‹ Essais de morale, de science et d'esthétiqueChapitre 24 sur 76 · OBJECTION DE MAX MULLER · texte numérisé non relu

OBJECTION DE MAX MULLER

L'Origine des idées; l'auteur entre Locke et Kant.

Difficulté qu'ont à se faire comprendre les doctrines de conciliation. — Silnalion de 1 auteur à l'égard de Kant : il admet l'innéité actuelle ces principes ; mais il les fait imprimer dans le sujet par l'objet. — Sa situation à l'égard de Locke : il agrandit simplement le champ de l'expérience, à l'aide de Yhérédité. — Contre VEsthélique transcendentale de Kant.

Les systèmes de philosophie, comme ceux de théologie, suivent la loi générale d'évolution; chacun d'eux, parla suite des temps, devient plus rigide en môme temps que plus complexe et plus déterminé; ils deviennent aussi moins capables de modifications; ils répugnent à tout compromis et doivent être remplacés par les systèmes plus plastiques, leurs descendants.

Ainsi en est-il de l'empirisme pur et du transcendentalisme pur. Jusqu'à ce jour, les disciples de Locke ont cru pouvoir expliquer tous les phénomènes moraux par l'accumulation des expériences propres à l'individu; les critiques ne les ont décidés qu'à préciser leurs explications : ils voulaient ignorer les arguments qui en prouvent l'insuffisance. D'autre part, les disciples de Kant affirment cette insuffisance, et le sentiment qu'ils en ont les conduit à une théorie opposée; mais cette théorie, ils s'obstinent à la défendre sous une forme où elle offre des contradictions irrémédiables. C'est alors, quand on vient leur offrir un moyen de réconciliation, que se montre l'esprit de résistance à tout compromis : chaque parti continue à prétendre à la possession de la vérité, sans partage. On a fait voir que tous les obstacles élevés contre la doctrine de l'expérience disparaissent, si aux effets de l'expérience individuelle on joint ceux de l'expérience des ancêtres; la doctrine, sous son ancienne forme, n'en trouve pas moins aujourd'hui même des adhérents. Et, de leur côté, les kantiens s'obstinent à affirmer que le moi naît avec des formes d'intuition entièrement indépendantes de quoi que ce soit dans le non-moi, alors qu'on a déjà trouvé le moyen d'expHquer assez bien l'innéité de ces formes, pour échapper aux difficultés insurmontables que soulève, dans sa forme originelle, cette théone.

Ce qui m'amène à parler ainsi, ce sont les remarques qu'a faites, concernant mes idées, et sur un ton dont j'espère imiter l'urbanité, le professeur Max Millier, dans une leçon à l'Institution royale , en mars dernier '. Avant de m'occuper

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