LES «EVOLUTIONS D'ITALIE
tolérées quand elles ne font non, haïes quand elles veulent gouverner. La papaulé, convertie en un dogat italien par Tliéodorat et Marozic, puis en royauté universelle par llildeljraiid ; l'Empire, sans domaine propre, surtout depuis l'extermination de la maison île llolicnslanlbi, ne correspondent pas à des divisions territoriales, ne résident nulle part. L'horreur do l'Italie pour les souverainetés concrètes et matérialisées rendait impossible la formation d'un domaine analogue à celui qui a formé le noyau de la France. Son empereur peut tout cl ne peut rien. Son pape se proclame m'uwr Deo, major hemine, cl il est matériellement si faible, que les quafre cents bandits de Xogarct, ayant derrière eux le roi de Fronce, suffisent pour le souffleter et lui porter un coup dont il ne se relève pas.
Au quatorzième et au quinzième siècle, il est vrai, au sortir des guerres municipales, quand des idées plus larpsd'impai'lialili':, dejiiiliee, iVor;jai]isaliijii,se l'iirU jour, on voit poindre quelques tentatives vers l'unité. Les républiques se sont changées en seigneuries, et quelques familles arrivent a s'attribuer surdos portons considérables du territoire italien une souveraineté presque régulière : les Visconti, en particulier, purent rêver un moment le titre de roi d'Italie. Le seigneur fait en partie ce que fait ailleurs la royauté
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et ce. à quoi les consuls cl les podestats des époques antérieures ne pensaient guère : il protège les personnes, il veille à lu sûreté ihi commerce, il réprime les violences des partis, il empêche les guerres civiles. 11 fait plus en un sens; car il fonde la Uonaissanee ut
dans le monde chrétien. Biais ici se révèle une (les lois les plus importantes 'le la politique générale, je veux dire l'impossibilité où sont les principal!) issus des gucmis civiles de se changer en dynasties. De la ré-, publique ne sort que le tyran, le Visconli, le Sforza, roi sans couronne, sans foi, sans loi, sans titre défini, tenant sa puissance d'une 'occulte e! mystérieuse nécessité ; jamais le Carlovingien, le Slanfen. l.esMédicis n'échappèrent à celle loi qu'en associant leurs droits à celui de maisons étrangères à l'Italie. Il semble qu'une nécessiié bizarre oblige lentes ies dynasties royales de l'Europe à s'appuyer sur un titre germanique, comme si le sérieux de celte race était nécessaire pour donner aux sociétés modernes leur assise et leur solidité.
Ainsi suspendue entre deux souverains impalpables, un empereur étranger et un pape cosmopolite, flottant entre ces deux extrêmes, d'être tout ou de n'être rien, manquant d'un centre matériel où elle pût organiser sa défense, que pouvait devenir l'Italie le jour où le
Di j i !;.■ Ce
régime des municipalités el des principautés du moyen i>gc devenait impossible à maintenir'.' Hélas! on ne l'aperçoit que trop. Condamnée à n'avoir ni souverain, ni capitale, ni armée nationale (Jl. Ferra ri a admirablement éclairai ce ilernior point), elle devait voir une partie de son territoire s'immobiliser an profil du seul pouvoir continu qu'elle eill dans son sein, la papa nié, et le reste devenir la proie de.- y l'u t ni ~ Hlals européens,
féodal. En cola, h vrai dire, l'Italie ne faisait quo
son histoire, semble avoir visé bien moins h l'indépendanec nationale qu'à la liberté de ses factions intérieures. Dante trouve lout naturel de menacer ses compatriotes ingrats de la colère de l'empereur; aucun parti ne se faisait scrupule, pour se venger de ses adversaires, d'en appeler aux ennemis du dehors ; l'intervention du jindm; prince étrange]' chargé d'apaiser les querelles do la cilé, ne blessait personne. A nos yeux, une administration nationale est- la première condition de la libel lé. Les idées de l'Italie sur ce point différaient si profondément des nôtres, que chaque ville trouva plus avantageux de se faire administrer systématiquement par des étrangers, et de faire un marché avec des podestats nomades, qui lo gouvernaient à forfait, en stipulant un minimum do
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tèlcs couacs. Ce détestable régime, le plus dur do tous, d'après notre manière de voir, plaisait aux villes et leur paraissait bien supérieur à la royauté; telle était l'activité intérieure de ce peuple, que le bonheur de se sentir exister en souffrant lui paraissait mille fois préférable à la pais du royaume, où l'on ne vit nue subordonné à d'autres intérêts et comme une fonction du tout.
Une antre cause, d'ailleurs, interdisait a l'Italie l'uiiitè nationale, je veux dire son rùle universel, cette sorlc de prîmatie à laquelle, depuis les jours de l'ancien Empire, elle n'a jamais renoncé. Par son alliance étroite avec la papauté, parles liens singuliers qui l'attachaient a l'Empire, par son importance financière et diplomatique, par l'énorme influence qu'elle exerçait sur les révolutions intellectuelles et sur celles du goût, l'Italie entrait dans les affaires du monde entier : il était juste que le monde entrât dans les siennes. C'est le sort des pays qui préfèrent la grandeur de leur action générale îi la centralisation intérieure d'appeler ainsi l'intervention de l'étranger. Les pays de celte sorte ne peuvent régler seuls leurs affaires. Devenue la patrie de tout le inonde, attirant à elle les intrigues de l'Europe entière, ayant dans son sein des intérêts majeurs pour tous et aussi le secret des origines de tous, l'Italie ne pouvait aspirer à la vie heu-