Les litres el les sommaires sonl du traducteur
pillés orthodoxes, savoir sir W. Hamiltoii et le doyen Mansel, que contre les miennes. Le D' Gaird expose ainsi ma tlièse :
« Sa thôse est que le domaine de la science se distingue de celui de la religion, comme le connu de l'inconnu et de l'inconnaissable. Cette thèse s'appuie principalement sur un examen critique de la nature de l'intelligence humaine : ici, l'auteur suit et pousse jusqu'à ses dernières conséquences logiques la doctrine de la relativité 'de la connaissance humaine , doctrine que proposa Kant et qu'a reprise, pour l'appliquer particulièrement à la théologie, une école philosophique fameuse de ce pays-ci. Partant de la nature même de l'intelligence humaine, on prétend montrer qu'elle peut connaître ]f fini et le relatif, sans plus, et que par suite l'esprit humain est, en vertu d'une impuissance naturelle et insurmontable, forcé de renoncer à toute connaissance de l'absolu et de l'infini... Ne ^ peut-on demander, d'abord, si dans cette affirmation, dont on fait le résumé d'une critique de l'intelligence humaine, par laquelle on lui refuse la connaissance de toute chose au delà du fini, ne gît pas une contradiction facile à voir? La critique de l'esprit ne peut être faite que par l'esprit, et si l'instrument est, comme on le prétend, limité et défectueux, le résultat de la recherche participera aussi des mêmes vices. En outre, la notion d'une limite n'impliquet-elle pas déjà le pouvoir de la dépasser? Quand vous déclarez l'esprit humain impuissant à franchir les bornes du monde fini, ne faut-il pas présupposer que vous, l'auteur de cette déclaration, vous avez franchi ces bornes"? »
C'est là une objection que je ne suis pas disposé à méconnaître : la chose s'explique, car, je le constate, elle est de celles que j'ai moi-même soulevées. Au moment où je préparais la seconde édition des Principes de psychologie, je trouvai dans mes papiers une note oi!i l'on voyait encore les pains à cacheter qui avaient servi à l'attacher au manuscrit original (toutefois il ne faut pas croire là-dessus, comme on pourrait le faire, qu'elle eût été empruntée au manuscrit des Premiers Principes). La voici :
8 Ici, ie puis faire en passant une remarque : les divers raisonnements (y compris celui qui vient d'être cite) dont sir William Hamilton se sert pour démontrer le caractère purement relatif de toute connaissance, desquels il résulte plus d'une vérité importante, et que j'admets en grande partie, on pourrait les retourner contre lui, quand il conclut décidément qu'il nous est impossible ^ de connaître l'absolu. Car, affirmer positivement que l'absolu ne peut être connu, c'est en un sens proposer une notion de l'absolu, ! c'est le connaître pour inconnaissable. D'afTirmer que l'intelli- ' gence humaine est restreinte au conditionné, c'est lui imposer une ■ limite absolue, ce qui suppose une connaissancu absolue. L'igno- , rance éclairée à laquelle s'arrête ce philosophe devrait, à mon avis, être poussée encore un pas plus loin : au lieu de dire positivement que l'absolu ne peut être connu, nous devons dire qu'il nous est impossible de déterminer .s'il peut l'être ou non. »
Pourquoi ai-je omis cette note? Je ne puis m'en souvenir à présent. C'est peut-être parce qu'en y regardant de nouveau, je découvris une réponse à l'objection qu'elle enferme. En effet, l'intelligence ne peut sans doute démontrer sa propre compétence, puisque, tout le long de la démonstration, il lui faut postuler cette compétence même et demander ainsi ce qui est en question, mais il ne s'ensuit pas qu'elle ne puisse prouver son incompétence en certaines matières. Son incapacité à l'égard de ces matières peut s'expliquer par deux causes. Ou bien les affirmations de la raison peuvent être toutes sans valeur, et alors l'incompétence de la raison en face d'un certain ordre de problèmes n'est qu'un cas particulier de son incompétence générale; ou bien les affirmations de la raison, toutes valables qu'elles sont dans un certain domaine, aboutissent elles-mêmes à cette conclusion : que la raison est impuissante liors de ce domaine. Donc, si toute démonstration de compétence est ici imposbible, le postulat de la compétence
étant au fond de chaque partie de toute démonstration, il est \ au contraire possible de prouver l'incompétence de la raison de deux laçons : 1" en faisant voir que chacune des affirmations dont se compose la démonstration donne lieu à des contradictions et laisse voir par là son absurdité; ou bien 2° en faisant voir qu'elles sont valables, mais conduisent à cette conclusion : l'impuissance de la raison à rien affirmer en de certaines questions.
Or, par la voie de la déduction et par celle de l'induction, la raison nous amène à conclure que la sphère de la raison a des bornes. Par induction : c'est là le résultat dernier d'innombrables et vaincs tentatives pour dépasser cette sphère, pour comprendre la matière, le mouvement, l'espace, le temps, la force, jusque dans leur nature intime ; ces tentatives en effet nous amènent toujours à une alternative dont les deux termes sont également inconcevables, d'où cette conséquence légitime que ces tentatives seront infructueuses à l'avenir, comme elles l'ont été dans le passé. Par déduction : c'est aussi le résultat dernier de l'analyse de l'esprit, que le produit de la pensée est toujours une relation rangée dans telle ou telle classe ; que l'acte de la pensée consiste toujours à reconnaître et à classer des relations; que par suite l'être en soi et hors de toute relation échappe à la pensée, parce qu'il ne peut être soumis à la forme de la pensée. Ainsi la déduction explique cette impuissance de la raison que l'induction affirme à la suite d'expériences nombreuses. Et quant à mettre en doute le droit qu'a la Raison, de prononcer un tel verdict contre elle-même» en ce qui concerne ces problèmes transcendants, ce serait mettre en doute son
pouvoir de tirer de prémisses données une conclusion valable; en d'autres termes, c'est lui attribuer une incompétence universelle, d'où résulte inévitablement l'incompétence particulière en question.