Mais Ruben se détourna de lui et le refusa pareillement
7. Or, il arriva que Ruben coupa du bois sur le bord de la rivière et que sa cognée tomba dans Teau, et il ne pouvait venir à bout de la retrouver.
8. Mais Siméon, Lévi et Juda avaient envoyé un messager avec de l'argent près des Ismaélites, et avaient acheté chacun une cognée.
9. Alors Ruben vint à Siméon et lui dit : « Vois, j'ai perdu ma cognée et mon ouvrage n'est pas terminé, prête-moi la tienne, je t'en prie. »
10. Et Siméon répondit en disant : « Tu n'as pas voulu me prêter ta cognée, c'est pourquoi je ne te prêterai pas la mienne. >
11 . Et alors il alla trouver Lévi et lui dît : « Mon frère, tu connais ma perte et mon besoin, préte-moi, je te prie, ta cognée. »
là. Et Lévi lui fit des reproches en disant : « Tu n'as pas voulu me prêter ta cognée quand je la désirais; mais je serai meilleur que toi et je te prêterai la mienne. »
13. Et Ruben fut blessé de la réprimande de Lévi; tout honteux, il s'en retourna sans prendre la cognée; et il chercha son frère Juda.
14. Et comme il approchait, Juda vit sa fa6e couverte de hont^ et de douleur; il le prévint en lui disant : « Mon frère, je connais ta perte, pourquoi t'afflige-t-elle? est-ce que je n'ai pas une cognée qui peut servir à toi et à moi; prends-là, je te prie, et uses-en comme de la tienne. »
15. Et Ruben se jeta à son cou et T.embrassa avec larmes en disant : « Ta complaisance est grande , mais ta bonté en me pardonnant est encore plus grande; ta es vraiment mon frère, et tant que je vivrai je t'aimerai certainement. »
16. Juda dit : « Aimons aussi nos autres frères, vois, ne sommes-nous pas tous du même sang ? >
17. Et Joseph vit ces choses; il les rapporta h son père Jacob.
18. Et Jacob dit : « Ruben a eu tort, mais il s'est repenti; Siméon aussi a eu tort, Lévi n'a pas été exempt de blâme.
19. c Mais le cœur de Juda est d'un prince; Juda a l'âme d'un roi. Les enfants de son père se prosterneront devant lui et il régnera sur ses frères. »
DE l'Émigration.
Écrit vers 1774.
A Féditeur du Public advertiser
Monsieur ,
Dans votre numéro du mardi , 1 6 novembre , vous nous donnez « un projet de loi à présenter au prochain parlement pous prévenir l'émigration de notre peuple. » Je ne sais pas ce qu'il y a de sérieux dans ce projet, mais comme le plan est fort détaillé, je suppose qu'il y a quelque chose sous jeu , et qu'on Tance cette idée pour tâter le pouls an public. Avec votre permission, je dirai à vos lecteurs ce que je pense de ce projet.
Depuis un siècle et demi que les Anglais ont eu pleine liberté d'aller s'établir en Amérique, on n*a jamais fait de loi pour restreindre celte liberté, et confiner les Anglais dans leur ile comme des prisonniers. On ne voit pas davantage que cette émigration ait produit dé mauvais effets. Nos propriétés, loin de diminuer de valeur, faute de bras, ont plus que doublé, les terres sont en général mieux cultivées, leurs produits, qui ont augmenté, se vendent aisément à des prix supérieurs, et si l'on s'est plaint depuis quelque temps, ce n'est pas qu'il manque de bouches pour consommer notre viande, c'est au contraire qu'il manque de viande pour nourrir toutes nos bouches .
Pourquoi donc cette loi restrictive est-elle aujour^ t]f '/lui nécessaire? Un paragraphe que votre journal emprunte à VEdimburgh Courant j jettera peut-être quelque lumière sur cette question. Il y est dit : que depuis
deux ans quinze cents personnes ont quitté le comté de Sutherland pour ëmigrer en Amérique , qu'elles ont emporté avec elles sept mille cinq cents livres sterling, ce qui dépasse le revenu annuel de tout le comté, que, sans parler de la perte d'hommes et d'argent que souffre la métropole, la seule pensée de la misère que la plupart de ces émigrants auront à souffrir en Amérique, devrait engager Tatteniion non-seulement des grands propriétaires, mais aussi de C administration.
