‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 45 sur 109 · UN AMI DU PAUVRE · texte numérisé non relu

UN AMI DU PAUVRE

l'aigle et le chat {fable).

A la veille de la séparation de l'Angleterre et de l'Amérique, Franklin qui, au milieu de tant d'agitation, gardait sa présence d'esprit et sa vivacité, improvisa un jour une fable qui nous a été conservée par John Adams, le second président des États- Unis. C'était de la bouche même de Franklin qu' Adams tenait cet apologue.

Un soir, chez un lord anglais, la conversation ayant porté sur les fables, une personne avança qu'Ésope, la Fontaine et Gay avaient épuisé le sujet. La compagnie approuva ce jugement, Franklin garda le silence. Pressé de donner son avis, il finit par dire qu'il croyait la fable une mine inépuisable. «Enferiez- Yous une, lui demanda- t-on? » Franklin répondit que si on voulait lui donner une plume et de l'encre, il en ferait une sur-le-champ. Et en quelques minutes il écrivit l'apologue suivant qui exprime de façon ingénieuse l'embarras où se trouvait l'Angleterre après avoir provoqué l'Amérique.

c II y avait une fois un aigle qui, tournant autour d'une fenne, et épiant un lièvre, tombe comme la foudre sur sa proie, la saisit dans ses serres, et l'emporta dans les airs. L'aigle s'aperçut bientôt qu'il avait affaire à un animal de plus de courage et de plus de force qu'un lièvre; car, malgré la finesse de sa vue, il s'était trompé; c'était un chat qu'il avait pris. Non-seulement le chat se débattait k outrance, mais il s'était dégagé des serres de l'aigle, Pavait saisi au corps avec ses quatre griffes, et lui enfonçait ses dents dans la gorge, c Lâche-moi, dit l'aigle, et je te lâchet rai. — Fort bien, dit le chat, je n'ai nulle envie de tomt ber de cette hauteur pour être écrasé et mourir en mille c morceaux. Tu m'as enlevé, descends, et remets-moi où c tu m'a pris. » Et l'aigle vit qu'il était nécessaire de descendre comme le chat lui avait dit. >

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