Lettre du 9 mars 1790. Correspondance , t. II, p
sur la terre en faisant le bien, Franklin n'ose le décider. Un bonheur, infini en degré, étemel en durée, c'est chose qui dépasse sa raison. «Pour ma part, dit-il, je n'ai ni la vanité de penser que j'en suis digne, ni la folie de l'espérer, ni l'ambition de le désirer ; mais content de me soumettre à la volonté, et de me remettre à la disposition de ce Dieu qui m'a créé, et quijusqu'ici m'a conservé et béni, je me confie en sa bonté paternelle, sûr qu'il ne voudra jamais mon malheur, et que les afflictions même que je pourrai souffrir, auront mon bien pour objet*. »
Pour étire agréable à Dieu, que faut-il faire ? Il faut aimer et servir les enfants de Dieu, c'est-à-dire les hommes, nos frères. C'est le vrai moyen de témoigner notre reconnaissance à celui qui n'a nul besoin de notre culte et de nos cérémonies. « Adorer Dieu est un devoir, écouter et lire des sermons peut avoir son utilité ; mais se borner à écouter et à prier, comme font trop de gens, c'est ressembler à un arbre qui s'estimerait parce qu'on l'arrose, et qu'il pousse des feuilles, mais qui ne donnerait jamais de fruits *. »
Telle est la morale de Franklin; à vrai dire, c'est celle de l'Évangile. Oncomprend que notre philosophe ait pu dire en toute sincérité : « Le système de religion et de morale que Jésus de Nazareth nous a laissé, est le meilleur que le monde ait jamais vu, et que, suivant toute apparence^ il verra jamais^; » on peut seulement regretter que Franklin, qui a si bien vu la grandeur
de cette morale, et qui l'a si sincèrement pratiquée,