L'écrivain, plein d'humanité, qui a rédigé ce paragraphe, peut, j'imagine, se consoler par la réflexion que les souffrances qu'il redoute pour les émigrants, n'auront jamais lieu ; car il est probable que ce qui a décidé ces pauvres gens à se rendre en Amérique , ce sont les récits authentiques qu'ils ont reçus de leurs parents et amis là-bas; ils ont pu comparer le bonheur dont on jouit en Amérique avec la misère qu'ils ne connaissent que trop au logis. £t, comme politique, l'écrivain peut encore se consoler en se disant que, si les émigrants trouvent une plus grande misère en Amérique, les lettres où ils nous la peindroot, auront plus de crédit que VEdimburgh Courant , et arrêteront l'émigration effectivement et sans qu'il soit besoin d'une loi.
Quelques-uns des chefs écossais n'aiment plus, diton, à vivre sur leurs domaines , au milieu de leurs tenanciers dévoués, et dans Thonorable indépendance où ils sont nés ; ils préfèrent une vie de luxe, et la dépendance d*un courtisan, ils ont dernièrement élevé leurs fermages de façon tort lourde, pour l'aire face à leurs dépenses. Le prix de ces fermages se mange à Londres, au grand préjudice du pauvre comté de Su-
in
therland; cependant nal journal d'Édimboui^ ne s'en plaint; mais aujourdliai que le tenancier opprimé s'enfuit, et emporte avec lui ce qu'il aurait pu fournir à la magni6cence de son seigneur à Londres, voilà le journaliste qui commence à 6*attendnr pour la mère PATRIE, sur l'énorme perle de sept mille cinq cents livres sterling portées aux colonies ! On invoque l'administration afin qu elle porte remède au mal par quelque nouvel affaiblissement de la liberté anglaise. Et certes, l'administration doit faire quelque chose pour ces gentilshommes qui font tout pour l'administration.
N'y a-t-il pas un remède plus facile ? Qu'ils retournent à leur manoir de famille , qu'ils vivent parmi leur peuple, et, au lieu de le tondre et de l'écorcher, qu'ils le protègent et l'aiment, qu'ils favorisent l'intérêt de leurs tenanciers, qu'ils en encouragent le travail, qu'ils en améliorent la situation. Si ces pauvres gens sont plus heureux au pays qu'ils ne pourraient l'être au dehors, on ne les décidera pas aisément à traverser l'Océan. Mais le seigneur peut-il les blâmer de quitter leurs foyers pour chercher une vie plus aisée , quand lui-même et le premier, il en donne l'exemple.
J'examinerai le projet de loi.
P Au point de vue de la nécessité ;
2*» De la possibilité ;
3* De la politique; et
4® De la justice.
Permettez-moi quelques mots sur chacun de ces chapitres.
1® Nécessité.
Si un pays a plus d'habitants qu'il n'en peut nourrir
dans Taisance, ceux qui sont gênés se décideront peutêtre à émigrer. Aussi longtemps que la nouvelle situation sera de beaiLCOup préférable à l'ancienne , il est possible que Témigration continue. Mais quand peu à peu sont partis ceux qui, au pays, disputaient aux autres les fermes, les boutiques, les affaires, les fonctions et autres moyens de subsistance, les inconvénients de la concurrence cessent; les gens qui restent, ne s'affament plus mutuellement. Ils trouvent qu'ils peuvent vivre à l'aise, moins bien peut-être que ceux qui ont émigré, mais l'attachement au sol natal est suffisant pour contrebalancer cette légère différence ; et alors l'émigration cesse naturellement. Les eaux de l'Océan forment des courants d'un point du globe à l'autre , en grossissant d'un côté , en diminuant de Tautre ; mais aucune loi, hormis la loi de gravité, n'est nécessaire pour empêcher ces eaux d'abandonner entièrement leurs rivages. De même façon , les différents degrés du bonheur en différents pays et différentes situations trouvent, ou plutôt font eux-mêmes leur niveau, par le flux et le reflux des peuples; une fois le niveau trouvé, l'émigration s'arrête.
