OBJECTION DE M. MANSEL
Le vrai fondement de la reUgion.
Deux sortes de croyance : les intuitioris immédiates (axiomes, perceptions), et les opi?iions sans preuve. — L'i croyance en Dieu, admise par Hamillon, est du second génie. — Les sentiments ne légitiment pas la croyance en leur objet, sans quoi toute superslilion serait justifiée. — Nous avons une idée positive de l'absolu.
Une objection qui tient étroitement à la précédente est celle du D" Mansel; je vais m'en expliquer ici. Dans une des notes de sa Philosophie du relatif [\i. 3ir, voici ce qu'il dit :
« M. Herbert Spencer, dans son livre des Premiers Principes, s'efforce d'enrôler sir W. Hamilton au service du panthéisme et du positivisme à la fois » (voilà , pour le dire en passant, une ■^ singulière affirmation ; je rejette également ces deux doctrines) ; « pour cela, il garde seulement de la philosophie de sir W. Hamilton la partie négative, celle où cet auteur, d'accord avec bien d'autres, déclare l'absolu tout à fait inconcevable pour l'intelligence seule ; et il en rejette les parties positives, où ce philosophe professe hautement la nécessité de la croyance en un Dieu personnel, commandée par notre nature morale et sensible... Le principe fondamental de sir W. Hamilfon est qu'il faut accepter tous les faits do conscience, et que las sentiments moraux et religieux, source première de notre foi en un Dieu personnel, ne sont nullement affaiblis par les raisonnements tout négatifs qui ont induit les hommes à admettre un absolu impersoiuiel... C'est sur ces conclusions toutes
négatives que M. Herbert Spencer, de son côté, fonde la religion : ainsi il abandonne le grand principe de Hamilton, la distinction entre la connaissance et la croyance. »
Je vais reprendre ces propositions dans l'ordre le plus com- \ mode pour la discussion : je commence donc par la dernière. ) Au lieu de ce qu'il dit là, le D' iMansel aurait dû dire que je [ refuse de suivre sir W. Hamilton dans la confusion qu'il établit 1 entre deux sens distincts, et même radicalement opposés, du mot croyance. Ce mot « s'applique d'ordinaire aux affirmations de conscience dont on ne peut alléguer aucune preuve : les | unes étant indémontrables parce qu'elles sont la base de toute ' démonstration, les autres parce que les arguments font défaut 1. » Dans cette Revue, au numéro de juillet 1863, j'ai exposé cette distinction dans les termes suivants :
c En général, quand nous disons que nous « croyons » une chose, ^ c'est que nous ne pouvons en donner une preuve décisive, ou que j sur ce sujet-là nous avons été soumis à quelque impression indé- | iinissable. Nous croyons que la prochaine Chambre des communes | abolira les impôts d'église ; nous croyons encore que telle personne i dont nous regardons la figure a un bon naturel. En d'autres termes, lorsque nous ne pouvons donner d'une chose que nous pensons que des preuves insullisantes et avouées pour telles, ou que nous n'en pouvons donner aucune, nous l'appelons une « croyance k. Et ce qui caractérise ces croyances et les distingue des connaissances, c'est qu'il est facile d'en rompre le lien avec les états de conscience antécédents : ce qui est didicile pour les dernières. Mais, par malheur, ce mot de <( croyance » s'emploie aussi pour ces liaisons j indissolubles qui se forment dans la conscience et y durent un temps ou y persistent à jamais, et qui se font accepter pour cette unique raison qu'on ne peut s'en défaire. Quand je dis que je sens une douleur, que j'entends un son, que je vois une ligne et qu'elle me semble plus longue qu'une autre, c'est comme si je disais qu'il