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^dlntérét qu'il avoit portée dam )a Cdude qa*A veooU de plaider , i»itérêt dans lequel il m avoit comprise , désira que je raccompagnasse dans la visite de retoer-' -ciement qu'il vouloit faire à M. de Niver^ •nois; il nous reçut avec toutes les^^races qui distînguoient cet aâmakie seigneur, et depuis nous invita l'un «et Tautre à dîner avec lui.
Gomment M. Suard auroit-il dmau quelques regrets sur la perte de son aisance , quand il se voyoit enrichi de tous les Hens du cœur? Il n'a voit jamais douté de l'amitié de ses amis; j'ai toujours va son ame fermée à la défiance ; mais quand on a mérité de vrais amis et que le malheur vient vous visiter, ils semblent alors oublier leur propre intérêt pour ne s'occuper que du vôtre.
Quelques jours après la nciuivelle de la pension obtenue je reçusune lettre dont la grosseur m'étonna. En la décaoh^ant j'y trouvai un contrat de huit cents livres de Tentes perpétuelles sons Iç nonà de M.
ré
Saard et le mien , avec un billet d'une main inconnue, qoi disoit, « qu'une personne *^ik
«€[ui nous aimoit tendrement espcroit R de notre amitié que noua consentirions «quelle pût répandre quelque douceur « sur des vies si chères à nos amis. » Je portai ce billet et ce contrat à M, Suard , qui fut aussi touché que moi de cette nou* velle preuve d'intérêt , dont nous devinâmes bien promptement les auteurs. M.
Suard écrivit au notaire désigné dans le contrat qu*iiavoit le nécessaire absolu, et que son travail lui donneroit le reste k lui et à sa compagne. Il y ajootoit lexpres* sion de toute sa sensibilité et de sa re« connoissaace pour Tétre généreux qui lui donnoit une preuve si rare de son an^itié.
Il avoit écpit le matin même , et dtnoit ce jouivlà chez le baron d'Holbach, où il y aveit une nombreuse société; il raconta oequi lui étoît arrivé le matin. Ce fut un enthousiasme général; on le conjura de ne pas affliger, par un nouveau refus-, un ami si noble et ^délicat; on lui parla de
moi dont les intérêts lui étoient bien chers, mais qu'ils savoient bien ne former d'autre vœu que celui de lui voir suivre son propre sentiment. Cette nouvelle se répandit le même jour chez tous nos amis, qui furent transportés. « Il y a donc « encore de la vertu, m'écrivoitTun d'eux!
« je n en ai jamais douté , mais que je suis « enchanté que cette vertu vous ait rencon- « très ! Voua serez donc heureux encore, « et combien vos amis jouiront de votre « bonheur ! Je ne doute pas que M. Suard « n'accepte , parceqùe le bienfaittur est ' « digne de tous les deux , et qu'il y auroit « une bonne action de moins dans le « monde si vous n'acceptiez pas. »
M. Suard, qui avoit refusé les offres du baron d'Holbach avant son mariage »
fut pourtant ébranlé par des considérations relatives à sa femme; d'ailleurs il n'étoit entouré que d'amis qui le conjuroient de ne pas afBiger l'auteur d'un don si généreux, et qui se tenoit voilé, pour ne pas blesser notre délicatesse : mais il ne
( "9 ) voulut se décider qu*à la condition que Tauteur se montreroit et accepteroit sa reconnoissanc^ Il vit le notaire et le questionna; le notaire Tassura qu'il ignoroit absolument le nom du donataire , mais qull avoit été chargé de plus d'un contrat de cetie nature de la part de la même personne. M. Suard découvrit bientôt qu'il, ne s'étoit pas trompé en croyant que cé^ toit M. et madame Necker. Ils furent instruits par ses amis que tous les refus cederoient à Testim» qu'il avoit pour eux ; ils vinrent sur-le-champ se jeter dans nos bras, avec un attendrissement qui fut partagé par M. Suard et moi ; et , en embrassant M. Necker, je lui dis , lequel de nous deux doit aujourd'hui le plus à l'autre?
Il fallut abandonner notre logement, témoin depuis six ans de notre bonheur.
