Or, la vérité ici nous paraît être du côté de ceux qui reconnaissent dans Bacon , non-seulement l'un des pères de la philosophie moderne, mais encore l'inventeur d^uneméthode nouvelle, dont il a le premier donné la descri|)tion'. Commençons par exposer sommairement cette méthode , telle qu'elle est contenue dans le Novum Oi^anum ; il nous sera facile ensuite d'en montrer l'incontestable originalité.
«Bacon, a-t-on dit avec raison, a été amené parla critique à l'idée de sa méthode. Il a accusé les sciences de s'être égarées jusqu'à lui; l'expérience n'était qu'un
' Ranius, sa vie, ses écrits et ses opinions, p. 51 .
2 Bacon, sa vie, son temps, etc. , II*' partie, c. IV, p. 239, note 4.
3 On pourrait citer ici, d'après M. de Uémusat lui-même, les témoignages les plus illustres; contentons-nous d'en appeler à M. Bouillet, réditeur aussi savant que modeste des Œuvres philosophiques de Bacon (Heris, Machette, 1834, 3 vol. in-8o).
empirisme sans règles; la raison n'était que la réflexion dans le vide. Il fellait une méthode qui fût le lien de la raison à Texpérience , de la réflexion à robservation ; cette méthode était l'induotion, non pas celle des anciennes logiques, cette mala inductio toujours stérile, mais une vraie, une nouvelle-induction, etc.*3
Avant Bacon, si Ton en croit son témoignage, la science de la nature s'appuyait sur une? poignée de petites expériences mal faites , familières et triviales ; de ces quelques faits mal observés elle extrayait irrégulièrement des notions vagues, confuses, fantastiques et mal définies ; puis ces notions , mis^s én^ œtiVre par l'induction vulgaire, c'est-à-dire par des arguments puérils et sans valeur, servaient à démontrer ThOï^reur du vide ou d'autres hypothèses du même' genre , qui étaient le fléau de la philosophie. Bacon entreprit de tracer à l'esp'rit humain une route nouvelle et sûre, et de le diriger dans son travail, depuis le point de départ, qui est l'observation des faits^ jusqu'aux notions et aux lois les plus générales , dont la découverte appartient à l'induction , mais à une induction régulière , sérieuse et savante. L'esprit humain, selon rautéiir du Novura Organum , ne doit jamais être abandonné à lui-même ; autrement , il s'envolerait aussitôt du preniier fait venu aux conjectures les plus téméraires. 11 faut s'emparer de lui dès le début ; il faut le suivre pas à pas , afin de modérer, son impétuosité naturelle et de l'obliger à procéder par ordre et par degrés continus, mdis aussi afin de le soutenir et de le fortifier par des conseils dont l'eff'et peut être comparé à celui des machines dans l'industrie humaine. « 11 faut se représenter la science
* Bacon, sa vie, etc., III® partie, c. fil, p. 308, 309.
comme un obélisque que ne sauraient dresser ni un homme seul, ni des hommes réunis, s'ils n'arment leurs main& de cordes et de leviers, /ils ne coordonnent leurs elBforls e.t ne suivent une direction *. »
La première condition d'une science digne de ce nom est de ;3'appliquer à une matière réelle , au lieu de reposer sur le vide et d'èti^e , pour ainsi dire , une chose aérienne. Aucune force de génie ne peut remplacer la connaissattce directe de la nature. Il faut donc que le philoçpphe se mêle aux faits et à la réalité , et qu'abjurant toute notion préconçue, il se familiarise avec les choses. même, afin d'en suivre l'ordre et l'enchaînement et d'en découvrir les lois , les causes ou les formas secrètes.
Observer n'est pas tout. Si les faits qu'on étudie se sont présentés d'eux-mêmes , une telle observation n'est pas l'œuvre de la science , mais du hasard ; c'est seulement lorsqu'elle a cherché et découvert dans la natujpe l'objet de son étude , ({u'elle mérite le nom d'expérience. L'expérience ordinaire , qui suffit pour la simple description des phénomènes , et lorsqu'on se borne à constater ce qui est , n'est pas l'expérience savante dont le but est de procurer à l'entendement de suffisantes informations et de lui découvrir le pourquoi de toutes choses. La nature est semblable à un homme dont les intentions et les sentiments ne se trahissent que dans de rares mcjments de trouble et de vive émotion. Tourmentez donc la nature, si vous aspirez à surprendre ses secrets ; apprenez à l'interroger, et ne vous contentez pas de l'étudier dans sa marche ordinaire : car la subtilité de ses opérations surpasse infiniment
* Bacon , sa vie, etc. , p. 230, d'après la Préf. du Novum Organum.
*iGi DE LA MÉTHODE INDUCTIVE.
celle des sens et de rentendement. Défiez-vous d'abord de la stupeur, de rincompétence et des illusions de vos sens. Que vos expériences soient nombreuses , mais que surtout elles soient bien conduites et, choisies avec art, portant sur des faits significatifs et variés, et procédant par degrés et pas à pas : à ce prix.. seulement vous serez l'interprète deJa nature.
Les résultats de ces expériences ne doivent pas' non plus être livrés au .caprice de la mémoire : ce serait encore le hasard ; il en faut tenir registre , le philosophe ne pouvant se fier qu'à TexpéricAce écrite (experientia
litlerata). . .
Après avoir réglé l'emploi des sens et de la mémoire, Bacon s'adresse à l'entendement ,' et lui rappelle Timpuissance de la dialectique pour découvrir les lois de la nature. L'esprit humain n'est que trop porté à supposer dans les choses de Tuniformite , de l'ordre et de la symétrie , et quand il ne les découvre pas , il les imagine. De là ces formes vaines , abstraites et stériles, qu'il impose à la nature , au lieu d'en induire avec patience les formes véritables. Pour quiconque veut connaître la nature, il ne s'agit pas de l'abstraire , mais de la disséquer. Tel était le but des règles prescrites à l'expérience ; mais le fruit en est perdu j si l'on n'a point sous les yeux , si l'on ne fait point comparaître avec ordre devant l'intelligence les exemples et les faits que l'on a recueillis. Ici se placent les trois tables célèbres auxquelles notre philosophe attache tant d'importance, pour assurer et légitimer le travail de l'induction. Où chercher en effet la loi ou la cause véritable d'un phénomène , sinon dans les circonstances qui l'accompagnent toujours , qui se produisent avec lui
(table de présence)^ qui font défaut en inèiue tei)ij)s que lui {table d* absence) , qui enfin croissent ou décroissent {table des degrés) comme le phénomène dont elles sont la forme ou condition secrète ? Voilà ce que contiennent ces listes d'expériences qu'Qn suppose rédigées avec le plus grand soin, et qui aideront Tesprit à coordonner et à comparer les faits. Mais croit-on qu'une fois ce travail accompli, Bacon permette au savant d'induire? Nullement : les anges seuls peuvent procéder ainsi ; la faiblesse de l'esprit humain exige qu'il procède d'abord par Yexclusive, c'est-à-dire qu'il commence par rejeter tout ce qui n'est pas une condition nécessaire du fait qu'on étudie. C'est à ces « réjections et exclusions légitimes » que serviront les trois tables , et il est aisé de comprendre tout l'avantage de ce procédé préparatoire : lorsqu'on aura éliminé les circonstances accessoires et accidentelles, n'aura-t-on pas sujet d'espérer que « les lois fausses et les causes chimériques s'étant dissipées en fumée, la vérité restera seule au fond du creuset?» Tout n'est pas fait encore. Cependant le moment est venu d'accorder à l'entendement une première permission d'induire, au risque d'arriver à un résultat imparfait et erroné : au point où l'on en est , la vérité sortira mieux de l'erreur que de la confusion. Mais qu'on ne s'en tienne pas à cette première i^endange : ce n'est qu'une ébauche, qu'il faut apprendre à corriger par de nouveaux appels à l'expérience. Oui , revenons aux faits, en dépit de l'orgueil humain , qui s'écrie que c'est rabaisserla majesté delà pensée, de la tenir silong'temps attachée à de misérables expériences , à tant de détails minutieux , dans la sphère étroite de la matière et des sens. En dépit de celte présomption insensée, arrêtons
266 1»E LA MÉTHODE INDUCIIVE.
notre esprit sur la pente où Tentraîne son ardeur, et retenons son attention sur les faits : apprenons-lui à discerner les faits ostensifs , décisifs , privilégiés , qui lui serviront à contrôler, à rectifier, à vérifier ses jugements et ses prévisions. ^
Il n'est pas nécessaire de suivre Bacon dans )e détail des vingt-sept classes de faits privilégiés, qu'il développe avec tant de complaisance dans le second livre du.Novum Organum. II suflît de rappeler qu'il y a, suivçint lui, uij art de vérifier les propositions induites, qu'il appelle axiomes, en redescendant dq ces axiomes à des expériences non encore faites , mais dont ils fournissent l'indication.
