APOLOGUE
Ltorif roi d'une certaine forêt, avait parmi ses sujets un corps de chiens fidèles, attachés à sa personne et à son gouvernement, par principe et par affection. Avec leur secours, il avait étendu ses domaines et était devenu la terreur de ses ennemis.
Lion, cependant, influencé par de méchants conseillers, prit les chiens en aversion ; il les condamna sans les entendre et' ordonna à ses tigres, à ses léopards et à ses panthères de les attaquer et de les détruire.
Les chiens firent d'humbles pétitions, mais leurs pétitions furent rejetées avec arrogance. Ils furent forcés de se défendre, ce qu'ils firent bravement.
Parmi eux feulement un petit nombre de métis, moitié loups, moitié renards, se laissèrent corrompre par les promesses royales, et comptant sur une grande récompense, ils abandonnèrent les honnêtes chiens et se joignirent à leurs ennemis.
A la fin les chiens furent victorieux, on fit un traité de paix, dans lequel le Lion reconnut leur liberté, et renonça à toute autorité sur eux.
1. C'est une allusion aux réclamations des LoyalisteSf ou Américains qui, dans la révolution, avaient souffert, à cause de leur attachement aux Anglais. Les chiens sont les Américains , la race métisse sont les tories ou loyalistes.
. Les métis, qu'on ne laissa pas rentrer, demandèrent anz royalistes la récompeDse qu*on leur avait promise.
Un conseil solennel fut tenu pour examiner cette demande.
Les loups et les renards furent unanimes à déclarer que la demande était juste, que toute promesse royale était sacrée, et que tout sujet loyal contribuerait voIodtiers pour aider Sa Majesté à la remplir.
Seul, le cheval, avec une hardiesse et une liberté qui font la noblesse de sa nature, se prononça pour Tavis contraire.
< Le roi, dit-il, a été trompé par de mauvais ministres; il lui ont fait faire une guerre injuste à ses fidèles sujets. Il faut acquitter honorablement les promesses royales quand elles sont faites pour nous encourager à agir pour le bien public, mais si elles sont faites pour nous pousser à nous tromper et à nous détruire les uns les autres, elles sont mauvaises et nulles dès le commencement. Ceux qui les ont conseillées, ceux qui, pour les gagner ont tué, loin d'être récompensés devraient êti'e sévèrement punis. Voyez combien notre force commune est déjà diminuée par la perte que nous avons faite. Si vous aide2 le roi à récompenser ces fratricides, vous établirez un précédent, dont s'autorisera quelque tyran futur pour faire les mêmes promesses ; et tout exemple de récompenses données à ces brutes cruelles ajoutera au poids de ces promesses. On pourra semer la division parmi les chevaux et les taureaux comme on l'a fait parmi les chiens, et on produira, à son gré, des guerres civiles, jusqu'à ce que nous soyons tellement affaiblis qu'on ne puisse plus trouver dims la forêt ni liberté, ni sécurité, et qu'il ne nous
reste plus d'autre ressource qu'une abjecte soumission à la volonté d'un despote qui nous dévorera à son plaisir.
Le Conseil eut assez de sens pour décider que la demande serait rejetée.