‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 68 sur 109 · OBSERVATIONS SUR LA GUERRE · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS SUR LA GUERRE

Suivant la première loi des nations, la guerre et la destruction étaient destinées à punir Tinjure. Ens'humanisant par degrés , la guerre admit l'esclavage au lieu de la mort; un pas de plus et l'échange des prisonniers succéda à l'esclavage; enfin, pour respecter davantage la propriété des particuliers, les conquérants se contentèrent de régner sur eux.

Pourquoi cette loi des nations ne s'améliorerait-elle pas encore? Des siècles se sont écoulés entre les divers adoucissements qu'elle a éprouvés : mais comme de nos jours l'esprit humain a fait des progrès plus rapides, pourquoi ces adoucissements ne marcheraient-ils point du même pas? Pourquoi n'établiraiton pas un nouveau droit des gens ; pourquoi ne conviendrait-on pas que dans les guerres à venir, on ménagerait certaines classes d'hommes , que les deux partis protégeraient également, et à qui on permettrait de se livrer à leurs travaux avec sécurité? Ces hommes seraient :

P Les agriculteurs, parce qu'ils travaillent pour la subsistance du genre humain .

ET D'ÉCONOMIE POUTIQUE. 203

â"" Les pêcheurs, et par la même raison ;

3® Les marchands et commerçants, dont les navires ne sont point armés, et qui sont utiles aux différentes nations, en leur portant des denrées nécessaires ou les commodités de la vie ;

4^ Les artisans et les ouvriers qui travaillent dans des villes sans défense.

Il n'est pas, sans doute , nécessaire d'ajouter qu'on n'inquiéterait pas les hôpitaux de l'ennemi, bien plus, on les secourerait au besoin. L'intérêt général de l'humanité exige qu'on diminue les causes de la guerre, et tout ce qui peut exciter à la faire. Si l'on abolissait le pillage, il y aurait moins d'ardeur à combattre, et vraisemblablement la paix serait plus assurée et plus durable.

La course est un reste de l'ancienne piraterie; et quoiqu'elle soit accidentellement avantageuse à quelques particuliers, elle est loin de l'être à tous ceux qui l'entreprennent^ ou à la nation qui l'autorise. Au commencement d'une guerre, quelques navires richement chargés sont surpris et enlevés ; cela encourage les premiers armateurs de corsaires à en armer de nouveaux. Beaucoup d'autres les imitent. Mais, en même temps, Tennemi devient plus prudent. Il équipe mieux ses vaisseaux marchands, et les rend plus difficiles à prendre. Il les fait marcher plus souvent sous la protection d'un convoi. Ainsi tandis que les corsaires se multiplient, les navires qui peuvent être pris et les chances du profit diminuent ; il y a beaucoup de croisières où les dépenses surpassent le gain. C^est alors une loterie comme les autres. Un petit nombre de particuliers y gagne, la masse de ceux qui y mettent^ i^^^d..

La totalité de ce cpe coûte l'armemeot de tous les corsaires , durant le cours d'une guerre, excède de beaucoup le montant de toutes les prises.

Ainsi, une nation perd tout le travail de beaucoup d'hommes, pendant le temps qu'ils sont employés à voler. En outre, ce que ces hommes acquièrent, ils le dépensent en querelles, en ivrognerie, en débauche. Ils perdent l'habitude du travail. A la paix, ils sont rarement propres à reprendre des occupations honnêtes, et ne servent qu'à augmenter le nombre des voleurs de grand chemin et des brigands.

Les armateurs mêmes qui ont été heureux sont aveuglés par la rapidité de leur fortune ; ils se livrent à nue manière de vivre dispendieuse, et ne pouvant plus y renoncer lorsque les moyens d'y suffire disparaissent, ils finissent par se ruiner : juste punition de Textravagante cruauté qu'ils ont eue de ruiner les familles de beaucoup d'honnêtes commerçants, employés à servir l'intérêt commun du genre humain.

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