11 arrive souvent qu'en partant des jugements qui reposent immédiatement sur l'expérience , on s'élève par un saut rapide jusqu'aux plus hautes gçnéralités, en négligeant les intermédiaires, ce qui infirme lès résultats de l'induction. On évitera cette cause d'erreur, si Ton procède graduelliement , et qu'on établisse avec soin «les axiomes moyens», d'où dépendent les inductions les plus élevées, de sorte qu'en redescendant l'échelle des axiomes , on n'en rencontre aucun qui ne soit clair et indubitable.
Telles sont les principales conditions que doit observer le philosophe, pour avoir le droit d'affirmer définitivement la loi des faits qu'il a étudiés. La vérité de cette loi se reconnaîtra bientôt à ses fruits : une fois le principe admis , les applications viendront en foule ; à la théorie succédera la pratique, et à la période des expériences himineuses celle des expériences fructueuses.
DE LA MÉTlIOiyE INDUCTIVE. 267
Justification de la méthode bacoiiienne.
Ce résumé succinct, mais fidèle, dd la méthode décrite par Bacon nous suffira pour la caractériser, et pour montrer* combien elle est supérieure atout ce qui avait été essayé auparavant pour la réglementation du procédé inductif. Voici d'un seid mol la diflCérence : il ne demande pas qu'on prépare le jugement d'induction par une multitude d'observations , mais par des expériences * bien conduites ; 11 ne tente pas d'énumérer tous les faits, il choisit entre eux; il n'accumule pas , il élimine. Sans doute, il récommande d'observer beaucoup, mais il lient plus à' la qualité qu'au nombre des observations ; il ne l^s veut nombreuses qu'autant qu'elles seront variées, afin de pouvoir rejeter ce qui n'est qu'accessoire, pour retenir ce qui est essentiel et général. Ses fameuses tables ne sont que des moyens d'éliminer les causes imaginaires et les circonstances étrangères au sujet, afin de n'avoir plus devant soi que les faits utiles etles véritables conditions , lois ou causes desphénomènes qu'on étudie.
Avant d'examiner la valeur logique de ces préceptes et la portée légitime de la méthode dont ils nous livrent le secret , il convient de rappeler que Bacon est le premier philosophe qui en ait présenté une exposition régulière et même complète, malgré ses lacunes apparentes. Je n'insiste pas sur le style noble et singulièrement énergique du Novum Organum , quoique les idées qu'il a mises dans le monde aient dû en grande partie leur succès à l'éclat de la forme. Comment d'ailleurs ne
2t}8 DE LA MÉTHODE INDUCTIVE.
le louerait-on pas d'avoir exprimé et propagé avec tant de puissance une foi si profonde dans les progrès de la pensée, et d'avoir tant contribué à donner à la philosophie et aux sciences ce prodigieux élan qui, après plus de deux siècles de spéculations admirables ,. s'épuise à peine de nos jours dans les applications industrielles où l'esprit scientifique semble confiné pour longtemps encore ! Mais Bacon a d'autres mérites qu'il importe de comprendre pour apprécier convenablementsa méthode. En laissant de côtelés causes secondaires, cette méthode résulte surtout de deux choses, et d'abord d'une grande défiance de l'esprit humain, livré à lui-même. Ce sentiment de circonspection, qui en tout temps a inspiré les logiciens et fondé la méthode, caractérise Bacon aussi bien que Descartes, et par eux domine la philosophie moderne à son origine* Mais une autre cause plus spéciale nous explique la nature de la méthode préférée pai' Bacon: c'est une connaissance profonde de ce que peut l'induction , appuyée sur Texpérience. Ce n'est pas en dialecticien qu'il considère ce procédé, mais en homme qui l'a vu à l'œuvre^, et qui, après en avoir étudié la marche et même les égarements , a su en reconnaître la puissance et en deviner l'usage légitime. Aussi qu'est-ce que sa méthode? Dans $on intention, il le déclare lui-même, ce n'est pas autre chose qu'une analyse de la marche naturelle de l'esprit humain. «Si les hommes ,> dit-il , ayant sous leur main une histoire naturelle et expérimentale assez complète , étaient tout à leur objet, et pouvaient gagner sur eux-mêmes deux grands points , l'un de se défaire de toutes les opinions reçues, l'autre de contenir leur esprit dans les commencements , afin de l'empêcher de s'élancer de prime-
saut aux principes les plus généraux, ou à ceux qui les avoisinent ; il arriverait, par la force propre et naturelle de Tesprit, et sans autre art, qu'ils retomberaient dans notre méthode même d'interprétation, vu que, les obstacles une fois levés , cette méthode est la marche véritable et spontanée de renteiidement humain*. »
Bacon est le premier log-icien ({ui ait eu l'idée de régler Trnduction proprement dite et la gloire d'y réussir : car sa méthode , confirmée par le temps , sanctionnée par une longue et glorieuse épreuve, est devenue l'instrument d'une foule de sciences,' dans l'ordre physique et dans Tordre moral. Les objections que l'on tire aujourd'hui de sa simplicité même ne sauraient prévaloir contre les témoignages les plus imposants et contre ce fait incontestable, que la méthode suivie par les physiciens est précisément celle que Bacon a déci^ite le premier dans son étisemble et dans ses parties les plus essentielles.
Gependaut , il faut avouer que ce phifosophe a payé son tribut à la faiblesse humaine , et que sdn œuvre est imparfaite à plusieurs égards. Les nouveautés qu'il apportait en philosophie n'exigeaient pas sans doute qu'il eut recours à ce luxe d'images souvent bizarres, qui nuisent à la clarté et à la précision de son style. 11 aurait pu aussi parler avec plus de modestie de cette méthode , et ne pas l'ériger en unique instrument de la science, sans tenir assez compte du raisonnement et de la dénionstration. Mais le défaut le plus grave du Novum Organum , et ce qui nuit surtout à Bacon dans l'opinion des philosophes, c'est l'absence d'une théorie proprement dite de l'induction. Voici comment on a tourné contre lui cette regrettable omission : a Autant Bacon se montre attentif et ha-
' Novum Organum , 1. 1, aphor. ^30, trad. de M. Riaux.
270 DE LA MÉTHODE INDUCTiYE.
bile en te qui touche la méthode de fiaductionv autant il néglige la théorie de l'induction raêraei, etiiichose étrange, cette négligence, cette ignorance , on peut le dire, de la logique,, dont sa méthode n'était sous cexâpport qu'une partie , est:devenue pour lui presque un mé^ rite. On en a. conclu que sa logiique était neuve >* qu'il avait, en eiFet, justifié son titre et orée un noiivel €rgHr non, tandis qu'il n'a fait que donner de nouvelles règles pour employer l'ancien , et savamment étudij^ la manière de se servir de l'élerfneJ instjruméht de l'espiit humain*. ï> .•,■;.
Pour nous qui pensons qu'en effet. la logiquei de. Ban con était neuve autant qu'efTieace pour le progrès des sciences, nous ne pouvons mous empêcher* de 'regr«ttjer qu'il n'ait pas cru devoir présenter sotis uneibirme plu«' sévère ses. vues; sur la méthode induelivâi Les. philotsophes , les logiciens surtout aiment à se rendra ocHOpple ; ils ne 8'£|rrêtenl pasiau succès, comme le. vulgaire; ils ont besoiï» d'en trouver la raiSon etde savoir s'il est- de bon aloi. Bacon., qui avait si bien compris ou deviné le véritable urfagte de l'induction, a donc à il^ur^-yeux un très-grand tort î -c'est de n'aVoir pasifait voir quelle .rigueur sa méthode communique à ce procédé. 11 a -exposé cette méthode, .il. ne l'a pas expliquée ; ily manque une théorie logique, daflsleôens4iechiniquedîamot; 0iai$ peut-être- n'est-il pas si naaJaisé d'ajouter auNovumOrganum cet indispensable ôomplémenit; • . '
Quelle est en effet J'objeation que soulèvent, au point de vue de la rigueur et de la certitude, les résultats du procédé inductif? C'est que l'observation ne pouvant atteindre qu'un petit nombre d'individus, on n'a pas le
^ M. de Rémusat, ibid., p. 335.
DE tk MÉTHODE INDIDCTIYE. 271
droit d'en inférer un Jugement qui s'applique à tous les individus compris dans lo même genre. Eh bien, c'est cette diflicultéy in6olubIe.par la dialectique ordinaire, que résout la méthode baconienne, en permettant d'atteindre par une expérience savamment conduite, 'non plus quelques individus seulement, mais le genre même qui les contient. Avant d'aller plus loin et poyr faire mieux comprendre ma pensée , j'aurai recours à un exemple tiré de l'enseignemônt des mathématiques, et donl j'emprunte les termes à l'historien de Bacon.
