TESTAMENT DE FRANKLIN
Je soussigné y Benjamin Franklin, de Philadelphie, imprimeur, ancien ministre plénipotentiaire des États- Unis à la cour de France , en ce moment président de l'État de Pensylvanie , exprime mes dernières Volontés, et fais mon testament ainsi qu'il suit :
A mon fils William Franklin, ancien gouverneur des Jerseys, je donne et lègue toutes les terres que je possède dans la province de la Nouvelle-Ecosse, pour être tenues par lui » ses héritiers, ou ayant cause. Je lui donne tous mes livres et papiers qu'il a en sa possession , et lui lègue tout ce qu'il me doit sur mes livres de compte , voulant que mes exécuteurs ne puissent lui en réclamer ni le payement ni la restitution. Le rôle qu'il a joué dans la dernière révolution, et qui est de notoriété publique , expliquera comment je ne lui laisse pas une plus forte portion d'un bien dont il a tâché de me dépouiller.
Depuis ipon retour de France, j'ai démoli les trois maisons situées au devant de ma maison , dans la rue du Marché, entre la troisième et la quatrième rue; j'ai construit deux nouvelles et grandes maisons sur ce terrain, j'ai bâti une autre maison sur le terrain qui formait passage, ainsi qu'une cinquième entre mon habitation et les deux maisons de façade ; je donne à ma fille SarahBache, et à son m^ri Richard Bâche, pour enjouir durant leur vie, mon habitation, les trois maisons susdites et l'imprimerie ; j y ajoute ma petite maison de
la sixième rue, que j'ai achetée de la veuve Hemnarsh, le pré et les bâtiments que je possède dans Hickory- Lane, ma maison située sur le côté nord de la rue du Marché, actuellement occupée par Mary Jacobs, avec les deux maisons et terrains situées en arrière et ayant façade sur l'allée Pewter-Platter, le terrain et les bâtiments situés dans Arch-Street, en face le cimetière de Téglise, et enfin mon argenterie, mes tableaux et tout le mobilier de la maison que j'habite. Après la mort du dernier survivant, je laisse tous ces biens à tous les enfants nés ou à nattre de ma fille, et à leurs héritiers ou ayant cause.
Je donne à mon gendre Bâche, à ses héritiers et ayant cause, toutes les terres près de TOhio, et tous les terrains situés au centre de Philadelphie, que j'ai dernièrement achetés de l'État. Je lui donne également la créance que j*ai contre lui, montant à la somme de 2172 livres cinq shillings, avec les intérêts échus ou à écheoir, et je le prie, en considération de ce legs, d'affranchir, aussitôt après ma mort , son nègre Bob. Je lui laisse aussi la somme que me doit l'État de Virginie , pour vente de caractères. Je lui laisse aussi tous mes instruments de musique.
Je donne à ma fille Sarah Bâche le portrait du roi de France, entouré de quatre cent hirit diamants, mais je la prie de ne pas faire monter ces diamants en parure, ni pour elle-même ni pour ses filles , afin de ne pas introduire ou encourager en ce pays la mode de porter des joyaux, mode aussi futile que coftteuse et inutile ; je la prie aussi de ne point séparer du portrait le premier cercle de diamants.
Je donne et lègue à ma chère soeur Jeanne Mecom,
à ses héritiers et ayant cause, la maison et les terrains que je possède dans Unity-Street, à Boston, et qui sont en ce moment administrés par M. Jonathan Williams. Je lègue également à ma sœur une rente annuelle et viagère de cinquante livres sterling qui lui sera payée sur le dividende des douze parts d*intérêt dans la Banque d'Amérique, que j'ai achetées depuis mon retour à Philadelphie. A la mort de ma sœur, ces douze parts d'intérêt appartiendront à ma fille Sarah Bâche et à son mari Richard Bâche. Mais c'est mon désir et ma volonté expresse que ces dividendes soient laissés à ma fille comme argent de poche.
Je laisse à mon petit-fils William Temple Franklin, ses héritiers et ayant cause, le droit à trois cents acres de terre en Geoi^e , qui m'a été accordé par ce gouvernement. Je lui laisse également la créance et le jugement que j'ai contre lui pour quatre mille livres sterling , cette créance devant être annulée le jour de son mariage. Mais si le susdit William Temple Franklin meurt sans être marié , ma volonté est que cette créance soit recouvrée , et qu'elle soit partagée entre mes autres petits -fils, enfants de ma fille Sarah Bâche.
Je laisse à mon ingénieux ami François Hopkinson tous les instruments de physique que j'ai à Philadelphie.
Aux enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de mon frère Samuel Franklin , qui seront vivants au jour de mon décès, je laisse cinquante livres sterling, à partager également entre eux. Aux enfants, etc., de ma sœurAnneHarris, etc., je laisse pareille somme, etc. Aux enfants, etc., démon frère James Franklin , etc..
pareille somme. Aux enfants, etc., de ma sœur Sarah Davenport , etc., pareille somme. Aux enfants, etc., de ma sœur Lydia Scott, etc., pareille somme. Aux enfants, etc., de ma sœur Jane Mecom, etc., pareille somme.
A mon petit-fils Benjamin Franklin Bâche, je donne tous les caractères et presses, avec la fonderie de caractères que j'ai à Philadelphie, le tout valant environ mille livres sterling.