M. Suard trouva une maison entière , rue Louis -le - Grand, qu'il loua comme principal locataire. L'abbé Arnaud ne pou-, voit plus se séparer de lui et nous y sui* vit. Il lui resta deux logements de garçon
qui furent presqi» toujours occupé» par des aœis*
M« Suard eut peu de temps après une eorrespoudaoce littéraire avec un prince souveraio d^Allemagne ; et bientôt ses amis , sans qu il le leur demandât, lui ob* tinrent une pension de douse cents livres sur VAlmamuA ra^cJ,
Il cherchoit un acquéreur d une partie de ses livres anglois. Il le trouva dans I0 duc de Coigny , qui souvent Ta voit obli^ en nous donnant des logements dans les maisons royales. Le duc en prit poui* 121,000 francs, avec lesquels M. Suard m^acbeta une jolie maisoaà Fontenai^qX" Roses, dans une situation cbarmante, mi^ de mon salon et de ma cbambre, je dé»
couvrois un amphithéâtre de bois superbes et très étendus , dont le paysage étoit aussi varié dans ses aspects que dans ses productions, ett>ffroit au printemps d'im« menses champs de roses et.de cerisiers en fleurs, sur un terrain en mcmvement^ qui formoient un coupd'oeil eBcbwteur.
M. Saard ne passoif guère de jour sans me voir , il venoit ou dîner avec moi , ou souper et déjeûner le lendemain ; mais les amis qui lui restoient à Paris lui ayant demandé de leur donner à dîner un jour de la semaine , il leur dit que , s'ils vouloient se contenter d'un diner d'anachorète y il le leur donnerait très volontiers : ils ne voulurent qu'un pot-au-feu ave^ les légumes et les fruits très abondants du jardin. Nous primes le dimanche , car j'allois là pour vivre solitaire, excepté dans les soirées d'automne, quand j'avois M. Suard près de moi. Ce dimanche devintun jour de fête pour nous et nosamis, qui arrivoient avec leurs voitures chargées de tout ce qu'il y avoit de meilleur ; de sorte que c'étoit un véritable festin que ces dîners : c'étoient MM. de Garville, de VÉtang et de Vaines qui en faisoient le plus souv^it les frais : nous y invitions aussi les amis qui nous restoient à Paris.
M. de Vaines , d'un esprit très distingué , dejla société la plus animée et qui aimoit
beaucoup te monde , me cUsoit quelcpiefois : Mais, madame Suard, que feites-vous ici ? Du bonheur , lui disois-je , mais le dimanche est toujours une Sêste pour moi, qui ajoute un charme à< la solitude ipeu interrompue des autres six jours de la se* maine.
M. Suard fut nommé Tun des quarante en 1774- «1^ transcria ici la lettre que je refus à ce sujet de mademoiselle de TEspinasse.
« Je vous fais mon compliment , ma* « dame , et je partage votre plaisir av«o M tant de vérité et d'intérêt, que.jc-Beroîs « presque tentée de croire que vous me «devez aussi des>£élieitatiM>s» Ayes.du « moins assez de b9ttté pour éttt bien «persuadée quil n'y a. que vous au m mondeà qui je cédelavantage de mieux « aimer M. Suard et de :pretidre tm infiirét « plus tendre à «tout œ qui le ^uche. Si nc'étoitun moyen de vous plaire et de p mériter votre amitié,. persomte n^y au* Itr^t {dus de droit qm moi, )0tiaMi^«Mitî«
( ia3 )
«roit p]u3 vivement le prix de ce que « vous voudriez bien y accorder. Votre «ami le M**.... sera sans doute instruit « par vous, madame, de Télection de M.
« Suard ; il mérite de partager tout ce qui « vous mtéressepar son attachement pour • vous. Recevei , je vous prie , la tendre « assurance des sentiments que je vous ai « voués pour la vie. »
Dans son discours , M. Suard s'attache à montrer les bienfeits des lumières et de la philosophie ; de la philosophie si mal entendue, si mal interprétée par ceux qui veulent attirer la haine sur ses partisans :
il la oonsÎMiéroit comme la raison perfectionnée par les lumières de tous les sié« clés. Il ne la souilloit point en laccusairt de tous les excès qui en bannissoient une rdi^on toisante et éclairée. Jamais je n'ai entendu M. Suard prononcer un mot de raillerie sur cette base sacrée de la morale ; et toujours , dans Tintimité de la oonfiance , il applaudissoit à mon amour
de tous les. biens que j^en