« Concevez une seule fois une figure de géométrie , et, vous pourrez en percevoir intuitivement ou déduclivement'les propriétés , et d'une conception isolée , accompagnée d'une image particulière. dans l'esprit, inférer valablement l'universel. Dans la pratique, l'enseignepienl de fa géométrie se fait au tableau , et c'est une; figure tracée, et tracée incorrectement, (|ui suggère les pix^priétés universelles d'une figure parfaite , c'est^à-direde Joute figure , de la figure en elle-même. Le maître n'a pas besoin de faire remarquer que cette figure n'est qu'un symbole, et qu'il s'agit de la même figure en général ou considérée dans son idée. L'élève, sans difficulté, sans hésitation, le comprend ainsi. Il n'est pas nécessainé de tracer une multitude de cercles, de mesurer leurs rayons et de montrer qu'ils sont égaux. Ce serait là une induction bonne pour l'histoire naturelle. A l'aspect d'un cercle dessiné négligemment à la craie , l'esprit conçoit intuitivement que les rayons du cercle sont égaux , et cette propriété indubitable , universelle, absolue, peut immédiatement entrer dans la définition du cercle. Et cependant il y a là, comme on J'apu voir, une certaine conclusion du particulier au
^73 DE LA MÉTHODE IMIl'CTI V£.
^'^énéral , et quelque chose en ce sens qui rappelle Tinduction*. p
C'est ce procède que Dugald Stewarl, avant M. de Réinusat, n'a pas craint d'appeler une induction mathématique. Mais ir ne faut pas se laisser abuser par l'apparence , ni croire que le géomètre passe en effel du particulier au général. Il est vrai qu'après avoir démontré de ce triangle individuel ABC, que la somme de ses trois angles est égale à deux drcHts , il en conclut qu'il en est de même de tout triangle; mais ce nVst pas par la raison qu'il en est probablement de même de tous les autres triangles, c'est uniquement parce que le triangle A B C a été considéré en tant que triangle , et sans aucun regard à sa nature particulière. Il n\ a donc pas ici d'induction. Ce n'est pas un fait concret qu'on observe , pour en inférer l'universel ; c'est le genre lui-même considéré, il est vrai, dans un. exemple, mais conçu dans toute son extension , et employé conformément à sa définitioi^univei^selle : de sorte que , dans ce triangle individuel qu'on a sous les yeux, c'est le triangle en général que l'esprit voit et contemple pai* un effort soutenu d'abstractioD, qui suffit pour transformer cette induction apparente des matjiématiciens en un véritable syllogisme , procédant du plus général au moins général.
Revenons à l'induction proprement dite, et supposons que, par un procédé analogue/ elle pût être ramenée à celte forme démonstrative; n'est-il pas ^rai qu'alors elle aurait toute la rigueur désirable? Supposons même que, ne pouvant atteindre à cette exactitude idéale, il lui fui |H?rmis du moins d'eu approcher indéfiniment ; n'esl-il
• M, de Réiiuisat , 1, c, , p. ^37, 338.
pas vrai ({iie la probabilité (jiii en résulterait serait immense? On serait bien loin de Timperceptible chance de vérité que donne cette induction imparfaite des scholastiques : «Vingt ou trente faits du môme genre ont été observés, et Ton a constaté qu'ils se produisaient de telle façon; donc, c'est ainsi que se produisent et se produiront toujours les milliards et les milliards d'autres faits possibles danslc même genre.»
Atteindre le genre lui-même à l'aid'e d'une observation spéciale, conduite d'une certaine manière et sui-vant un certain art, voilà donc le véritable problème logique relativement à l'induction. Tout à l'heure ce problème se présentait sous ces termes, où il devait paraître insoluble : «.Comment conclure légitimement de quelques faits observés à tous les faits non connus?» A cette for-
mule qui semblait exclure une solution satisfaisante, on peut maintenant substituer l'oxpression suivante : «Gomment faire tomber un genre tout entier sous l'observation, au moins d'une manière indirecte et approchée ? » Telle est la:qnestion que notis devons essayer de résoudre, d'après Bacon, mais en ayant recours à des considérations où il a négligé d'entrer.
Un fait étant donné dans le «genre qu'on étudie, on y doit considérer trois choses : i^ les qualités qui constituent le genre;. 2« les qualités distinctives de cet objet ou de ce fait particulier; 3^ les circonstances spéciales où se trouvent l'objet donné et l'observateur lui-même. Pourquoi ne peut-ori observer le genre? A cause des deux éléments étrangers qui s'y ajoutent toujours. Il faut donc que le physicien, comme le géomètre, fasse abstraction de ces éléments; il faut qu'il trouve un moyen de les écarter, sinon de les supprimer. Or, il'peut
arriver parfois que ce travail d'abstraction soit assez facile. Veut-on savoir, par exemple, à quelle température le mercure devient solide? On n'a qu'à se procurer un échantillon de ce métal aussi pur que posSible, et à le faire passer avec les précautions ordinaires par diverses températures. Une seule série d'expériences suflUra pour induire provisoirement la loi générale de solidification diï mercure. Une seconde expérience faite dans d'autres circonstances sur un autre échantillon , et donnant le même résultat, établit cette inductioïi. Une troisième expérience , faite par un autre observateur et donnant encore le même résultat, répond à tous les doutes , et désormais on affirme avec confiance qxie le mercure se congèle à — -400.
Mais l'opération n'est pas toujours an^si simple,- surtout si , au lieu de prendre une.espèce du dernier ordre , on étudie un genre très-complexe, tous les liquides par exemple. C'est ici le triomphe de la méthode d'expérimentation proposée par Bacon, « méthode fticilô à décrire, disait-il lui-même, mais difficile à mettre en pratique.» Elle est en eftet beaucoup plus compliquée d'ordinaire que celle que je viens de décrire «en deux motg; cela tient à la difficulté pins grande du sujet. Maison- doit comprendre qu'avec une patience plus ou moins ingénieuse, on arrivera tôt ou tard à un résultat semblable. ' .....
Au reste, il importe de remarquer que l'inducti^Dn, même appuyée sur cetto expérience savante , ne se réduira jamais à un syllogisme par équation. ïl n^y a ici rien de pareil , et si l'on n'y voulait voir qu'un raisonnement par rénumération des parties , une généralisa* tion adéquate aux expériences faites et qui n'affirmerait
rien au 4çlà, on sortit encore Irès-éloigné de la loi qu'il s^agjlt d'établir. Sanii doute, c'est un premier pas à faire, et qui doit préparer rinduction. Après Tobservation consciencieuse de quelques faits bien choisis, on a,^ pouif pî^rler comme Bacon, a un axiome infmie,» qui exprime une équation, une somme, un total, et qui peut s'énoncer de celle manière : « Tout ce que j'ai observéf est ainsi. » Mais il reste à porter le jugement induclif lui-inéme, et à dire : «Ce que j'ai observé est égal: au geru*e, ^. ou bien : « Les quelques faits que j'ai observés, représentent le genre tput entier et lui seul. » C'est eu v.ertu d'un tel jugement- qu'on applique au genre ce que l'observation a constaté pour quelques-uns des individus qu'il contient.
Cette affirjnation inductive n'est vraie qu'à une double condition : c'est que les individus observés représentent en effet le geni^ tout entier et lui $eul.. Or, le premier point est peu de chose, le second seul importe^ C'est parce que 1$6 logiciens s'étaient bornés et buttés au premier qu'ils ne pouvaient trouver la méthode inductiTe; Bacon, au contraire, l'a trouvée, parce que, sciemment ou à son insu, peu importe, il s'est attaché au second. Entreprendre de passer de (|uelque à tout 'par voie d'énumération , c'est vouloir l'impossible ; on n'arrive par, là qu'à des résultats puérils et précaires, ainsi que Bacon ne cessait de le dire aux scholastiques. Pour lui, il a fait tout le contraire; il a considéré comme accessoire ceqxii leur semblait principal, et il a compris qu'il s'agissait,.non d'accumuler des faits tels quels, mais d'éliminer, de retrancher, de rejeter les circonstances ^particulières qui font obstacle à une généralisation légitime. Il a vu, ot c'est sa principale découverte, que
ce qui importe pour donner à l'induction rexactitude qu'on en exige, ce n'est pas le nombre toujours trèslimité des faits observés, mais uniquement la qualité de ceux que Ton soumet à uue expérience bien conduite. Toute la méthode inductive est là : c'est l'idée-mère du Novum Organum,.
