C'est-à-dire: au temple
meuble avec élégance, y yit de façon coûteuse, et fc ruine en peud^années; mais les maçons, les charpentiers, les serruriers et d'autres honnêtes ouvriers qu'il a fait travailler, ont pu, par ce moyen, entretenir et élever leur famille. Le fermier a été payé de sa pein^ et encouragé, la maison a passé en de meilleures mains.
Il est, à la vérité, certains genres de luxe qui peuvent devenir un mal public, ils sont déjà un mal particulier. Par exemple, si un pays exporte son bœuf et sa toile pour importer du vin de Bordeaux et du Porter, tandis qu'une partie de ses habitants ne vit que de pommes de terre et n'a point de chemises, en quoi cela dififère-t-il de ce que fait un fou qui laisse sa famille souffrir de la faim et qui vend ses vêtements pour acheter de quoi s'enivrer? Notre commerce américain est, jel'avoue, un peu sur ce chemin. Nousvendons nos vivres aux Antilles, pour nous procurer du rhum et du sucre ; c'est-à-dire, nous donnons le nécessaire pour le superflu. Comme nous avons abondance de produits naturels, ce commerce ne nous empêche pas de bien vivre ; mais si nous étions plus sobres, nous pourrions être plus riches.
L'immense quantité de forêts que nous avons encore à défricher rendra longtemps notre nation laborieuse et frugale. Si l'on jugeait du caractère et des mœurs des Américains, par ce qu'on voit dans les ports, on se tromperait beaucoup. Les habitants des villes commerçantes peuvent être riches et adonnés au luxe, tandis que la campagne possède toutes les vertus qui contribuent au bonheur et à la prospérité publique. Les villes ne sont pas très-considérées par les campagnards. Ils les regardent à peine comme une
partie essentielle de TÉtat; et l'expérieDce de la dernière guerre a prouvé, que quand elles étaient au pouvoir de Tennemi, elles n'entratoaient pas nécessairement la sujétion des campagnes, qui continuaient vaillamment a défendre leur liberté et leur indépendance.
Quelques arithméticiens politiques ont compté que si chaque homme et chaque femme voulait travailler quatre heures par jour à quelque chose d'utile, ce travail suffirait pour procurer à chacun toutes les nécessités et les agréments de la vie; le besoin et la misère seraient bannis du monde, et le reste des vingt-quatre heures pourrait être donné au repos et au plaisir.
Qu'est-ce qui occasionne donc tant de besoins et tant de misère? C'est qu'on emploie beaucoup d'hommes et de femmes à des tra7aux qui ne produisent ni ce qui est nécessaire, ni ce qui est commode pour vivre ; ces personnes-là, ainsi que celles qui ne font rien, consomment les objets de première nécessité; produits par les gens laborieux. Je m'explique.
Le travail arrache du sein de la terre et des eaux les premiers éléments de la richesse. J'ai de la terre, et je produis du bled. Si, avec ce bled, je nourris une famille, qui ne fasse rien, mon grain sera consommé, et à la fin de Tannée, je ne serai pas plus riche que je ne Tétais au commencement. Mais si, en nourrissant ma famille, j'en occupe uue parlie à filer, Tautre à faire des briques et d'autres matériaux pour bâtir, le prix de mon bled me restera, et au bout de Tan, nous serons tous mieux vêtus et mieux logés. Que si au lieu de nourrir un homme à faire des briques, je le fais jouer du violon pour m'amuser, le bled qu'il cou-
somme s'en va; rien de son travail ne reste pour augmenter la richesse et TaisaDce de la famille. Je serai donc appauvri par mon joueur de violon, à moins que le reste de ma famille n*ait travaillé davantage ou mangé moins, pour combler ce déficit.
Considérez le monde, voyez ces millions d'hommes, employés à ne rien faire, ou, du moins, à faire des choses qui ne produisent rien, tandis qu*on est embarrassé pour se procurer les commodités de la vie, et même le nécessaire. Qu'est-ce, en général, que ce commerce pour lequel nous nous battons et nous nous égorgeons les uns les autres? Des millions d'hommes se fatiguent pour des superfluités, et perdent souvent la vie, en s'exposant aux dangers de la mer ? Que de travail ne perd-on pas, en construisant et en équipant de grands vaisseaux, pour aller chercher du thé en Chine, du café en Arabie, du sucre aux Antilles, et du tabac dans l'Amérique. On ne peut pas dire que ce soient là des choses nécessaires à la vie; nos pères vivaient fort bien sans cela.
On peut faire une question. Tout ce peuple qui est maintenant employé à recueillir, à produire ou à charier ces superfluités, pourrait-il subsister en cultivant des denrées de première nécessité ? Je crois que oui. La terre est vaste, une grande partie est encore sans culture. En Asie, en Afrique, en Amérique, il y a des centaines de millions d'acres qui sont encore en forêts; il y en a même beaucoup en Europe. Un homme deviendrait un fermier d'importance en défrichant cent acres de ces forêts; et cent mille hommes, occupés à défricher chacun cent acres, ne feraient pas une clairière assez grande pour être visible de la lune^ à moins qu'on n'y
eût le télescope d'Herschel; tant sont vastes les pays que les bois couvrent eucore I
Néaumoins, on éprouve quelque consolation à songer que, parmi les hommes, il y a encore, à tout prendre, plus d'activité et de prudence que de paresse et de folie. De là cette augmentation dé beaux édifices, de fermes bien cultivées, de villes riches et populeuses, qui couvrent toute )*Europe, et qu'on ne trouvait autrefois que sur les bords de la Méditerranée. Et tout cela, malgré des guerres insensées, dont la rage éternelle détruit souvent en un jour l'œuvre de plusieurs années de paix. Nous pouvons donc espérer que le luxe de quelques armateurs ne causera pas la ruine de l'Amérique.
Encore une réflexion, et je termine les divagations de cette longue lettre. Presque toutes les parties de notre corps nous obligent à quelque dépense. Nos pieds ont besoin de souliers, nos jambes de bas, le reste du corps exige des habillements, et le ventre une bonne quantité de nourriture. Quoique excessivement utiles, nos yeux, quaud nous sommes raisonnables, ne demandent que le secours peu coûteux de lunettes, cela ne peut pas déranger beaucoup nos finances. Ce sont les yeux d*autrui qui nous ruinent. Si tout le monde était aveugle, excepté moi, je n'aurais besoin ni de beaux habits, ni de belles maisons, ni de beaux meubles.
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