LES «ÉVOLUTIONS D'ITALIE. Ï
mieux que nous ce que nous fûmes : de mime il est tout naturel que, Ticlies de l'expérience de ce qui a suivi, nous énoncions, à propos du rôle des grands hommes du passe, des vues auxquelles ces grands hommes ne songeaient point. Je ne reproche doue pas, comme quelques-uns, à M. Ferrari d'attribuer aux événements plus de signification qu'ils n'en curent ; je lui reproche seulement de les supposer gouvernes par des formules trop absolues. Aucune des lois de l'histoire n'est vraie qu'à peu près ; assujettir l'infinie va-
s'exposer à mille démentis. Je regrette surtout que M. Ferrari se soit obligé à retrouver les lois de l'histoire italienne dans le reste de l'Europe. Colle partie de son ouvrage me parait de beaucoup la plus subtile et la plus systématique. Le profond sentiment qu'il possède des choses politiques, quand il s'agit de l'Italie, lui fait défaut sur ce terrain étranger. Loin que l'Italie ait tracé lu voie aux révolutions de l'Europe au moyen âge et dans les temps modernes, je trouve, tout au contraire, que les révolutions de l'Europe ont suivi une ligne diamétralement opposée à celle de l'Italie, et que la destinée de ce dernier pays n'est explicable que quand on s'est hien rendu compte de sa situation isolée dans la famille d'Étals créée par la ruine de l'empire romain.
manique, en détruisant les cadres "de l'administration romaine, y suli-titue lu souveraineté divisée cl envisagée comme une propriété personnelle, c'est-à-dire la féodalité. L'établissement germanique, surtout à l'époque carlovingienne, ne connaît d'abord aucune distinction du nationalités : les divisions dans l'intérieur des pays occupés par les Germains sont tracées uniquement eu vue du conquérant sans égard pour la géographie et l'ethnographie. Mais les nationalités ne lardent pas à prendre le dessus; elles le prennent en s'atLachant à une famille germanique, dont elles font leur égide et leur point d'appui. De ce pacte des anciens pays romains avec le germanisme liail la royauté moderne, es-enlicllriiiciiL tempérée, même lorsqu'elle affecte les apparences les plus absolues, essentiellement différente au moins des despolismes de l'antiquité et de l'Orient; où l'individu n'a aucun droit contre le souverain ou l'Etal. La France conmumea le jour où Robert le Fort prit en main la cause des populations abandonnées par les faibles Carluvingiens. te jour-là la France cl la maison de Fiance furent fondées du même coup; ce jour-là fut ton t raclée l'union séculaire d'où devait sortir la puissante unité des pays gaulois. Chacune des nationalités de l'Europe esl ainsi le résnl-
tilt d'une soi le de liante respectif entre les fractions démembré!.* de l'ancien empire i l une famille geruiiuriquc qui les représente. Lalimilationdes pouvoirs, inconnue dans les monarchies de l'Orient et dans les tyrannies sorties des républiques de l'antiquité, s'établit de la sorte. Le souverain a des devoirs et des droits envers ses sujets ; les sujets ont des devoirs et des droits envers leur souverain, et, le progrès des siècles venant en aide, l'Europe chrétienne arrive de la sorte au meilleur état social. que le monde aiteonnujusqu'ici.
Si nous cherchons à itppliqitiT celle lui historique à l'Italie, nous la trouvons violée ii chnque pas. Loin de saisir les oeccasions de se formel* une maison royale qui se présente sans cesse ii elle, lllalie semble prendre
former, l'ar une conspiration perpétuelle, sortant en quelque sorte de tons les points du sol, elle brise le royaume golb, qui lui offrait de si merveilleux avantages et lui assurait le meilleur apport de sang germain qu'aucun pays de l'Europe eût reçu. Les Lombards ramènent pour elle la chance d'une puissante monarchie unitaire. Les papes, interprètes du vteu italien, brisent la royauté lombarde avec lepée des Carlovingions. Rien pourtant n'était perdu encore. Après le démembrement de l'empire rarloviiigicn, nous retrouvons des rois d'Italie dans des conditions l'oi t
îù'i LES RÉVOLUTIONS D'ITALIE.
analogues à celles qui donnèrent à la France la dy- .naslie capétienne. Vain espoir! l'Italie se laisse de piuS en plus dominer par le besoin exagéré de libre action, qui lui a toujours fait préférer des maîtres éloignes et investis de pouvoirs indéfinis à des mailres nationaux et investis de po moire définis. Elle brise Béranger, comme elle avait brisé les Golbs et les Lombards : par des prodiges d'habileté, et grâce à la coopération constante de la papauté, elle rend impossible à tout jamais le titre de roi d'Italie.
A partir du dixième siècle, le sort de l'Italie est ainsi irrévocablement fixé. L'Italie n'aura pas d'unité matérielle. La division et !a haine y porteront jusqu'aux dernières limites leurs effets de morcellement. Chaque ville sera un État. Dans le sein de chaque ville il y aura autant de communautés rivales qu'il y a de quartiers, de corps de métiers, de confréries. Chaque bicoque a son histoire; des villes dont on ignore presque la place, Scmifonli, Comacino, sont le théâtre de luttes de titans, dont les récifs contemporains égalent en vivacité ceux des guerres civiles de Sparte et d'Alhèncs-. l'as de roi, pas de capitale, pas' de principe de réversion; à peine quelques ligues temporaires, presque aussitôt dissoutes que formées; mais aux deux pôles de cet étrange état social, deux puissances idéales, indéfinies, apparaissant par intervalles,