Mais pourquoi , en substituant à une énumération plus ou moins longue un petit .nombre de faits bien choisis , aurait-on le droit de passer du particulier au général ? Comment se justifie logiqiiement un tel procédé? C'est ce que Bacon n'a pas song-éà nous dire. 11 s'est contenté d'indiquer le meilleur emploi de Finduction , sans démontrer que c'était en effet le meilleur. Il a fait ressortir la nouveauté et la fécondité de lavraie méthode inductive; il l'a connue, il l'a décrite, il n'en a pas rendu compte. Nous avons essayé de l'expliquer et d'en établir la légitimité , en nous servant du langage ordinaire , et sans recourir aux termes techniques. Il nous faut maintenant achever notre démonstration , en y ajoutant des considérations purement logiques et assez peu baconiennes en apparence , mais que Bacon avait sans doute pressenties ; car elles sont le commentaire de sa pensée.
Tout dépend ici de la notion du genre. M. Hamilton, qui en a fait une analyse si remarquable , semble n'y voir qu'un tout, une collection d'individus ou d'espèces. Mais quand il s'agit de l'induction , comme quand il s'agit du syllogisme , il faut se rappeler qu'un genre, avant d'être une collection d'individus , est essentiellement l'idée plus ou moins complexe des qualités par lesquelles tous ces individus se ressemblent ; en d'autres* termes, un genre n'a pas seulement une certaine ex-
tension , il a aussi uiio ctn'laiiio cornprélieusioii , trou dépend son extension elle-même. C'est une bien vieille distinction que celle de la compréhension et de Texteasion des idées gtînérales , et pourtant on n'en a pas •encore épuisé toutes les conséquences. M. Hamilton lui-même , qui a su la rajeunir de nos jours , et qui en a fait Tapplication au procédé inductif , n'a pas vu tout ce qu'on en pouvait tirer pour cette même théorie de l'induction.
Tout le monde connaît ce théorème logique , que la compréhension d'une idée est en raison inverse de son extension , et réciproquement. Si, par exemple, on ajoute aux ciaractères constitutifs du genre animq^ l'attribut raisomiùble , on restreint du même coup ce genre , et l'on en borne l'extension à l'espèce homme. Si à l'idée de livre imprimé vous ôtez cette qualité d'être imprime , vous obtenez une idée plus indéterminée , et par cela même plus étendue, celle du livre en général. Ainsi, tout ce qui est ajouté à la compréhension est roiranché à l'extension ; tout ce qu'une idée perd en compréhension , elle le gagne en extension. Telle est la loi suivant laquelle l'esprit monte ou descend les degrés de l'abstraction. Or, cette loi résulte de deux éléments : une opposition et un rapport entre la com* préhension et l'extension. Les logiciens, en général, se contentent de relever l'opposition, et négligent le rapport. Les deux choses se tiennent cependant d'une manière indissoluble , et pai* cela même que ces deux propriétés essentielles de toute idée générale sont en raison inverse l'une de l'autre , il en résulte nécessairement que chacune d'elles peut servir de mesure à l'autre. Si l'extension d'un g-enre était donnée avec
exactitude , sa compréhension serait aussitôt déterminée , de même que , si Ton connaissait parfaitement la compréhension d'un genre , on en pourrait raisonner sans crainte de faillir quant à son extension, puisque à une certaine compréhension correspond toujours une^ certaine extension. Si donc il est vrai que celle-ci est, en un sens , opposée à celle-là , il est incontestable , d*aulre part, qu'elle en dépend et en dérive. En effet, c'est parce que tel genre a telle qualité qu'il admet dans son extension tous les individus qui en sont doués, tandis qu'il exclut tous ceux qui ne l'ont pas. Augmentez le nombre des qualités , vous diminuez le nombre des individus ; diminuez le nombre des qualités , c'està-dire la compréhension , vous augmentez le nombre des individus , c'est-à-dire l'extension du genre. Donc, encore une fois , la compréhension peut servir de mesure à l'extension : voilà qui est de toute évidence.
Cela posé , ne considérons que la compréhension dans un genre donné , et supposons qu'elle soit résumée en une définition exacte. Cette définition , du même coup, détermine l'extension du genre, en ce sens que tous les individus de ce genre , et ceux-là seulement, seront compris dans sa définition. Il est donc nécessaire que tous ces individus sans exception reproduisent, non-seulement les caractères qui figurent dans la délinition, mais encore ceux qui n'y sont qu'implicitement contenus et que l'on démontre y être en effet contenus; et cette démonstration est possible sur tout individu pris dans le genre, si Ton a soin de ne voir en lui que les termes de la définition qu'il réalise. C'est pour cela, comme il a été dit plus haut , que le géomètre affirme avec certitude de tout triangle ce qu'il a démontré d'tm
DE LA MÉTIIODK JM)IICT1VK. 279
triangle en tant que Irian^le. CVst ce point de vue abstrait qui luj permet , tout (n\ employant des exemples concrets , de donner à ses démonstrations cette univei'salité qui en fait toute la valeur. Les conceptions mathématiques ne sont ()as les stîuh's qui aient cette propriété ; elle appartient ù tout genre , à toute idée générs^le. Il y a longtemps qu'Aristote a dit avec profpndeur et avec vérité : « L'ol)servation atteint en quelque façon Tuniversel», et en effet tout individu, pris même au.twisai^d dans un genre, exprime ce genre tout entier d'une certaine manière. Celte table particulière est en même temps une table en général, c'est-à-dire qu'elle a toutes les qualités essentielles et distinctives du genre dont elle porte le nom ; autrement elle ne serait pas une table.
Le genre est donc dans les individus ; il y est tout entier par sa compréhension. Seulement il y est avec d'autres éléments qui, en augmentant cette compréhension^ diminuent son extension. Il résulte de là qu'un genre peut tomber sous l'observation , et que la difficulté n'est pas de l'avoir tout entier, mais de l'avoir seul et pur de tout mélange. C'est là le vrai problème de la méthode inductive , tel que Bacon l'a souvent indiqué , en insistant sur « la complexité des natures » sur lesquelles porte l'expérience. Chaque individu rentre à la fois dans plusieurs genres , dont il est pour ainsi dire composé. Outre les quahtés d'un genre principal que l'on observe en lui , il en a d'autres par lesquelles il se rattache à d'autres genres et se distingue de tous les individus compris avec lui dans le genre que Ton considère. C'est ainsi qu'un triangle particulier joint aux qualités qui le constituent comme triangle,
d'autres qualités encore , telles que la nature spéciale de ses côtés et de ses angles , ou la manière dont il a été tracé, et une foule de, caractères accidentels qu'on y remarquera aisément, dès qu'on y voudra faire attention. C'est s^insi encore qu'un individu de l'espèce humaine réunit en. sa personne , avec les attributs généraux de l'humanité, les qualités propres à tel climat , à telle nation , à tel siècle , à telles circonstances. La compréhension de l'individu résulte donc du mélange d'une multitude de genres , dont il est pai'fois très-difficile d'abstraire entièrement celui qu'on veut étudier. Le plus habile dialecticien y peut échouer, témoin les efforts malheureux des interlocuteurs du
Parménide. A plus forte raison cette tâche sera-t-elle seméa d'écueils pour l'observateur qui , au lieu de sa propre pensée , voudra saisir la marche constante des phénomènes , à travers tous ces détours de la nature , que Bacon avait coutume de comparer à un labyrinthe. On voit clairement qu'il est plus facile d'observer tous les caractères d'un genre dans un fait donné que de les observer seuls. On voit aussi qu'il n'est pas nécessaire, pour obtenir un jugement général, d'énumérer des faits, d'accumuler des obseiTations et d'en dresser un interminable catalogue ; il s'agit plutôt d'éliminer du premier fait qu'on a étudié toutes les qualités et toutes les circonstances étrangères 'au genre qu'il représente; il s'agit, en observant certains individus pris dans un genre, de n'y considérer que ce genre lui-même pur de tout mélange, c'est-à-dire les caractères qui le constituent et qui sont communs à tous les individus où il se réalise. L'induction n'a pas besoin , pour se légitimer, de s'appuyer sur un grand
nombre d'observations : il lui suilit de (|ueh|ues individus , mais bien choisis , mais dég^agés de tout ce qui est accessoire , mais observés avec celle abstraction soutenue qui fait la force des démonstrations géométriques. On raisonne en apparence sur un exemple particulier ; en réalité on contemple le" genre tout entier représenté par cet échantillon. L'observation porte sur quelque chose de concret, mais la pensée en d('»gage l'abstrait et, ne considérant que lui, s'élève au-dessus des sens et de l'apparence grossière , jusqu'à l'idée et à la vérité universelles. Voilà pourquoi l'induction, méthodi([uement employée , procède non par addition , mais par retranchement , non par énumération des faits particuliers , mais par élimination de tout ce qui est particulier dans les faits qu'on observe. -De là la nécessité de varier les expériences , un petit nombre d'expériences bien faites pouvant nous conduire à la connaissance du genre dans sa pureté, et par suite dans toute son extension. De cette manière seulement on rendra l'induction aussi rigoureuse que possible. L'autre induction , celle des scholastiques, est puérile; celle-ci, celle de Bacon, est seule sérieuse et digne de figurer pai'mi les procédés de la science.
