‹ Essais de morale et d'économie politique de Benjamin FranklinChapitre 90 sur 109 · Prison de Londres · texte numérisé non relu

Prison de Londres

vendues dans notre viUe par les hommes craignant Dieu. »

La race de ces hommes craignant Dieu est probablement éteinte en Ecosse; ils ont, da moins, renoncé à leurs principes, puisque cette nation a poussé autant qu'elle Ta pu à faire la guerre aux colonies de l'Amérique, et que les prises et les confiscatioDS en ont été, dit-on, un des grands motifs.

C'est aujourd'hui une opinion généralement reçue qu'un soldat ne doit pas s'informer si la guerre où on l'emploie est juste ou non; il doit exécuter les ordres qu'on lui donne. Tous les princes qui inclinent à la tyrannie doivent sans doute approuver cette opinion et chercher à l'établir. Mais n'est-elle pas dangereuse? D'après ce principe, si le tyran commande à son armée d'attaquer et de détruire nonseulement une nation voisine qui ne Ta point offensé, mais même ses propres sujets, Tarmée doit obéir.

Dans nos colonies, un nègre esclave à qui son maître ordonne de voler et d'assassmer un voisin, ou de commettre quelque autre action immorale , peut refuser d'obéir; le magistrat le protège dans son refus. L'esclavage d'un soldat est donc pire que celui d'un nègre I Un officier qui a de la conscience, s'il n'est pas retenu par la crainte de voir attribuer sa démarche à une tout autre cause, peut donner sa démission plutôt que de servir dans une guerre injuste : mais les simples soldats sont esclaves toute la vie, et peut-être aussi ne sont-ils pas en état de juger par eux-mêmes. Nous ne pouvons que déplorer leur sort, et plus encore celui d'un matelot, qu'on arrache de force à ses occu-

patioDS honnêtes et qu*on oblige à tremper ses mains dans le sang innocent.

Mais il me semble que des marchands, c'est-à-dire des hommes plus éclairés par leur éducation, et absolument libres de toute contrainte, devraient considérer si une guerre est juste, avant d'engager volontairement une bande de coquins pour attaquer des confrères, les marchands d*uoe nation voisine, piller leurs propriétés, les ruiner avec leurs familles s'ils se rendent sans combattre, ou les blesser, les estropier, les assassiner, s'ils essayent de se défendre. Cependant ce sont des marchands chrétiens qui font ces choses dans une guerre just^ ou non; et il est difficile qu'elle soit juste des deux côtés. Voilà ce que font des marchands anglais et américains, qui, malgré cela, se plaignent d'un vol particulier, et pendent par douzaines les voleurs qu'ils ont instruits par leur exemple.

Il est grand temps que pour le bien de l'humanité on mette un terme à ces horreurs. Les États-Unis d'Amérique sont mieux placés que les Européens pour tirer avantage de la course (puisque la plus grande partie du commerce de l'Europe avec les Antilles se fait kleur porte); mais ils font tout ce qui dépend d'eux pour abolir cette pratique, en offrant d'insérer dans tous leurs traités avec les autres puissances un article par lequel on s'engage solennellement et réciproquement, en cas de guerre, à ne point armer de corsaires et à laisser passer, sans être molestés, les vaisseaux marchands qui ne seront point armés ^.

1. Cette offre ayant été acceptée par le roi de Prusse, Frédéric II , il fut conclu entre ce monarque et les Ëtats-Unîs un traité d^amitié et de commerce , contenant un article dicté par

Ce serait un heureux perfectionnement de la loi des nations. Tont ami de la justice et de l'humanité doit désirer qqe cette proposition réassisse.

Recevez les assurances de mon estime et de mon inaltérable amitié. B. F.

rhumanité et la philanthropie. On y reconnaît la main de Franklin, qui était un des plénipotentiaires américains.

Art. XXIII.

« Si la guerre a lieu entre les deux nations contractantes, les « marchands de Tune qui résideront dans les Ëtats de l'autre, « pourront y demeurer neuf mois pour se faire payer de leurs « créances et régler leurs affaires, et partiront ensuite librement, c emportant tous leurs effets sans aucun empêchement ou moc lestatioD quelconque. Toutes' les fenmies, les enfants, les étu- « diants de toutes les facultés, les agriculteurs, les artisans, les « manufacturiers, les pêcheurs, et les habitants non armés des c villes, des villages et autres places sans fortifications, et en « général tous ceux qui travaillent pour la subsistance et le « bien de l'humanité, pouiront continuer à se livrer à leurs occ cupations , sans être molestés dans leur personne , sans qu'on <c brûle leurs maisons et leurs marchandises , ou qu'on les déc truise en aucune manière, et sans que la force armée de Ten- « nemi ravage leurs champs, en aucun des lieux où elle pénétrera : « mais si elle a besoin de prendre quelque chose pour son usage. « elle le payera à un prix raisonnable. Tous les vaisseaux mar- « chauds, employés à l'échange des différents pays, et rendant M ainsi les objets de première nécessité et les commodités de la « vie plus faciles à obtenir et plus communs , pourront passer « librement et sans molestation ; et ni Tune ni l'autte des puis- « sauces contractantes ne délivrera des lettres de marque & « aucun particulier, pour l'autoriser à prendre ou détruire les c vaisseaux marchands, ou à interrompre leur commerce. »

A NOAH WEBSTEB.

Réforme (Talphabet.

Philadelphie, 18 juin 1786.

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 24 du mois dernier, avec le modèle d'alphabet réformé que vous y avez joint. Je crois que la réforme est nécessaire et facile. Mais j'ai tant de choses à vous dire sur ce sujet que je désire vous voir : nous en conférerons ensemble. Gela nous épargnera une grande perte de temps et d'écritures, car, jusqu'à ce qu'Hun pareil alphabet soit fixé, on ne pourrait que très-difficilement expliquer et analyser des sons sur le papier.

J'ai naguère étudié à fond cette question; j'ai imaginé différents moyens de la mettre à exécution pour arriver graduellement à une réforme générale. Nos idées ont tellement de rapport entre elles que je ne doute pas que nous ne nous entendions aisément sur le plan à suivre; vous pouvez ' compter que je ne négligerai rien pour l'appuyer. Je le considère comme faisant partie de votre Institution* y dont je vous prie de m'apporter un exemplaire complet, car je n'en ai encore vu qu'une partie. Je serai alors plus à même de la recommander comme vous désirez. Comptant avoir prochainement le plaisir de vous voir, je ne vous en dis pas davantage ; mais je suis, avec une estime sincère, monsieur, voire, etc. B. F.

1. Institution grammaticale de la langue anglaise , publiée en 1784.

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