‹ Essais de morale, de science et d'esthétiqueChapitre 27 sur 76 · OBJECTION DE LA REVUE TRIMESTRIELLE · texte numérisé non relu

OBJECTION DE LA REVUE TRIMESTRIELLE

L.'aacenr accusé de favoriser le scepticisme et de renverser la morale.

Le préleiidu scepticisme, en germe dans la doclrine de la relativité de nos connaissances, admise par l'auteur. — Seul entre tous les partisans de cette doctrine, l'auleur admet un point absolument certain : la coexistence de l'absolu et du sujet.

La doctrine de V évolution, subversive de toule morale. — Fondem.nt de la moiale s-elon l'auteur. — Le devoir se déduit des conditions primordiales de toute vie, et notamment de toule vie en société. — Son cardclère sacré. — Concessions faites à l'auteur par son adversaire.

En achevant le dernier paragraphe de l'article précédent, j'avais espéré d'en finir pour longtemps avec tout écrit de controverse, et si cet article avait paru en son entier dans le numéro de novembre de la Fortnightly, comme c'était d'abord mon intention, le besoin d'y rien ajouter n'eût pas été pressant. Mais, tandis qu'il était aux mains de l'imprimeur, deux comptes rendus critiques, plus travaillés que les précédents, ont paru; et puisque, la publication de cette seconde moitié de l'article ayant été remise jusqu'ici, une occasion s'offre, je ne puis, à moins de m'exposer à des commentaires erronés, les laisser passer sans examen.

La politesse me fait un devoir de répondre surtout à un écrivain qui, dans la Quarlerly Review {Revue trimestrielle) d'octobre, a parlé de moi parfois en adversaire, mais non sans s'accorder avec mes doctrines sur quelques points. J'ai évidemment trop peu de place ici pour suivre une à une toutes ses objections. Je dois me contenter de quelques brèves réflexions sur deux propositions qu'il entreprend d'établir. Voici comment il les énonce :

« Nous voudrions attirer l'attention sur deux points principaux qui, nous osons l'afFirmer, souffrent des objections; sans doute M. Spencer lui-même a songé à ces objections (et elles ont pu se présenter à plus d'un lecteur) ; néanmoins nous ne voyons pas qu'il les ait nulle part mentionnées et prévenues.

c Les deux points que nous choisissons sont les suivants :

( 1° Son système conduit à la négation de toute vérité.

« 2» Il est radicalement et nécessairement contraire aux principes de tuute saine morale. »

Voilà un passage qui se termine par deux affirmations jjien étonnantes. Je dirai d'abord que Je n'ai pas du tout le pressentiment dont parle l'auteur de l'article. Au contraire, il me souvient que j'ai dépensé quelques efforts à développer ce que je prends pour un système de vérités : et je m'étonne, qu'après avoir posé comme une conséquence de ce système « la négation de toute vérité «, on me prèle encore cette prévoyance, de m'ôtre attendu « sans doute » à voir ce système soulever cette objectiou-là. Je songe encore que, d'après mon programme, ce système doit se terminer par des Principes de morale, en deux volnmes, et, quand j'apprends qu'il est « nécessairement contraire aux principes de toute saine morale », naturellement je m'étonne, et plus encore en apprenant que je m'attends sans doute à celte appréciation. Ceci soit dit pour répudier ce scepticisme latent que m'attribue l'auteur de l'article. Maintenant, examinons les preuves qu'il apporte à l'appui de ces propositions.

Pour ce qui est de ses remarques sur les incohérences apparentes du réalisme transfiguré, je n'ai rien à ajouter à ce que j'ai répondu à M. Sidgvvick; car ce dernier les avait déjà faites. Je m'en tiendrai aux corollaires qu'il tire de la doctrine de la relativité de la connaissance, telle que je la professe. Il dit avec raison que je suis d'accord pour la soutenir avec « MM. Mill, Levves, Bain et Huxley; » mais il n'ajoute pas (il le devait pourtant) que j'ai aussi pour compagnons Hamilton, Mansel et cette longue série de nos prédécesseurs, chez qui Hamilton l'a retrouvée. Puis il se met en œuvre de conclure, de celte doctrine de la relativité; qu'on ne peut affirmer aucune vérité

absolue dans aucun genre, non pas même la vérité absolue de la doctrine de la relativité elle-même. Ainsi il donne à entendre à ses lecteurs que cette conclusion porte particulièrement contre le système qu'il est en train de critiquer. Or, si sa conclusion est valable, on peut accuser d'avoir ainsi « nié toute vérité » des auteurs qui passent pour orthodoxes, comme aussi ces nombreux philosophes qui, dAristote à Rant, ont avancé la même proposition. Et maintenant, je vais plus loin, et jo dis : Contre la doctrine de la relativité, telle que je la présente, cette accusation n'a pas la même force que contre les formes antérieures de cette doctrine. Car je m'écarte des autres partisans de la relativité, quand je dis que l'existence d'un nonrelatif est plus qu'une affirmation positive de la conscience : à savoir, une affirmation qui dépasse toutes les autres en certitude et sans laquelle la doctrine de la relativité ne saurait même être conçue dans la pensée. J'ai dit encore ; « Si l'on ne postule un non-relatif, un absolu, c'est le relatif lui-même qui devient absolu, ce qui réduit à l'absurde la thèse contraire ' ; » et ailleurs, parlant de cette conscience d'un non-relatif manifesté à nous par le relatif, je l'ai déclarée « plus profonde qae toute démonstration, plus profonde même que toute connaissance déterminée, aussi profonde que la nature même de l'esprit ^; » c'était, il me semble, dire, avec toute la force possible, que, si toutes les autres vérités peuvent passer pour relatives, celle-là doit être tenue pour absolue. Or, chose bizarre, tandis que je combats ainsi les partisans purs de la relativité, sofite-

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