Il en résulte en effet une probabilité immense , et qui s'accroît encore , lorsqu'on y ajoute des vérifications nombreuses ou faites dans des circonstances extraordinaires et en apparence exceptionnelles. Le raisonnement intervient ici avec sa puissance de vérification et de contrôle, mais le résultat qu'il vient confirmer a d'abord été fourni par l'induction.
L'emploi du procédé inductif soulève deux objections principales, au point de vue de la logique. Les jugements
282 D£ LA METUOUK INDUCTIVE.
généraux où il nous conduit attribuent au contingent la permanence et runiversalité qui sernblent n'appartenir en propre qu'à la vérité nécessaire- U.pous expose, par conséquent, à un double danger, puisque d'un côté il s'appuie sur quelques faits seulement pour en^brasser tout un génie, et que, d'un autre coté, il étend ,à toutes les parties de la durée les résultats obtenu? par Fobservation de quelques instants. Oo peut donc induire à faux de deux manières, soit lorsqu'on s'aventure. du particulier au général, spit lorsqu'oj^ prétend tirer de quelques phénomènes passagersia notion d'une permanence peut-être imaginaire. Dç là la néiçessitc. pour le logicien de distinguer deux parties ; dans Ja réglementation de ce procédé, et de se poser ce double problème: io Comment passer légitimement de quelqiue à tout dans un genre donné ? 2o Comment passer légitimejnent de quelque à tout dans le temps , en affirmant pour toute la durée ce que nous ne savons être vrai que dans quelques moments? Je me suis attaché d'abord à la première question, et en considérant comment on pourrait appliquer à un genre tout entier ce qui n'a été observé, ce qui ne sera jamais vérifié que pour quelques individus en très-petit nombre pris dans ce genre, j'ai tâché de faire voir de quelle rigueur l'induction est susceptible à ce premier point de vue, et comment on peut tirer parti pour la science de la faculté qui est la source la plus féconde de nos doutes et de nos* erreurs. Atteindre un genre par son extension est une œuvre impossible pour l'esprit humain, et c'est ce que l'induction ne saurait tenter sans nous faire tomber dans l'erreur ; mais il est toujours possible, sinon facile, d'atteindre ce même genre par sa compréhension , au moins avec une
Db LA MËTHUDË INDUCTIVË. 283
approxiinalion indéiiiiie, et c'est là ce qu'il est raisonnable (J'essayeiv«n suivant les conseils pratiques de Ba* con. De là Tnniversalité légitime des lois pbtenues par la méthode in-duclive. Gï»tait h point important, et j*ai dû m'y arrêter davantage, puisqu'il s'agissait de l'induction considérée dans son essence même , comme procédé généralisateur. 11 me reste à traiter la question de temps , et à montrer la stabilité aussi bien que la généralité des- lois obtenues par cette méthode.
Au premier abord , un logicien doit éprouver quelque* scrupule à admettre que^l'on étende au passé, au présent, à l'avenir, ce que l'on pense être vrai pour quelques moments de la durée. Les sceptiques , Hume entre ^ autres, n'ont pas manqué d'élever ici des diiïîcultés, et d'en tirer de nouveaux motifs de doute. C'est pour répondre à Hume queReid, son plus sage et son plus habile adversaire, imagina dans resprit*humain une connaissance naturelle qu'il attribuait au sens commun, et qui a fait fortune après lui sous le titre, qu'il lui avait donné, de principe d'induction. Par cette hypothèse, on a prétendu mettre au-dessus de toute discussion notre croyance à la stabiHté des lois de ia nature. Nous avons déjà eu l'occasion d'exprimer nos propres doutes au sujet de l'innéité de ce principe. Pour croire à la stabilité des lois de la nature, il faut avoir l'idée de loi, idée abstraite, complexe, et assez tardive dans l'esprit de l'homme. La croyance que la nature est gouvernée par des lois stables , paraît être un résultat de nos premières inductions, loin d'en être le principe. D'ailleurs, Reid lui-même a reconnu que ce n'était pas un jugement nécessaire, mais contingent et même hypothétique; il n'en a pas fait une vérité de certitude, mais
seulement de croyance ou de sentiment, ce qui est un caractère commun à toutes les affirmations inductives.
Tant qu'il nje s'agit que d!analyser le mouvement naturel de l'esprit, on peut s'en rendre compte d'iine^a* nière suffisante, si je ne me trompe,, au moyend'un sentiment instinctif qui nous fait chercher la vérité nécessaire^ et qui nous incline à la mettre partout où nous pouvons la soupçonner. Mais on eomprend qu'en obéissant à cet instinct irrationnel, l'homme rencontre tantôt la vérité, tantôt l'erreur, et dès qu'il est question de dire comment on peut être assuré de ne pas se tromper en induisant du présent au passé et à l'ave* nir, le principe d'induction , réduit à un pur sentiment, n'a plus aucune valeur. « Suivant la . psychologie descriptive, dit avec raison M. de Rémusat*, rmn n'esta priori qu'une disposition naturelle. Nous sommesi faits pour croire à la stabilité des lois de la nature; cela même en est une. Et c'est pourquoi noi^s croyons .à Ja répétir tion des effets , à la permanence des espèces , $u retour des phénomènes périodiques , etc. C'est notre condition.; tenons-nous-y. Cette réponse est une^ réponse de- sens commun: aussi n'est-elle pas, sans force, .et j.ç crois que donnée à Bacon , elle l'eût satisfait. Elle. nous, satisferait également, s'il n'était trop fecile d'en abuser, et si elle ne pouvait servir à justifier bien des illusions. »
Il faut donc avoir recours à quelque autre moyaapour légitimer l'induction. Ici encore,, l^^malyse de la notion de genre va rendre raison de ce procédé , appliqué d'une manière scientifique à la. découverte des lois du mondie physique et du monde moral. : , .
L'homme connaît naturellement la contingence de tous
'Bacon , sa vie, son temps, etc. , p. 346.
les êtres observables ; il sait qa^un fait est transitoire et ne s'e'xplifpie pas soi-même. Ne voyant d'abord que différence et que chart}»ement , il cherche quelque chose qui soit partout et toujours, et c'est sous Tenipire de cette préoconpalion que les idées générales ont été trouvées : première satisfaction donnée au besoin que hous avons naturellement de la vérité nécessaire. Le général est en effet, à' certains égards; une image du nécessaire. Un individu diffère d'un autre : un genre ressemble à soimême, hes individus disparaissent : le genre demeure. Plas on y pense, plus on est porté à croire que, si les individus 'sont ce cjui est, les genres sont ce qui doit être. De làt le mépris des savants et surtout des philosophes pour ce qui eslpurement concret et particulier. « Je méprise un fait , :^ a dit un philosophe célèbre de nos jours. Leg^nre humain tout entier en est là, qu'il le dise ou non. Quant aux philosophes , ils reconnaissent d*uu commun accord cette condition de notre pensée, etilsTacceptent si bien, qu'ils vont parfois jusqu'à la transporter à toute pensée, comme si c'était une -forme essentielle de Têtre et de la vérité. Socrate disait qu'il n'y a de science que de l'universel; Platon réalisait les genres; Aiustotedeur accordait l'éternité ; les stoïciens y voyaient les raisons essentielles de toutes choses ; les scholastiques en faisaient dépendre la métaphysique, aussi bien que la logique. Bacon, à son tour, se préoccupe uniquement des genres ; Descartes et ses successeurs expliquent tout par les idées ; Malebranche nous les fait voir en Dieu , et les philosophes du dix-huitième siècle les mettent dans la nature, sous le nom de lois générales ; les plus spiritualistes d'entre eux en font les pensées mêmes de Dieu ou les objets de la pensée divine : exagération ma-
nifeste, qui fail descendre la science suprême au niveau de la science humaine; mais;n'est*oA pas allé encore plus loin de nos jours, endivini^aot l'unie oes genres y rhumanité. ! .
