Charms n'a qu'une syllabe en anglais
2. UninteUigibleness : le mot est, je crois, de la composition 4e Franklin.
paroles^ sans les répétitions. Voyez combien il y a de mots, et quel déluge de notes les inondent; peut-être alors ne serez-vous pas éloigné de penser avec moi que les paroles étaient peut-étreTobjet principal des vieilles chansons, mais qu'elles sont de peu d'importance dans les airs modernes, et ne sont en un mot qu*un prétexte pour chanter.
Je suis, comme toujours, votre frère affectionné.
P. S. J'aurais pu mettre Y inarticulation au nombre des vices de langage qu'on fait passer pour des beautés dans le chant moderne. Mais, comme il semble que c'est plutôt une faute du chanteur que du compositeur, je n'en ai pas parlé à propos de la composition. Le beau chanteur à la mode émousse toutes les consonnes dures, et polit tous les sons un peu saillants qui servent à distinguer uu mot d'un autre. Vous êtes charmés par un organe admirable ; vous n'entendez rien de plus qne si l'air était joué par tout autre instrument. Si les musiciens ont jamais eu l'ambition de faire des instruments qui imitassent la voix humaine, leur ambition d'aujourd'hui est à Tinverse de celle-lk; la voix ne cherche plus qu'à ressembler à un instrument. C'est ainsi que les premières perruques ont été faites pour imiter une tête naturelle qui a ses cheveux; mais depuis qu'elles sont devenues à la mode, quoique la forme en soit contre nature, nous voyons qu'on coiffe les gens pour que leurs cheveux naturels aient l'air de perruques.
SUR LE PRIX DU Bht ET SUR LES SECOURS DONNÉS AUX PAUVRES *.
A Messieurs du public.
J'appartiens à cette classe du peuple qui vous nourrit tous et qu'en ce moment VOUS écrasez tous; en un mot, je suis fermier.
Vos journaux nous apprennent que Dieu a envoyé une mauvaise récolte à quelques pays de l'Europe. Je pensais que cela profilerait à la vieille Angleterre, et que nous obtiendrions un bon prix de notre grain, ce qui apporterait des millions chez nous, et nous ferait nager dans l'argent, chose peu commune, assurément.
Mais la sagesse du gouvernement a défendu l'exportation.
« Bon, ai-je dit, nous nous contenterons du prix du marché, chez nous.
— Non, ont répondu messeigneurs de l'émeute ; ce prix, vous ne l'aurez pas. Apportez votre blé au marché, si vous l'osez; nous le vendrons pour vous et pas cher, si même nous ne le prenons pour rien. »
Attaqué par les deux bout<% de la Constitution^ par la tête et la queue da Gouvernement, que faire?
Faut-il garder mon blé au grenier pour nourrir et
1. Cet excellent morceau a été publié à Londres, dans le London-Chronivle , en 1760 , neuf ans avant qu'Adam Smith publiât 2a Richesse des Nations» Franklin doit être considéré comme un des fondateurs de Téconomie politique ; nul n'a défendu et répandu de plus saines idées.
98 ESSAIS DE MOBALE
augmenter le peuple des rats? Soit! ils ne seront pas plus ingrats que ceux que j'ai l'habitude de nourrir.
Nous autres fermiers , sommes-nous donc les seuls à qui l'on envie les profits d'un honnête labeur? Et pourquoi? Un de ces écrivailleurs, qui nous déchirent, publie la carte du dîner que j'ai donné pour les épousailles de ma fille, et proclame à la face du monde entier que nous avons eu l'insolence de manger du bœuf et du poudding! N'a-t-il donc pas lu dans le saint livre ce précepte : Tu ne musèleras pas le bœuf qui fiyule le grain, ou pense-t-il que nous soyons moins dignes de bien vivre que nos bœufs?
Oui, mais les manufacturiers 1 les manufacturiers ! Il faut les favoriser, il leur faut du pain à bon marché!
Écoutez un peu, monsieur Lourdaud. Vous dites que les fermiers vivent splendidement. Âimeriez-vous mieux les voir entasser l'argent qu'ils gagnent? Leurs beaux habits, leurs beaux meubles, les font-ils eux-mêmes pour eux ou leurs confrères, de façon à garder chez eux leur argent? Ou, au contraire, emploient-ils vos chers manufacturiers, et par là répandent-ils leur argent dans tout le pays?
La laine me produirait un meilleur prix, si on lui permettait d'aller sur les marchés étrangers; mais cela, messieurs du public, vos lois ne le souffrent pas. li faut que notre laine reste au pays pour que vos chirs manufacturiers l'aient au plus bas prix possible. Et puis, après nous avoir ainsi découragés d'élever des troupeaux, vous nous maudissez parce que le mouton est rare 1
J'ai entendu dire à mon grand-père que les fermiers s'étaient résignés à la défense d'exporter la laine, parce j^
qu'on leur avait fait espérer et croire que, lorsque le manufactorier achèterait la laine meilleur marché, le drap serait moins cher. Mais, du diable! s'il en est ainsi. Le drap est devenu de plus cher en plus cher. Pourquoi? C'est tout simple : le drap est exporté; cela maintient les prix.
