‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 28 sur 109 · de francs · texte numérisé non relu

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personne, au moins devriez- vous les dispenser de contribuer.

On dira que donner aux matelots du roi la solde de commerce, cela coûterait trop cher à la nation ; il faudrait augmenter les impôts. La question se réduit à ceci : Dans une société, est-il juste que les riches forcent une partie de la classe pauvre à combattre pour la défense de leurs personnes et de leurs biens, moyennant le salaire qu'il leur plaît d'accorder, et sous peine de punition pour celui qui refuse ? Notre auteur nous dit que cela est légal. Je ne suis pas assez fort en droit pour contester son autorité, mais je ne puis me persuader que cela soit équitable. J*accorde pour on moment que la presse soit légale quand elle est nécessaire, mais alors je soutiens qu'il en faut user de façon à produire le même bon effet, c'est-à-dire la sécurité publique, sans commettre une aussi horrible injustice que celle qui accompagne la presse des simples matelots.

Pour mieux me faire entendre, j'établirai deux points, comme prémisses.

P Le premier est que pour le service de guerre on aurait des matelots de bonne volonté, si on les payait suffisamment. La preuve en est que pour servir sur les mêmes vaisseaux et courir les mêmes dangers, vous n'avez nul besoin de presser ni capitaines, ni lieutenants, ni seconds lieutenants, ni midshipmen, ni commissaires, ni autres officiers. Pourquoi? Parce que les profits de leurs places, ou les émoluments qu'ils en attendent, sont des appâts suffisants. Le problème est donc de se procurer par la presse assez d'argent pour avoir des matelots qui servent volontairement comme les offi-

cierSy et cela sans mettre de nouvel impôt sur le commerce.

2"" Mon second point est celui-ci. Si 25 shillings par mois, avec une ration de bœuf salé, de porc et de pois, suffisent à la subsistance d'un matelot qui travaille péniblement, à plus forte raison cela suffira-t-il à un homme de cabinet ou à un homme du monde.

Je propose donc d'établir une caisse qui payerait des primes aux marins. Pour remplir cette caisse, je presserais un certain nombre d'officiers civils qui, en ce moment, ont de gros salaires; je les obligerais à servir dans leurs fonctions respectives, moyenoant 25 shillings par mois, avec leur part à la gamelle, et je ver* serais le reste de leur traitement dans la caisse des marins. Qu'on me donne un pareil mandat à exécuter, la première personne que je presserai sera un recor^ der de Bristol, ou un certain juge, nommé M. Foster. J'aurais besoin de cet exemple édifiant pour montrer comment on doit supporter la presse ; car M. Foster trouverait certainement que si c'est un malheur particulier que d'être réduit à 25 shillings par mois, ce malheur suivant son axiome de droit et de bonne politique doit être supporté avec patience pour prévenir une calamité nationale.

Après cela je presserai le reste des juges, et, ouvrant le Livre Rouge, je presserai tous les fonctionnaires civils, depuis ceux qui touchent 50 livres * par an, jusqu'à ceux qui touchent 50 000 livres ; cela jetterait dans notre caisse une somme énorme. Ces messieurs n'auraient pas à se plaindre, puisqu'ils recevraient

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