Sous toutes ces formes diverses ^ il y a un consente-ment universel en faveur de cette vérité, qu'aux yeux de l'homme y les choses contirigenles ne se suffirent pas , et qu'il lui faut absolument concevoir et.eonnaiU:e<[uçlque chose d'uqiversel, de fixe et de durable. C'est la oondi-^ tion de tout. savoir humain, d'attribuer aux genres -c^s caractères : il nous faut ou renoncer à toute science, oii croire à la perpétuité des gertfes *. U. en fout faire l'hypothèse ; c!est le postulat detoutesJes sciences humaines, qu'elles priocèdeht par l'expérience, paf l'induotion, ou même par lie raisonnement; etsi l'on admet qu'un genre ait pu être connu avec ses qualités, ses oonditions,'se& lois et ses causes, implicitement la stabilité de tout cek se trpuve renfermée dans lanotionmôme du genre^ Donc, .cette perpétuité et cette nécessité hypothétiques une fois admises, tous les résultats de l'induction bian <?onduite en doivent participer. Tout dépend de leiu* généralité : la stabilité sera un attribut naturel de toute loi qulaura été établie à l'aide d'expériences choisies, variées, bien conduites; conservées par l'écriture, habilement groupées, coordonnées, comparées entre elles, soumises enfln à toutes les règles que Bacon a consignées dans le NovumOrganum. A ces conditions, eu effet, l'observation ayant pu portersurUn genre conçu dans sa pureté, les résultats obtenus ont la même durée et la même éien-
* « Une cerlarne stabilité dans les choses est la base universelle de la connaissance. Si c'est une illusion , )a science en est une.» Ch. de Rémusat, fiacoji , etc. , p. .145.
due que ce genre? ce sont, comme on dit, des lois générales et stables. Leur généralité une fois établie comme un fait, leur stabilité est une conséquence forcée de. l'hypothèse que font tous les hommes de la perpétuité des^genreij et des espèces.
11 estaisé maintenant de voir ce que vaut l'induction aiiîisi pratiquée, la nécessité hypothétique de ses résultats, la hante probabilité qui s'y attache, la conliance qui lui est due. Cette confiar>ce, si légitiraequ'elle paraisse, ne se confond jamais avec la-cortitude absolue ; car l'induction donne une croyance i^aisonnable , non une science parfaite. Mais, pour évaluer logiquement ce procédé, il faut le comparer à la méthode que Ton prend' d'ordinaire pour type de l'exactitude et de la rigueur, je- veux dire la démonstration , telle que la pratiqoent' les mathématiciens, et en particulier les géonfiètres.
La première condition requise ponr qu'une pro^ positio» générale soit reconnue exacte et admise à ce titre dan-s la science, c'est qu'elle exprime fidèlement ceq^ue l'on sait dû ^enre mi de la classe d'êtres à qui elle s'applique. Pour qii'elle l'em'brasse sans restriction, il faut que ce genre lui-même ait été connu tout entier. On a expliqué plus haut comment, au moyen de défirtitions précises et incontestées , le géomètre satisfait à cette 'condition. En suivarit les règles prescrites par Bacon, le physicien peut aussi , à l'aide d'une abstraction soutenue et d^ine élimination savante, faire porter ses expériences sur le genre tout entier qu'il étudie; mais les choses ne se passent point dans la nature d'une manière aussi simple que sur un tableau; les éléments des faits réels sont autrement nombreux et
288 DEiLA MiTHQDË INDI/C7IVE;
compliqusés que ceux que. le géomètre emploie pour tracer ses figures. De là uue dif&oulté plus grande., et mémo une ciian<îe d'erreur dans les obsarîvations du physicien. L'^^liminatiDQiqu'.iidiHt faire desicwcons* tances particulières est difficilement ■ couitpièle y et. parfois, à âon insu, quelque circonstance inaperçu^ let qu'il a négligé d'abstraire tient compliquer -ses 6iq[)ériehce6 et fausser l'imlûction. Il est vrai, que, lorsqu'oa a com? battu de son mieux eette cause d^'erreur. et qu'i^n^ pense l'avoir mise à néant >par des vérifkations répétées et diverses, il est humainement impossible de s^refuBer-à admettre la généralité du résultat; il n'y a: plus de place pour le doute. Cependant ii resteilolijaurs oette chance mauvaise^ atténuée, mais non détruite : ou ne posaède pas la certitude • absolue , mais seulement une grande probabilité; on n'a pu que s-approcher indéfiniment- idu but, sans le toucher de la main, et. lors même q\3t(m croit ravioir, saisi',, la. raison exige.qu'on fasse toujours la part de quelque circonstance ipconnuiej et^diont Tiinperceptible influejice sera peut-être un jomiîr«nd«e manifeste : en sorte .que le physicienidoittom.ouirs,'Comme Newton, s'aUendr^e à- voiri pomplétei' ou oorrigei\pki$ tard ce qu'il affirme provisoirement comme uae ^éritéuî Cette, imperfeotioia /est le plus sauvent irrémédiable en. physique, à cause de l'impossibilité où l'on est d'y procéder à l'aide de:dérnntions, comme en mathématiques. La lumière^ la ch^leui', l'électricité ne se définisseint pas comme le triangle ou, la sphère: onoe saurait doncy appliquer une abstraotio;i aussi simple et aussi rigoureuse. .
. En second lieu, quand même on serait parfaitement certain de la géjïiépaiité du. résultat obtenu par la mé-
DE LA MÉTHODR INDCOTIVE. 289
Ihade induclive, on pourrait encore concevoir' quelque doute sur sa nécessité et par suite sur sa durée. Les véritéa établies démon&tratiTement en mathématiques nesont pas. seulement universelles; elles 'sont nécessaires et in^imuables. En ost-il de mémo de^lois de la (j^hysique ? On ne peut TadmelU^e qu'en faisant une double hypothèse: on suppose, d'une pài't, ta nécessité de ces lois dans les genres où on lesi a constatées; d'autre part, la perpétuité des genres eux-mêmes a'ved lewfs toîs. Nous avons à signaler ici un© nouvelle différence entre la méthode des sciences physiques et celle des mathématiques. En géométrie, on peftt de certaines définitions d'où Ton tire, par Voie de conséquence ; les propriétés générales des- diverses figures* Toute propriété ainsi découverte s'est toujours rencontrée et se rencontrera toujours, dans le genre défini , parce qu'elle en- est absbhiment inséparablfe, étant contenlie dans' sa définition, c'est-»à-dire dans son essence; Donc, ëi le genre existe quelque part, cette propriété y sera nécessairement réalisée. En physique au Contraire, on n'estpas assuré de Tinhérence nécessaire des propriétés découvertes dans un genre, puisque, à très-peu d'exceptions près, ce n'est pas la'démonstratioti qui les a fait connaître, mais simplement l'observation. Un triangle étant donné avec sa définition, il est nécessaire que 1^ somme des angles de ce triangle soit égale à deux droits. Mais un gaz étant donné avec ce qu^on •^ait de sa nature , il n'est pas nécessaire que ce gaz , soumis à une certaine pression, occupe exactement le volume que lui assigne la loi de Mariotte. Cela n'est pas démontré: la seule autorité ici est l'expérience, ou, si l'on veut, l'induction ; or , l'induction haconienne , même avec
290 ' DE LA MÉTHODE T!f Dl'CTIVE.
Texplication que nous y avons ajoutée et qui la justifie au point de vue de la l<;gîqne, n'est pas un raisonnement exact ; ce n'est ni un syllogisme , comme le voulaient les scholastiques , ni un enthymème rigouireux, comme Ta prétendu WolH ; ce n'est pas une manière de raisonner, je le répète , mais une manière d'obserxer, el de même que l'observation , elle ne donne rien de nécessaire , mais seulement un fait. H est Trai que ce fait est général ; on a constaté qu*il appartient à tout un genre : il est donc très-probable que , ce genre étant, le fait dont il s'agit s'y produira. Mais le genre luimême continuera-l-il d'exister? C'est, comme on Ta vu, l'hypothèse fondamentale, et elle repose sur une triple autorité : \^ la disposition naturelle que nous avons â admettre des lois dans la nature ; 2» l'expérience qui a presque toujours véiifié cette présomption , sans jamais la contredire absolument ; 3° la conviction de la sagesse divine , qui nous fait supposer la permanence des genres el des espèces avec leurs lois e! leurs propriétés. De là encore une très-grande probabilité en foveur de la stabilité des lois obtenues par l'induction, liais la raison nous fait connaître clairement qne le nécessaire seul est inûni , éternel , immuable , parce que seul il est par soi. La nécessité et l'immortalité que nous attribuons aux genres observables ne leur appartiennent donc pas essentiellement , mais par hypothèse. Donc les propriétés , les lais et les causes induites n'ont elles-mêmes qu'une perpétuité hypothélique.
