Le comité ayant progressé y a résolu de s'ajourner
4. « Les représentants qui sont opposés à cette mesure, à laquelle je me suis toujours opposé moi-même. >
état de lire facilement les ouvrages écrits en français. Cette universalité de leur langue donne aux Français un avantage considérable ; elle permet de répandre chez les autres nations des sentiments et des opinions favorables aux intérêts de la France, ou susceptibles d'ajouter à sa gloire, en contribuant au bien de l'humanité. C'est peut-être parce qu'il est écrit en français, que le traité de Voltaire sur la Tolérame a produit sur le bigotisme un effet si subit et si grand qu'il Ta presque désarmé. L'usage universel de la langue française est aussi d'un très -grand avantage pour le commerce de la librairie : tout le monde sait, en effet, que lorsqu'on peut faire un tirage considérable, les bénéfices sont proportionnément beaucoup plus grands que ceux qu'on fait en toute autre branche de fabrication, quand on multiplie le nombre des objets produits par une même machine. Aujourd'hui, il n'y a pas en Europe une ville importante qui n'ait une boutique de librairie française en correspondance avec Paris- Nôtre anglais mérite bien d'obtenir le second rang parmi les langues vivantes. Le recueil de nos excellents sermons, la liberté de nos écrits politiques, ont porté un grand nombre de théologiens de sectes et de nations différentes, ainsi que la plupart des hommes d'État, à étudier l'anglais, au moins pour le lire. Si nous cherchions à en faciliter les progrès, notre langue pourrait devenir d'un usage beaucoup plus général. Les gens qui ont consacré une partie de leur temps à l'étude d'une langue étrangère ont souvent observé que, tant qu'ils n'en avaient qu'une connaissance imparfaite, les plus petites difficultés les embarrassaient
et retardaient leurs progrès. Par exemple, un livre mal imprimé, mie prononciation mal articulée ren* dront inintelligible une phrase qui, imprimée nettement ou prononcée distinctement, serait comprise immédiatement. Si donc nous voulons que notre langue soit plus généralement connue, il faut écarter toutes ces difficultés, si petites qu'elles soient, qui découragent celui qui Tétudie.
Mais, depuis quelques années, je m'aperçois avec peine, qu'au lieu de diminuer, ces difficultés augmentent, i^our peu qu'on examine les livres anglais imprimés depuis la Restauration jusqu'à l'avènement de George II, on remarquera que tous les substantifs commencent par une lettre capitale; c'est un usage que nous avons emprunté de l'allemand, notre mèrelangue. • Ce système était particulièrement utile à ceux qui ne connaissaient pas bien l'anglais ; car nous avons un nombre prodigieux de mots qui sont en même temps verbes et substantifs^ et qu'on orthographie de la même manière, quoique souvent ils soient différemment accentués dans la prononciation.
De nos jours, nos imprimeurs ont imaginé qu'il était plus gracieux de supprimer ces capitales, sous prétexte que les lettres qui s'élèvent au-dessus de la ligne, en détruisent la régularité. L'effet de cette suppression est si considérable, qu'un Français instruit, qui, sans connaître parfaitement notre langue, était dans l'habitude de lire nos livres, me disait un jour qu'il trouvait plus d'obscurité chez nos auteurs moderneé que chez ceux de l'époque en question ; il attribuait cette obscurité à la décadence dû style ; mais je le convainquis de son erreur, en marquant d'une
lettre capitale chaque substantif d'un paragraphe; il Tentendit aussitôt, quoiqu'il n'y pût rien comprendre auparavant. Ce fait seul prouve rinconvénient de ce prétendu perfectionnement.
Le même goût pour l'uniformité de la ligne a conduit d'autres imprimeurs à bannir, depuis quelque temps, les caractères italiques qu'on avait coutume d'employer pour les mots importants de la phrase, ou pour ceux qu'il fallait accentuer en lisant. Plus récemment encore, un autre caprice a entraîné quelques imprimeurs à employer 1'^ rond au lieu de 1'^ long, qui servait autrefois à faire distinguer promptement les mots, en diversifiant leur apparence. J'avoue que la suppression de cette lettre saillante fait paraître une ligne d'impression plus égale ; mais du même coup elle la rend moins lisible à première vue. Coupez le nez de tous les hommes : sans doute vous régulariserez leur figure, vous la rendrez plus uniforme, mais il deviendra bien moins facile de distinguer les physionomies.