Maintenant, si c'est un bon principe qu'il faut empèdier l'exportation d'un article afin qu'à Tintérieur on Tait à meilleur marché , tenez-vous à ce principe, et marchez droit devant vous. Défendez l'exportation de vos draps, de vos cuirs, de votre quincaillerie, en un mot, de vos fabrications de toute espèce, afin qu'au pays elles soient meilleur marché. Et je vous réponds qu'elles seront si bon marché, qu'on finira par n'en plus &briquer du tout.
n y a des gens qui ont l'air de s'imaginer qu'ils ne seront jamais à leur aise, tant que l'Angleterre ne sera pas devenue un autre pays de Cocagne, beau pays oii, dit-on, les pavés des rues sont de brioches, les tuiles de galettes, et où les poulets, tout rôtis, vous crient : c Venez me manger. >
Moi, je dis : quand vous êtes sûrs que vous tenez un bon {Nrincipe, attachez-vous-y et poussez-le jusqu'au bout. On dit que pour le ministère, c'était chose nécessaire et juste de faire prohiber l'exportation des blés, quoique ce fût contraire à la loi; on ajoute que pour l'émeute c'était chose contraire à la loi que d'arrêter les v(âtnres de grains, quoique ce ïdinécessaire et juste. Cest la même chose point pour point. Maintenant on me dit qu'il faut voter un bill d'indemnité en faveur du ministère, afin qu'on ne puisse l'inquiéter pour un acte illégal. S'il est ainsi, amnistiez l'émeute. D'auXi^^
personnes prétendent qu*il faut pendre quelques émeutiers, pour Texemple. S'il en est ainsi.... mais je n'en dirai pas plus que je n'en ai dit : Quand voils êtes sur ^^ voibs tenez un bonprincipej allez jusqu'au bout.
Vous dites que les pauvres ouvriers ne peuvent payer le pain à un prix élevé, à moins qu'on n'augmente leur salaire. C'est possible. Mais, nous autres fermiers, comment ferons-nous pour payer plus cher qos ouvriers, si vous ne nous permettez pas de vendre notre grain plus cher, quand la chose est possible ?
D'après tout ce que j*apprends si Texportation avait été permise, nous aurions eu une guinée de plus par qv>arter. Et cet argent, l'Angleterre l'aurait gagné sur l'étranger.
Mais il semble que nous autres fermiers, nous devons perdre sur le prix du pain, pour que le pauvre l'ait d'autant meilleur marché.
La prohibition d'exporter équivaut donc à une taxe pour l'entretien des pauvres. « Très- bonne chose, direz-vous. —Mais, je vous le demande, pourquoi une taxe partielle? Pourquoi ne pèse-t-elle que sur nous autres fermiers seulement? Si c'est une bonne chose, de grâce, messieurs du public, prenez -en votre part, en nous indemnisant im peu sur votre trésor public. A faire une bonne chose, il y a tout à la fois honneur et plaisir; nous ne vous marchandons pas votre part.
Pour moi, je ne suis pas convaincu de la bonté de cette chose. Faire du bien aux pauvres, j'en suis ; mais sur les moyens à employer, je ne partage pas votre avis. Le meilleur moyen de faire du bien aux pauvres, ce n'est pas de les mettre à l'aise dans leur pauvreté,
c'est de les tirer ou de les pousser horsie leur misère. Dans ma jeunesse, j'ai beaucoup voyagé, et j'ai remarqué en différents pays que plus on organise des secours publics pour prendre soin des pauvres, moins ils prennent soin d'eux-mêmes , et naturellement ils deviennent encore plus misérables. Et, au contraire, moins on fait pour eux, plus ils font pour eux-mêmes, et mieux ils se tirent d'affaire. Il n'y a pas de pays au monde où il y ait autant d'établissements cbaritables que cbez nous : tant d'bôpitaux fondés ou maintenus par la charité privée pour les pauvres malades ou estropiés, tant d'hospices pour les vieillards des deux sexes, sans parler d'une loi solennelle et générale que les riches ont faite pour soumettre leurs domaines à une lourde taxe au profit des pauvres. Sous le poids de toutes ces obligations, le pauvre est-il chez nous modeste, humble, reconnaissant? Fait-il tous ses efforts pour se suffire à lui-même et décharger de ce fardeau nos épaules? Au contraire; j'affirme qu'il n'y a pas de pays au monde où le pauvre soit plus fainéant, plus dissolu, plus ivrogne, plus insolent. Le jour où vous avez voté la loi des pauvres, vous leur avez ôté de devant les yeux le plus grand de tous les encouragements au travail, k la frugalité, à la sobriété; car, pour le soutien de l'âge ou de ^a maladie, vous leur avez appris à compter sur autre chose que sur l'économie durant la jeunesse et la santé.
En deux mots, vous avez donné un prix d'encouragement à la paresse, ne vous étonnez donc pas si cette prime a eu pour effet d'augmenter la misère. Révoquez votre loi, vous verrez bientôt un changement dans les mœurs du pauvre. Saint lundi et saint mardi ne
seront plus des jours fériés. Tu travailleras durant six jours: cet antique commandement, depuis longtemps dédaigné comme une vieillerie, sera de nouveau regardé comme un précepte respectable. Le travail augmentera, et à sa suite viendra l'abondance chez les pauvres gens; leur condition s'améliorera. En leur apprenant à songer à l'avenir et à prendre soin d'eux-mêmes, on aura fait plus pour leur bonheur que si demain on leur partageait toutes nos fortunes.
Excusez-moi, messieurs du public, si, sur ce sujet intéressant^ je vous donoe la peine de lire un peu de mes sottises. Je suis sûr d'avoir lu, il n'y a pas bien longtemps, une grande quantité des vôtres; j'ai donc quelque droit à votre indulgence (c'est à messieurs les écrivains que je m'adresse).
Je suis, etc. Abator.