Est-ce à dire que l'on ait le droit de traiter d'illusions les aflirmations de la science inductive? A Dieu ne
* « Omnis inductioest enthymema. • Pfailos. rationalis, sive Log., part. I, sert. IV, c^ VT, 479.
plaigQ.qup uou^ rojolions <lc notre usprjl tout ce qui u'a pas 4^té (lôinontro gooiuétriquemcnt l II faut xïo\x$ souvenir de la condition humaine , qui ne nous permet pa^ d'atteindre partout une entière certitude, et apprcpdi'^J à nous contenter do la probabilité , lorsqu'il est impoi^sible d'avoir mieux , et que d'ailleurs il n'y a pas.dQ place pour un doute, sérieux. La probabilité que proçnr.e l'induction baconioune est susceptible de s'accrQUi:e indéfuiiment , et, après tout, no,u3 avor^s iaii ressorti!^ la contingence des lois qu'aile, découvre, plutôt que leur, incertitude. Si. 1a méthode ipduclivo a été pratjqu<^e sérieui^ement , ses résultats 3ubsi$teront aussi loi^gtiempP que le monde sera ce qu'il est ; et quant à . ruinqne çbapce d'tTi'eur que nous y avon$ signalée , chaque jour qui s'écoule contribue à l'amoindrir. Enfiû,;ppur n'être pasiugrats envers lè procédé inductif, il faut rernarquer que s'il le cède en rigueur à la dé* duction , il l'emporte sur elle en richesse et en Cécondite.' 11 suffit de considérer la marche et les progrès des sciences . physiqu<?s depuis deux siècles et demi, pour comprendre que l^. méthode qui y a présidé est Tins* tniment le plus puissant dç décoaverte qui ait été donné irhômTne> Peut-être alors reconuaîtra-t-onquerincerlitude qui plane encore sur quelques-unes des conquêtes delà ^'cien<?e moderne est bien compensée par le nombre et la grmd^ur de .celles d(^nt la possession semble nous *^h'e à jamais assurée.. Peut-être aussi comprendra-t-on lout ce qu'il y a de modestie , de prudence , de sagesse, de vraio logique enfin, dans cette règle posée par Newton : «; Toutes les propositions générales obtenues par 1 mduçtion dans la philosophie de la nature , doivent * ^'^re tenues pour vraies ou aussi vraies que possible,
292 DB LA MÉTHODE IMDl>CTIVBi
tant que 1-on n'aura pas rencontré d'autres fait» qui les complètent ou les corrigîent. »
De l'usage de la méthode inductive.
La théorie logique de l'induction n'est pas achevée. Après avoir montré de quelle rigueur die -est suisceptible et suivant quelles règles on doit l'employer, il faudrait en discuter les principales formes, afin de mantrer aussi quelle en est la portée, à quels ' problèmes elle s'applique légitimement, quel usage il convieDt d'en faire dans la vie ou dans la science, enfin quelles limites il lut est interdit de franchir* Si m>iiS' entreprenions de traiter à foncl cette matière^ il nous faudrait entrer dans de>s développements que/ notre cadre ne saurait adijaettre; nous ne pouvons qu'indiquer mpidement lea principales questionsque comprend une telle étude.
Le premier point qui appelle notre attention, c^'esl l'étonnante divers-ité des applications du procédé inductif. 11 seral^le en eifet au .premier abord qu'il intervienne partout où il s'agit de découvrir quelque vérité générale touchant les lois, les causes, les él'éraenls, les conditions ou la nature des. phénomènes et des êtres observables. En supposant qu'il en soit ainsi , il n'est guère vraisemblable qu'on puisse l'appliquer à. toutes ^es recherches, sajis lui faire subir certaines modifications , de manière à l'approprier à chacun des objets de la science. Toute méthode, prise dans sa généralité, paraît une, simple, invariable; mais quand on vient aux applications, il se trouve que, selon les dif-
féreates matièn3$ que Ton traite, il faut lui doiiner un certain tour, qui la modifie plus ou moins profondément. Voilà pourquoi la méthode inductive prend des aspects assez divers , selon qu'on en étudie la marche en physique, en chimie, en physiologie ou en médecine, ou dans les autres sciences qui en font usage. Comment, par exemple > ne serait-elle pas autre en médecine :qu'en physique ou en chimie? Quand on recherche la nature, les causes et les remèdes de maladies innombrables et dont chacune offre tant de variétés, dans des sujets si différents et avec de telles complications du physique et du moral , qui ne voit tout ce que Texpérimeiitation exige de patience, de finesse et de pénétration ^Id seieawîe ayant à inemplir des conditions d'autant plus nombreuses et d'autant plus sévères, que son objet «est plus complexe? Ailleurs, l'expérience sera moins savante oo moins compliquée, comme opération de l'intellig'ence ; «lais il lui faudna des secours particuliers, des instruments, des machines, des appareils plus ou moin^ ingéhieux. Dians les sciences morales , avec des difficultés d'un autre g'énre, ce seront d'autres règles, une autre conduite; et, en général, les conseils et les prescriptions de la logique devront se proportionner à des études inégalement difficiles.
Ainsi la méthode inductive diffère nécessairement d'elle-même, suivant les divers objets des sciences qui en font usage. Mais elle ne varie pas moins suivant les questions qu'elle traite , parce que là aussi il y a des nuances et même des degrés , plus nombreux peut-être qu'on ne pense.
D'abord , comme l'induction ne se rapporte exclusivement ni à l'avenir, ni au passé , ni au présent , elle
294 DE LA MÉTHODE INDUCtWW.
peut s'appliquer à tous les trois , ou à Fuii dèé troië indifféremment, mais non sans doute de là même manière, ni avec la même sûreté.
Ensuite , combien n'y a-t-il pas de distinctions â établir dans le domaine propre de Tinduction, c'èsl-àdire dans cette multitude de jugements généraux auxquels on s'est préparé par Tobservation de plusieurs cas particuliers! On comprend d'ordinaire tous ées jugements sous une dénomination uniforme : ce sont "des lois, disent volontiers les philosophes. Cepe'ndaiît ils n'expriment pas toujours des lois, mais aussi de sihiplefs propriétés ou attributions communes à tout un genre , ou bien les causes , les éléments, les conditions, là nature même des êtres et des phénomènes observables. Sans insister sur les différences secondaires , on dôît distinguer au moins trois ordres de questions parmi toutes celles que l'induction sert à résoudre. Un gehre étant donné comme objet d'étude, on se propose d*en rechercher soit la nature , soit les lois, soit les causes : triple problème qui offre des difficultés de plus en plus grandes, comme on peut s'en convaincre , en prenant le premier exemple venu. Savoir ir[ue tous les corps, privés de point d'appui, tombent vers la terre, est une connaissance plus aisée à acquérir que celle des lois qui régissent la chute de ces corps et qui en mesurent la vitesse et la durée; et, si l'on considère quelle obscurité régne encore sur la notion de la pesanteur, cette cause inconnue de phénomènes connus, il faudra convenir que cette notion est plus difficile encore à dëtei^miner que les précédentes.
Ce n'est pas tout. Dans chacune de ces recherches , l'esprit a- plusieurs degi^és à parcourir. L'induction vul-
D^ M ΫKT110DK IISPUCTIVE. 295
gaire proçècie êlle-inèine d'une niçiuiùre graduelle et priOgressive * ; à plus forte raison en est-il ainsi de Tinduclion scienlilique.
S'î^git-il de^s propriétés qui appartiennent à toute une clasi^e d'êtrçs ou de. faits ? 11 en est qui se découvrent sans efibrt , et (jui nous sont naturellement évidentes : telles sont, pour les corps, Tétendue, la divisibilité, h porosité , la couleur ou lé son , et pour Tame , la pensée, la volonté, le sentiment. D'autres, au contraire, sont.plus secrètes et plus cachées , comme, par exemple, le magnétisme et Télectricité dans les corps; dans ràwe, les instincts, les habitudes, les incUnations ou le$ .opérations de Tesprit. Même après que Texpérience nou? a mis en état d'attjibuer sans restriction une qua-^ lité à un genre , il y a plus d'un progrès possible dans la détei'minalion de cette idée générale, témoin la différence entre la manière dont Aristote et les anciens entendaient la pesanteur, et la manière dont la physique moderne a défini et généralisé la même notion, en l'étendant à des corps qui, aux yeux, des anciens, étaient int^ng;ibles ^t impondérables.
Applique-t-on la méthode inductive à la recherche dps lois dç l,a nature ? Avec un peu de réflexion on reconnaîtra bientôt que ce problème peut être indéfiniment approfondi, et qu'après avoir dit comment tel phénomène se passe dans telle circonstance, on peut en étudier les lois dans d'autres circonstances de plus en plus compliquées, et dont l'analyse devient aussi de plus en plus difficile.
Élevons-nous encore d'un degré , et supposons que
* Pour de plus amples développements , voir les Essais de philosophie de M. de liémusat, t. II, p. 380 et suiv.
