‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 101 sur 109 · A DONNER AUX NÈGRES AFFRANCHIS · texte numérisé non relu

A DONNER AUX NÈGRES AFFRANCHIS

C'est avec une stisfaction particulière que nous assurons aux amis de l'humanité qu'en poursuivant l'objet de notre association, nos efforts ont réussi au delà de toutes nos espérances.

Encouragés par ce succès et par le progrès journalier de ce bienfaisant et lumineux esprit de liberté qui se répand dans le monde, confiants dans la bénédiction divine qui accompagne nos travaux, nous avons osé faire une addition importante à notre plan primitif. C'est pour cela que nous sollicitons ardemment le concours et Tappui de tous ceux qui ressentent les douces émotions de la sympathie et de la pitié, ou qui goûtent les nobles plaisirs de la bienfaisance.

L'esclavage est une si atroce dégradation de la nature humaine, que si nous ne mettons tous nos soins à l'extirper, il sera un jour une source de maux sérieux.

Le malheureux, qu'on a traité longtemps comme une brute, tombe trop souvent au-dessous du niveau commun de Teopèce humaine. Les chaînes qui lui attachent le corps enchaînent aussi son intelligence et affaiblissent les affections de son coeur. Habitué à remuer comme une machine^ par la volonté d'un maître, chez lui la réflexion est suspendue ; il n'a pas le pouvoir de choisir ; la raison, la conscience n'ont que peu d'influence sur sa conduite, parce qu'il est surtout gouverné par la passion de la crainte. Il est pauvre et sans amis ; il est peut-être usé par un labeur excessif, par l'âge et la maladie.

Bans cette situation, la liberté peut n'être qu'un malheur pour lui, qu'un danger pour la société !

Il faut donc espérer que les soins à donner aux nègres émancipés deviendront une branche de notre police nationale; mais, pour nous qui poussons à l'émancipation, ces soins sont un devoir qui nous incombe, nous entendons le remplir de notre mieux.

Instruire ceux qu'on a rendus à la liberté, les conseiller, les habituer à user et à jouir de la liberté civile, leur donner le goût du travail, leur fournir des occupations en rapport avec leur âge, leur sexe, leur talent, donner à leurs enfants une éducation calculée sur la position à venir, voilà les points principaux du programme que nous avons adopté. Nous servirons ainsi et le bien public et le bonheur de ces pauvres créatures, nos semblables, qu'on a trop longtemps négligées.

Pour exécuter un programme aussi vaste, il faut des ressources d'argent considérables, en dehors des fonds ordinaires de notre Société. Nous attendons beaucoup

de la générosité des citoyens éclairés et bienveillants ; nous recevrons avec reconnaissance toute donation et toute souscription. On peut les adresser à notre trésorier, James Starr, ou à James Pemberton, président de notre comité de correspondance.

Signé, par ordre de la Société :

B. Fra^klijh y président.

Philadelphie, 9 novembre 1789.

LANGUE ANGLAISE. — IDIOTISMES AMÉRICAINS. — UNIVERSALITÉ DE LA LANGUE FRANÇAISE. — PRO- GRÈS DE l'imprimerie.

A Noah Webster.

Philadelphie, 26 décembre 1789.

Cher monsieur,

J'ai reçu, il y a quelque temps, vos Dissertations sur la langue anglaise. Ce livre n'était accompagné d'aucune lettre d'avis qui me dît à qui j'étais redevable de cet envoi; mais je soupçonne que c'est à vous que je le dois. C'est un excellent livre ; il sera fort utile à nos compatriotes, en leur faisant sentir la nécessité d'écrire correctement. Je vous remercie du grand honneur que vous m'avez fait en me dédiant cet ouvrage; j'aurais dû vous adresser mes remercîments beaucoup plus tôt, de nombreuses indispositions m'en ont empêché.

Je ne puis qu'applaudir au zèle que vous mettez à conserver la pureté de notre langue^ tant dans ses expressions que dans sa prononciation. Je vous sais gré

de relever les fautes générales dans lesquelles tombenty sous ces deux rapports, plusieurs de nos États. Permettez-moi d'en citer quelques-unes, quoiqu'elles aient déjà peut-être attiré votre attention. Je désire néanmoins que, dans quelque autre de vos publications, vous les frappiez d'un signe de réprobation. La première de ces fautes que je me rappelle est le mot improved. En 1723, quand je quittai la Nouvelle- Angleterre, ce mot n'avait jamais été, que je sache, employé dans un autre sens que celui d'amélioré ou rendu meilleur, si ce n'est une seule fois, dans un très-vieux livre du docteur Mather intitulé : Providences remarquables. Gomme cet éminent personnage avait une fort mauvaise écriture, je me rappelle que lorsque je lus, dans son ouvrage, cette expression, prise dans le sens dHmployedy je supposai que c'était une erreur de l'imprimeur, qui avait pris un L, mal formé dans le manuscrit, pour un R, et un Y, avec une queue trop courte pour un Y : de cette façon, imployed redevenait improved.

Mais lorsqu'on 1783 je revins à Boston, je trouvai que cette innovation avait pris faveur ; elle était même devenue d'un usage courant. Je la rencontrai souvent dans les journaux, où elle faisait une assez sotte figure. Telle était, par exemple, l'annonce d une maison de campagne à vendre, laquelle maison, disait l'annonce, avait été pendant plusieurs années improved comme taverne ; plus loin c'était l'éloge funèbre d'un campagnard, qui avait été plus de trente ans improved en qualité de juge de paix. Cet emploi du mot improved est particulier à la Nouvelle- Angleterre ; on ne le rencontre jamais ailleurs dans la bouche d'aucune des

personnes qui parlent anglais, soit ici, soit de Tautre côté des mers.

J'ai observé que, pendant mon dernier séjour en France, beaucoup d'autres mots nouveaux se sont introduits dans notre langue parlementaire ; on fait un verbe du substantif notice : / shouJd not hâve noticed thiSy were is not that the gentleman^. On fait un autre verbe du substantif advocate : The gentleman who advocates that motion^; un autre, du substantif PROGRESS, le plus gauche et le plus abominable de tous : The committeey having progressed, resolved to adjoum^. Le mot opposed, quoique n'étant pas une expression moderne, s'emploie, à ce que je vois, d'une nouvelle manière ; par exemple : The gentlemen who are opposed to this measure, to which I hâve also my^ selfalways been opposed*. Si par hasard vous partagez mon opinion sur ces innovations, vous emploierez, je l'espère, votre autorité pour les proscrire.

La langue latine, qui sert depuis longtemps, et qui est le véhicule de la science chez les différentes nations de l'Europe, est de jour en jour plus négligée ; une des langues modernes, je veux dire le français, semble l'avoir remplacée et être devenue la langue universelle. On parle le français dans toutes les cours de l'Europe ; et la plupart des gens lettrés, ceux mêmes qui ne le parlent pas, le connaissent assez pour être en

1. « Je n'aurais point mentionné cela^ si n'est que ce gentilhomme, » etc.

2. « Le représentant qui se fait ï avocat de cette mention. »

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