Ajoutez à cela qu'une véritable diminution de population, causée par la guerre ou l'épidémie , est bientôt réparée par des mariages contractés plus tôt et plus féconds, mariages qu'encourage une plus grande facilité d'obtenir des moyens d'existence. Un pays à demi dépeuplé sera bientôt repeuplé , jusqu'à ce que la population soit au niveau des moyens d'existence. Tout ce qui dépasse ce point, doit mourir, ou chercher une situation plus favorable. Ces débordements de population, l'humanité en a vu dans tous les siècles ; autrement
nous n'aurions pas tant de nations. Mais craindre que l'émigration amène une complète dépopulation, et implorer une loi pour l'arrêter , c'est implorer une loi pour qu'on arrête la Tamise , de peur que les eaux qu'elle laisse chaque jour à Gravesend ne l'aient bientôt épuisée. Une pareille loi n'est donc pas nécessaire.
2* Possibilité.
Quand je considère les essais qu'on a faits pour empêcher l'émigration, d'abord au temps de Tarchevêque Laud, par des ordres du conseil, afin d'arrêter les Puritains qui fuyaient devant la persécution jusque dans la Nouvelle- Angleterre, et plus tard quand Louis XIV voulut garder dans son royaume les Huguenots persécutés ; quand je vois combien fut inefficace tout le pouvoir de la couronne dont s'armait l'archevêque, et toute la puissance absolue du grand monarque de France; quand enfin je considère l'étendue des côtes à garder, la multitude de croiseurs nécessaire pour faire de cette île une prison, et y retenir de libres Anglais, qui naturellement aiment la liberté, et que probablement la contrainte ne ferait qu'exciter , je ne puis m'empêcher de croire que la loi est impraticable. Les bureaux ne délivreraient pas de permis d'embarquer, les ports seraient fermés à l'émigration, et cependant les gens résolus à partir émigreraient par pleins vaisseaux, comme firent les Puritains.
3** Politiqtie.
J'ai montré que la Grande-Bretagne ne court aucun danger d'être dépeuplée, et que la place de ceux
qui partent y sera bientôt remplie jusqu'au niveau des moyens de subsistance ; voyons maintenant s'il n'y a pas quelques avantages généraux à attendre de l'émigration actuelle. Les nouveaux colons qui s'établissent en Amérique , ne tardent guère à se marier. La vie étant facile, et la terre, qui leur permet d'établir leurs enfants, étant à bon marché , ils n*ont pas peur de la pauTreté. Leur accroissement naturel est donc beaucoup plus considérable que s'ils étaient restés au pays. Chaque jour de nouvelles fermes s'établissent dans ces immenses forêtn ; de nouvelles villes et de nouveaux villages s'élèvent; de là accroissement de demandes pour nos marchandises, plus de travail pour nos fabricants, plus de richesse pour nos marchands. Par cet accroissement naturel de la population, la force de l'empire augmente ; il y a une foule d'hommes pour former, à l'occasion, de nouvbUesarn^ées, ûu recruter les anciennes. Les longues côtes de ce vaste pays, le grand commerce de ses ports entre eux , ses nombreuses rivières et ses lacs navigables, ses abondantes pêcheries, nourrissent une multitude de marins , sans parler de ceux qu'ont fait naître et qu'emploient les communications avec r£urope. Il y a là une pépinière toujours croissante pour fournir des hommes à nos flottes en temps de guerre , et pour maintenir notre rang parmi les nations, grâce à cette marine , qui est aussi notre meilleure garantie contre les invasions de l'ennemi. Une extension d'empire qu'on obtient par la conquête de pays habités, n'est pas si facile à acquérir ; elle n'est pas aussi sûre , elle inquiète les voisins; la révolte y est plus à craindre , et c'est bien plus une occasion de nouvelles guerres.
Au contraire, quand un empire grandit par des colonies sorties de son sein, par la croissance naturelle de son peuple, les voisins ne peuvent s'en plaindre comme d'un dommage ; personne n*a le droit d'en être blessé. Vos nouvelles possessions sont donc plus sûres, elle sont acquises à meilleur marché, elles sont attachées à votre nation par une alliance et une affection naturelles ; c'est ainsi qu*elles vous apportent un accroissement de force, sur quoi vous pouvez compter plus certainement que sur des conquêtes faites au prix d'immenses sacrifices de sang et d'argent. Voilà, ce me semble, des avantages nationaux qui font plus que balancer les désagréments que souffrent quelques grands propriétaires d'Ecosse ou d'Irlande ; tout leur malheur sera de diminuer un peu leur luxe, ou de baisser un peu le taux du fermage qu'ils demandent avec tant de dureté.
De ces considérations, je crois que je puis conclure qu'une loi, qui défend l'émigration, est une loi uipoli-