296 DK LA MÉTHODE INUUCTIVE,
Ton s'attache au problème de» causes,. Là .^iiçoj^-e, Yes^prit entrevoit question après question et difficultés- sur difficultés. «D'où vient la chute des graves? dit un écrivain que nous aimons à citer. . . . Aucun phénomène n'inspire l'idée qu'une irppulsion soit donnée ^ tou^.Jiis graves, au moment où vous les pesez, et cepen4^»t il^ pèsent ou tendent à tous les moments vers 1^ terre, . . . Seraient-ils constamment, attirés par elle? Mais tQut^ matière connue est pesante, toute matière sej:.ait donc attirée; la terre elle-même serait pesante et attirée. Si elle est attirée, et que cependant tous les corps, toxnbept à sa surface, elle attire piqs qu'elle n'est, attiréç. .Or, elle a plus de masse qu'aucun corps terrestre. L'^ttrac-i tion serait-elle donc en raison de la.ma.sse? S'il eiv.était, ainsi, la terre serait attirée par le soleil. , . , .^vçc. cette hypothèse et les lois de Kepler, Newton construii'a- la système du monde, fidèle à cette méthode analytique dont il â donné les préceptes.... C'est d'induçtioj? en induction qu'on s'élèvera à cette hauteur, de la^sciepçe*, » A cette hauteur même, où la science, qst parvenue Ski tard , l'esprit n'est pas satisfait; il, ne peut. pas ne j)as se , demander quelle est la cause de l'attraction universpHe. Ainsi, un problème résolu nous conduit à un.autr«; un mystère qui s'éclaircit nous met en présppce d'un nouveau mystère, et l'on est amenée penser que. ^e plus puissant eftort et le plus grand résultat de la méthode inductive est peut-êtrç de réduire à une seule les innombrables énigmes qui d'abord nous, étaient proposées. S'il en était ainsi, le rôle de l'induction serait, en nous élevant de généralisations en généralisations, de résoudre provisoirement les questions inférieures, en
' Ch. de Rémusat) Essais de philosophie , t. II, p. 384, 385.
DE LA Mi^.TilOOl: INDUCTÎVE. 297
les raniewânt à une question suprême qui les renfermé f 00 tes.
En ttiarquant les degrés de Tinductiort, nous avons (Kavance assig'né nn terme à ses entreprises légitimes. Non-seùlement les résultats où elle conduit contenant tdujouirs une pail d'inconnu , ne sont jamais que provisoires ou probables ; mais il arrive souvent qu'à partir d^un point donné, elle ne peut plus* être pratiquée avec la sévérité requise par la logique, et qu'elle cède là place à des analogies et même à de pures hypothèses. Alors «esse la méthode, et par conséquent la science. Essayoïrô , en finissant , d'indiquer sur quelques points les limites au delà desquelles une induction sérieuse est impossible, et qu'il serait insensé de vouloir franchir à Taide de ce procédé. 11 est inutile d'énumérer toutes les sciences, tous les problèmes qui sont en dehors de la méthode inductive. Il est évident pour tout le ïnonde que feacon a eu tort de la considérer, ou du moins de la présenter comme une méthode universelle. On n'a besoin ici que d'en démontrer l'insuflîsanccj dans le cercle même des questions qu'elle paraît appelée à résoudre.
L'induction scientifique supposant toujours l'expérience, ne saurait être d'un usage légitime lorsque l'expérience elle-même est impossible. Si donc il est des classes d'êtres où de faits (et il en est beaucoup sans doute) qui échappent entièrement à nos facultés d'observation, tout problème qui les concerne étant insoluble pour nous , tout jugement sur leur nature serait une hypothèse sans valeur. A plus forte raison la logique rejettera-t-elle comme illégitime toute anticipation sur les lois ou les causes de faits qui seraient
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absolument inconnus et sans analogues dans la. science actuelle de l'homme.
Gè qui fait la grandeur de l'induction, je veux dire la généralité des résultats qu'elle procure , est précisément ce qui peut le mieux ser\'ir à montrer le défaut et les bornes tle ce piocédé. Par cela même qu'en partaat de faits individuels et concrets , la méthode inductive aboutit à une notion abstraite et universelle^ il en résulte qu'elle est incapable de découvrir un* seul être réel ; elle porte certains jugements $ur les êtres observables, mais elle n'en découvre pas un seul : elle suppose connus tous ceux dont elle fait connaiti^e les atr tributions générales. D'un autre côté, puisque l'iflducr tion consiste à généraliser les données dé l'expérience, elle ne peut atteindre que des principes et des loi$ probables, et il serait puéril d'espérer que , de propositions en propositions, elle parviendra un jour Jusqu'à, ces loiâ étei'nelles que la raison découvre avec uflç certitude immédiate : les axiomes étant des vérités nécessaires!, sont à jamais inaccessibles à l'expérience et à l'induction. Enfin, l'induction ne pouvant jamais concevoir que 4'une manière conjecturale les causes, aussi bipji que les substances, ce n'est pas à elle qu'il faut dem^iûder la connaissance des deux causes doiiit l'existence nous est donnée- avec certitude, savoir la personne humaine, qui est directement aperçue p^r la conscience, et la cause première, que la raison nous révèle. C'est donc m^l parler que de dire, comme on le fait trop souvent, qu'on s'élève par induction à la connaissance de Dieu, puisque cette notion est supérieure .à toute généralisation inductive; et c'est mal parler encore,, comme nous le montrerons ailleurs , que
Dtr \i\ MÉIUIODB INDIXTIVH. 299
d^âltribaer à la iDéthode baconienne la solution de toutes les questions de la psychologie» • • ■ ' :
L'rrtdUction et la mélho<le inductive ôril donc leurs limites infranchissables , comrtie tout autre' procédé et foule attire méthode. C'est à la logique qu'il appartient de lès marquer et de les maintenir, afin de prévenir de folles témérités, en coupant court aux, empiétements d'un procède sur un autre. Chaque faculté, chaque opération iniellectuelle a son office propre , dont elle no doit jamais se départir. L'œuvre de Tinduclion est de nous feire connaître, avdc une probabilité. suffisante, les attributs cadhés des êtres observables , les lois ou condilidtis contingentes de leur développement, les Causes -possibles de leurs manières d'être. Ce chalmp est bien assez vaste poilr qu'elle ne tente pas d'en sortir. Une ambition plus haute ne conviendrait pas à un procédé fondé sur l'expérience.' L'expérience ne donne que des faits, c'est-à-dire des vérités contingentes^. Généralisez les' faits ;' "portez Texpérience et la vérité contingente à leur plus haute puissance: les lois que vous en ferez sortir par l'induction retiendront toujours un caractère emj)îfiqùe. Accumulez les observations; ces lois; de plus en plus-générales, tendront indéfiniment à dévenir universelles et nécessaires, mais sans Têtre jamais d'une rhaniére absolue. La vérité contingente' a des degrés 'à ririflni ; liBt vérité nécessaire est invariablement la même. Les régies que fournit l'observation n'ont donc qu'une hécéssîté probable et hypothétique. L*induction' peut prêter au contingent quelques-uns 'des caractères de la vérité nécessaire ; mais be n'est toujours qu'en une certaine mesui^e, et c'est toujours dans le contingent qu'elle se résout : car elle ne saurait nous donner rien de vrai-
menl nécessaire, rien qui existe absolument par soimême.
Qu'elle s'abstienne donc de questions qui la dépassent,
et qu'elle ne s'arroge point le droit de parler des principes nécessaires, ni de l'Etre infini et parfait, cause souveraine et suprême idéal de toutes choses. La raison seule a le privilège de ces hautes pensées. Les vérités immortelles qu'elle nous dévoile et qui éclairent notre intelligence à son début, ne sont pas seulement l'origine et le point de départ de la science humaine ; comme elles l'ont commencée, elles .VacbéveûJagesi, en fournissant la dernière explication de ses découvertes. Là seulement, notre esprit trouve un refuge assuré contre ses propres doutQS, etidaminajatide haut les résultats delà scieiacè, il en qoiûpreiîd enfin la déplorable inapeiFfectio^v =
L'ijîipeffection du sawir ihumain j voilà le premier, et le (îernier mot de^a logique : son imperfection i éis^ je, mai^.avjçsi sa perifeclibilité. Noias sommes i capables de Jâ y^ritq , et nous la <îherchoffla de toutes- les ■fôrce& de noire .êfre. Le peu que nous en possédons abck^oît eacorq, par s<?n insuffisance, la soil d'idéal qui tious tourmente, et que nQuspe saurions satisfaire daris. notre condition iportelle. L'idéal n'est pas .dé ce monde, mais il enjCst le-Jiut, et la raison d'être ;.ii ne nous >est;pas seulepient pern^is d'y aspirer par l'intelligenoe aussi bien que pajr. le .cœur; il nous, est ordonné de faire effort p6ur nous en approcher et l'entrevoir dés cette vie, nous pré- ^ paran,t ainsi sur la terre ^ comme daiis nne première . école, à Tins tnaction meilleure qui nous est promise et qui plus tard nous sera donnée, s'il plaît à Dieu. ' •