Quant à mes livres , ceux que j'avais en France, et ceux que j'avais laissés à Philadelphie, sont maintenant réunis et le catalogue en est achevé. Mon intention est d'en disposer de la façon suivante : A la Société philosophique de Philadelphie , dont j'ai l'honneur d'être président, je donne mon Histoire de F Académie des Sciences en 60 ou 70 volumes in-4*». A la Société philosophique américaine , établie dans la Nouvelle-Angleterre, et dont j'ai l'honneur d'être membre, je donne ma collection in-folio des Arts et métiers. Je donne l'édition in'4'' des mêmes Ai^ts et métiers à la Société de la Bibliothèque de Philadelphie ^ Je donne à mon petitfils Benjamin Franklin Bâche les livres que sur le catalogue j'aurai marqués de son nom; il en sera de même pour mon petit-fils William Bâche, et pour mon cousin Jonathan Williams. Je donne à mon petit-fils William Temple Franklin le reste de tous mes livres, manuscrits et papiers. Je laisse à mon petit-fils Benjamin Franklin Bâche ma part dans la Société de la Bibliothèque de Philadelphie, m'assurant qu'il permettra à ses frères et sœurs d'en profiter.
1. 11 est peu nécessaire de dire que ce sont les belles collections françaises dont il est question dans ces troi^ Vi^^^.
Je suis né à Boston y dans la Nouvelle-Angleterre, et je dois ma première éducation littéraire aux écoles gratuites de grammaire qui y sont établies. Aussi je donne cent livres sterling à mes exécuteurs testamentaires, à la charge par eux de remettre cette somme aux administrateurs ou directeurs de ces écoles libres dans ma ville natale de Boston, pour être par eux placées à intérêt perpétuel; je veux que chaque année le revenu en soit employé à acheter des médailles d'argent qui seront distribuées par les susdits directeurs ^ afin d'encourager les études dans les écoles libres; cette distribution se fera suivant qu'il sera réglé par les sélectwen*.
Sur le traitement qui pourra me rester dû, comme président de l'État, je donne deux mille livres sterling à mes exécuteurs, pour être employées à rendre navigable la rivière de Schuylkill.
Quant k l'argent qui , au jour de ma mort, restera entre les mains de mes banquiers, MM. Ferdinand Grand et fils, de Paris, et MM. Smith, Wright et Gray, de Londres , je veux qu'après mes dettes et legs payés, on divise cette somme en quatre parts: j'en laisse deux à ma chère fille Sarah Bâche , une à son fils Benjamin, et une à mon petit-fils William Temple Franklin.
Durant le grand nombre d'années que j'ai passées dans les affaires comme papetier, imprimeur et maître
1 . Les selectmen sont des magistrats élu» cha<)tte année par les citoyens , et qui sont ehargés de certaines parties de Tadministration dans les communes qui n'ont pas de corps municipal. La donation de Franklin subsiste aujourd'hui. Le fonds en est monté à 1000 dollars placés en 6 pour 100 (Jared Sparks, Life of Franklin, t. J, p. 603.).
ET D'ÉCONOMIE POUTIQUE. 335
des postes, il m'est resté dû une foule de petites sommes pour livres , annonces , ports de lettres et autres articles; je n'en avais pas fait le recouvrement, lorsqu'on 1 757 l'Assemblée de Pensylvanie m'envoya en Angle^ terre comme son agent et m*y retint jusqu'en 1775; à mon retour je fus immédiatement occupé par les affaires du Congrès, et, en 1 776, on m'envoya en France, où je restai neuf ans, n'en étant revenu qu'en 1765. Ces créances, dont je n'ai pas réclamé le payement depuis si longtemps, sont en quelque façon prescrites; cependant, et en bonne justice, elles sont dues. Telles qu'elles sont portées sur mon grand livre E , je les lègue aux actionnaires de l'hôpital de Pensylvanie, dans l'espoir que ces débiteurs ou leurs héritiers, qui aujourd'hui, comme je le vois, font quelque diflSculté de reconnaître ces vieilles créances, se décideront à les payer, au moins à titre de charité, à cet excellent établissement. Je n'ignore pas que beaucoup de ces créances seront nécessairement perdues, mais j'espère qu'on pourra recouvrer quelque chose de considérable. Il est possible que quelques-uns de ces débiteurs aient, de leur côté, d'anciennes réclamations à me faire ; en ce cas, les administrateurs de l'hôpital déduiront le montant de ma dette, ou même payeront la différence , si elle est contre moi.
Les dettes et legs une fois payés, je laisse à mon fils et à ma fille , Richard et Sarah Bâche , tous mes biens, meubles et immeubles, dont je n'ai pas autrement disposé.
Je prie mes amis Henry Hill, esquire, John Jay, esq., Francis Hopkinson, esq.,etM. Edward Duffield, de Benfield, dans le comté de PensylvaxÛA^ à!^^
les exécuteurs de ma dernière volonté , et , par les
présentes , je les nomme et institue en cette qna«
lité.
- Je désire que mon corps soit enterré avec aussi
peu de dépenses et de cérémonie qu'il se pourra
faire.
Je révoque tout précédent testament, etc.
En foi de quoi j'ai mis ici mon seing et mon sceau, le dix-septième jour de juillet, en Tan de Notre-Seigneur 1788.
B. Franklin.
Signé , scellé , publié et déclaré en notre présence, comme étant sa dernière volonté et son testament, par le susnommé Benjamin Franklin.
Abraham Shoemaker.
John Jones.
George Moore.