Ajoutez à tous ces perfectionnements à l'envers, une autre fantaisie moderne : aujourd'hui on trouve que l'impression grise est plus belle que la noire ; aussi les nouveaux livres anglais sont-ils imprimés de façon tellement terne que les vieillards ne peuvent les Hre qu'au grand jour et avec de bonnes lunettes. Quiconque voudra comparer un volume du Gentleman's Magazine de 1731 à 1740, avec un de ceux qui ont paru depuis dix ans, sera convaincu que l'impression noire est infiniment plus lisible que celle qu'on obtient avec de l'encre grise. Lord Chesterfield fit, en riant, la critique de cette nouvelle invention. Faulkener, l'imprimeur du Journal de Dublin^ s'épuisait, devant
lui, à faire Téloge de son journal, comme étant le plus parfait qu'il y eût au monde : « Mais, monsieur Faulkener, dit milord, ne pensez-vous pas que votre journal serait plus parfait encore, si le papier et Tencre n'étaient pas de la même couleur?» Toutes ces raisons me portent à désirer que nos imprimeurs américains évitent, dans leurs éditions, ces perfectionnements imaginaires; ils rendront ainsi leurs ouvrages plus agréables à l'étranger, au grand avantage de notre commerce de librairie.
Si l'on veut sentir tout le mérite d'une impression claire et distincte, considérons de quel secours elle est pour une lecture à haute voix devant un auditoire. En pareil cas, l'œil se porte généralement sur trois ou quatre mots à l'avance : s'il distingue clairement les mots qui vont venir, il donne à la voix le temps de les prononcer comme il faut. Mais si l'impression est terne ou si les mots sont déguisés par l'omission des capitales, des s longs, etc., le lecteur est exposé à prendre une fausse intonation, et dès qu'il s'aperçoit de sa méprise, il est obligé de reculer et de recommencer sa phrase, ce qui diminue le plaisir des auditeurs.
Ceci me conduit à parler d'une vieille erreur dans notre manière d'imprimer. Nous savons tous que, dès qu'on rencontre une question en lisant, il faut varier l'inilexion de la voix. Nous avons à cet effet un point appelé d'interrogation, qu'on joint à la question pour la signaler. Mais c'est une absurdité de le placer à la fin : le lecteur ne le découvre que lorsqu'il a déjà pris une fausse intonation, et le voilà obligé de recommencer sa phrase. Pour éviter cet inconvénient, les impri-
meurs espagnols, plus judicieux que nous, placent le point d'interrogation au commencement aussi bien qu'à la fin d'une question. Nous commettons une autre faute, et de même nature, dans l'impression de nos comédies, où certains passages sont marqués comme étant dits à part. Mais ces mots : à party sont mis à la fin du discours, tandis qu'ils devraient le précéder, pour avertir le lecteur de donner à sa voix une inflexion différente.
L'habitude qu'ont prise nos dames de se réuuir cinq ou six pour faire une petite assemblée de travail, chacune s'occupant de quelque ouvrage utile, tandis qu'une d'entre elles fait la lecture à haute voix, est chose si bonne en soi, qu'auteurs et imprimeurs devraient s'efforcer de rendre la lecture aussi agréable que possible et pour le lecteur et pour les auditeurs.
Après ces observations générales, permettez-moi de vous en faire une qui touche à vos intérêts. Votre Traité d'orthographe est misérablement imprimé ; en plusieurs endroits il est à peine lisible, et le papier est détestable. On en annonce un nouveau dans les journaux; s'il est préférable, sous tous ces rapports, il nuira certainement à la vente du vôtre.
Je vous fais mes compliments sur votre mariage, dont les journaux viennent de m'instruire.
Recevez tous mes vœux, et croyez-moi, etc.
SUR l'Étude du latin.
Franklin nous raconte dans ses Mémoires *■ comment, en 1750, il essaya d'établir à Philadelphie un collège ou Académie pour l'éducation de la jeunesse. Dans le plan primitif, Franklin n'avait fait entrer que l'étude de la langue nationale ; il n'y avait compris ni le latin ni le grec. Ses idées ne furent pas suivies ; il le regretta toujours, et en 1789, près de descendre dans la tombe, il publia des Remarques sur les intentions des fondateurs de V Académie de Philadelphiey dont on a tiré les réflexions suivantes. C'est la conclusion de la brochure et le résumé des idées de l'auteur :
c Je suis le dernier survivant des administrateurs, et je suis moi-même au bord de la tombe. Je crains qu'on ne fasse peser sur moi une partie du blâme qu'ont encouru les administrateurs ; on me reprochera de m'étre trop facilement soumis aux déviations de notre règle, et de ne pas m'y être opposé avec assez de zèle et d'énergie, quoique mon absence qui, en différentes fois, a duré près de trente ans, ait singulièrement affaibli mon influence. Pour faire mon devoir, je saisis cette occasion, la dernière sans doute, de protester contre ces déviations. Il me semble que les ombres de mes amis m'entraînent et me pressent de me servir de la seule voix qui nous reste, pour demander que nos petits-enfants obtiennent la justice qu'on a refusée à nos enfants. Et j'espère qu'ils obtiendront satisfaction,