‹ Essais de morale & de critiqueChapitre 21 sur 23 · LES SÉANCES DE HAR1RI. S · texte numérisé non relu

LES SÉANCES DE HAR1RI. S

dance et permet le mieux à Tbomme de développer toutes ses ressources. Sur ses vieux jours, cest la profession qu*il recommande à son fils comme la meilleure et la plus digne. Il lui en explique les principes, et le supplie de ne pas en laisser altérer les traditions. Une des plus étranges Séances est la trentième, où Abou-Zeid, arrivé à l'apogée de sa vie de mendiant, est installé roi d*un peuple de vagabonds et de bateleurs, prononce un discours plein de solennité, et, du haut de son royaume de bohème, rend au monde les mépris qu'il en reçoit. Sur la fin de sa vie, la religion, dont il s'est joué si souvent, reprend ses droits ; il se convertit, rentre dans la ville de Saroudj, et arrive à être imàm de sa paroisse. Hareth le rencontre une dernière fois devenu honnête homme, et les deux amis se disent adieu pour toujours. Ce dénoûment est-il sérieux, ou la conversion d*Abou-Zeid n'est-elle qu'une dernière comédie après tant d'autres ? On ne sait : Hariri maintient jusqu*au bout le mystère qui enveloppe la conscience de son héros ; la conception de la vie reste ainsi suspendue dans une espèce de mirage où le rire touche aux larmes, le sérieux au frivole, l'ironie au respect.

II faut voir avec quelle admirable variété d'invention et quelle finesse d'observation morale Hariri a su conduire ainsi son mendiant à travers cinquante situations

tu LES SÉAKCES DK HARIRI.

diverses pour oomprendre ce qu'il y a d'ingénieux et d'original dans le plan des Séances. Celle comédie humaine qu'on avait entrevue pour la société du dix-neovième siècle, et qu'on n'aurait certainement pas su renfermer dans un cadre acceptable, Hariri l'a réalisée pour la société musulmane du douâëmc siècle. Sm insaisissable héros, traversant avec ironie tous les rAles, et ne laissant voir chaque fois sous son masque à l'œil pénétrant de Hareth qu'un comédien habile et goguenard, a manqué à H. de Baixac;*et, disons-le à l'honneur de la sodélé moderne, si pour son malheur elle renferme plus d'un Abou-Zeid, il faut convenir au moins qu'un tel personnage est chez nous impossible au point de vue de l'ail. Le monde contemporain est trop compliqué, trop mêlé de bien et de mal, pour qu'il puisse être représenté d'une manière complète par le type d'un fripon, comme aussi par le type d'un honnête homme. L^idée d'un drAle éhonlë, également exercé en finesses grammaticales et en escroqueries, ne faisant servir ses connaissances littéraires qu'à extorquer un dfaier ou quelque aumône, peut un instant nous faire sourire, mais ne nous inspirerait a la longue que le dégoût.

Pour les Arabes, au contraire, Abou-Zeid n'est nullement un être méprisable. Hariri n'a pas pour lui un mot sérieux de blâme ; il le fait mourir en honnête

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