‹ Essais de morale et de critique (volume 2)Chapitre 26 sur 45 · I.ES RÉVOLUTIONS D'ITALIE. MB · texte numérisé non relu

I.ES RÉVOLUTIONS D'ITALIE. MB

gine un où elle n'en ait pas. Pour moi, je ne puis envisager sans terreur le jour où la vie pénétrerai l île nouveau ce sublime las de décombres. Je ne puis concevoir Morne que telle qu'elle est, musée de toutes les grandeurs déclines, rendez-vous de tous les meurtris de ce monde, souverains détrônés, politiques déçus, penseurs sceptiques, malades et dégoûtés de toute espèce, et si jamais le fatal niveau de la banalité moderne menaçait de percer celte masse compacte de ruines sacrées, je voudrais que l'on payât des prêtres et des moines pour la conserver, pour maintenir au dedans la tristesse et la misère, à l'cntour la lièvre et le désert.

Ce n'est donc ni un hasard ni une criante injustice qui a condamné l'Italie à n'être point une nation comme les autres. Elle est plus et elle est moins. La géographie, quoi qu'on en ait dit, est ici pour peu do chose. Les causes de celte singulière destinée sont bien plus profondes. L'Italie a eu son unité, mais foulé morale | aussi cette unité a-t-elle été surtout comprise par les hommes de génie. Vers 1350, quand Pétrarque écrivait sa Canz-O'ie à Cela <ic Rienzi, aucun pays n'avait encore proféré un tel accent de patriotisme : le mot de France ne devait être prononcé avec tant d'ammlf que quatre-vingts ansaprés par Jeanne d'Arc. Ce que le cœur humain peut contenir de haine, les villes rivales de l'Italie l'ont épuisé l'une contre l'autre, cl pour-

LES BfcVOI.UTIONS D'ITALIE.

archives et leurs histoires comme de grands Étals. Quand vous ne saviez mie le jargon barbare de vos docteurs subtils, moi j'avais Pétrarque, Boccacc; je lisais Homère, l'antiquité touL entière revivait dans mon sein. Qui vous a enseigné le secret de la beauté? qui a l'ail le pape? qui a fait l'empereur? qui lient encore la clef de vos consciences? et savez-vous quel [rouble s'élèverait dans le monde le jour où je rebâtirais le Capitale et laisseraiscrouler le Vatican.

Certes, à ne juger les choses que d'après nos idées modernes, une lolle grandeur est étrange, el ceux qui en sont fiers doivent parailre des hommes d'un antre âge. De plus en plus l'Europe semble s'habituer à celte idée que le repos est le but suprême des sociétés, que lout ce qui étouffe les luttes intérieures des Etais est un bien, et que l'égalité dans la sujétion peut seule préserver l'espèce humaine du retour de ces discussions religieuses et politiques qui remplissent les annales du passé. Je conviens que l'histoire d'Italie, envisagée à ce point de vue, doil inspirer une profonde pitié. Si l'idéal d'une nation est d'arriver a cet excès de timidité que toute diversité d'opinion y soit prévenue par des mesures administratives et à ce degré d'uniformité que le diapason des orgues de Barbarie v soit réglé par l'Étal, un pavs où lout différait à quelnues lieues de distance cl où la liberté de la haine

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