Lettre à Exra Stiles, Correspondance, t. II, p
soit resté étranger à la religion de celui qui a régénéré le monde en y apportant la charité. • >
Si par sa bonté active, Franklin est un. disciple de rÉvangile, il est fils du dix-huitième .siècle, par son extrême tolérance. Les querelles théologiqùes le révoltent, et suivant toute apparence, ce sont elles qui Tout éloigné du christianisme. Il a mis les fautes du prêtre au compte de la religion. .s • "
U orthodoxie^ disait -il finement, c^ est ma doxie; l'hétérodoxie, c'est votre doxie *; traduisons en; français : La raison, c'est ma raison; la déraison, c'est votre raison, • Mais si Franklin a l'horreur des controverses^ et s'il flétrit la persécution et les persécuteurs, il n'y a pas chez lui cette haine furieuse qui anime les philosophes français contre l'Église; Franklin, qui n'a pas soufi'ert de la domination ecclésiastique, ne veut rien renverser. L'expérience lui a appris à se défier de sa propre raison, il voudrait donner à tous les hommes un peu de cette modestie et de cette douceur que la vie lui a fait chèrement acheter.
A la morale de l'Évangile, à la philosophie du dixhuitième »iècle, Franklin ajoute une maxime^ qui en fait un homme de notre temps : Travaille, fais ta fortune, élève-toi. ^
- Né dans un pays où il n'y avait jamais eu ni royauté ni Cour, ni noblesse, ni classes privilégiées,: Franklin ne connaît que le. travail. C'est pour lui la, condition première," l'honneur et le charme de la vie. i»
Il définissait l'homme : un animal qui fait des outils, et un jour que les marchands de Philadelphie annon-
i. Partpn, Vie de Franklin , t. II, p. 377.
çaient un bal par souscription, d'où seraient eiclus les ouvriers, leurs femmes et leurs filles : « Il est fort heureux, dit Franklin, que Dieu le tout-puissant ne se présente pas, on ne le recevrait point. — Pourquoi lui demanda -t- on? — Parce que Dieu, répondit Franklin, est évidenmient le plus grand ouvrier de l'Univers. L'Écriture ne nous dit-elle pas qu'il atout fait par nombre, poids et mesure? » Sur cette ingénieuse réflexion, on admit tout le monde ^ On voit que Franklin avait à la fois l'amour et l'orgueil du travail.
Aussi voulait-il que chacun s'occupât sérieusement de son métier, et avait-il peu de goût pour les amateurs. On en peut juger par une de ces anecdotes, oii, à la façon de Socrate, il cachait le sérieux sous la plaisanterie : « Il y avait une fois, disait-il, un tailleur qui vola un cheval ; il fut pris, et mis en prison; là il rencontra un compagnon qui faisait profession de voler les chevaux. Le tailleur conta son histoire; l'autre aussitôt de lui demander pourquoi il n'avait pas pris telle route, endossé tel habit, déguisé le cheval. — Je n'y ai pas pensé. — Qui donc êtesvous, et quel est votre état? — Je suis tailleur. — Je suppose que jamais de votre vie vous n'aviez volé de cheval? — Jamais. — Que Dieu vous damne! Quel besoin aviez-vous de vous en mêler? bon homme ! Ne vous suffisait-il pas de planter vos choux'? »
L'objet du travail, c'est de gagner le bien-être et l'indépendance, condition nécessaire du progrès. Franklin veut qu'on fasse fortune, mais par le travail, l'or-