‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 44 sur 109 · TIQUE · texte numérisé non relu

TIQUE

4* Justice.

Je maintiens que tout Breton qui est malheureux dans son pays, a le droit d*émigrer des domaines de Sa Majesté sur le territoire de tout autre prince , et d'aller là où il peut être plus heureux. Si l'on me nie ce droit, au moins m'accordera-t-on que tout Breton a le droit de s'établir dans une partie quelconque de l'empire. C'est en vertu de ce droit que tant d'Ecossais émigrent en Angleterre, soulageant ainsi leur pays natal , et par leur travail servant le nôtre. Il en est de même pour ceux qui vont en Amérique. Pour conten-

ET D'ÉCONOMIE POUTIQUE. Itl

ter ces Lairds écossais, faudra-t-il une loi pour attacher leurs tenauciers à la glèbe où ils sont ués , pour les vendre et les acheter avec elle? Dieu a donné aux bêtes des forêts, aux oiseaux de l'air le droit d*émigrer dans des contrées plus favorables, quand la nourriture leur manque en un canton. Pour gratifier l'avarice de quelques grands propriétaires, refusera- t-on à Thomme un privilège dont jouissent les brutes? Faut-il que la misère soit rendue permanente^ et qu'elle soit soufferte par beaucoup d'hommes, pour l'avantage d'un seul; faut-il que l'accroissement des êtres humains soit empêché, et que des milliers d'enfants soient pour ainsi dire écrasés dans l'œuf, afin qu'un petit Pharaon puisse jouir d'un excès d'opulence ? Dieu a commandé k l'homme de croître et de remplir la terre ; la loi pro* posée prohiberait l'accroissement, et réduirait les Bretons à leur chiffre actuel en en condamnant la moitié à la misère. Par les taxes qu'ils ont payées, et le sang qu'ils ont versé, le peuple de Bretagne et celui d'Irlande ont contribué au succès de cette guerre qui a mis dans nos mains les vastes déserts de l'Amérique du nord, pays à qui le ciel dans sa faveur a donné tous les avantages du climat et du sol. Les Allemands y débordent pour en prendre possession et l'emplir de leur race; Bretons , Irlandais , vous qui avez un titre bien plus fort, vous ôtera-t-on votre part? Au lieu de jouir de l'abondance et du bonheur qui, là-bas, récompenseraient votre travail, vous forcera-t-on à rester ici dans . la misère et la pauvreté ?

Ces considérations me prouvent que la loi proposée serait injuste et inhumaine.

Si cette loi n'est ni nécessairey ni praticable, ni po-

litiguey ni juste, j'espère que le parlement n'accueillera jamais ce bill; il laissera les grands propriétaires chercher eux-mêmes un remède dans l'abaissement du fermage ou dans TécoDomie ; et il laissera les libertés des Bretons et des Irlandais aussi étendues au moins qu'il les a trouvées.

Je suis, monsieur, etc.

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