‹ Essais de morale et de critique (volume 2)Chapitre 35 sur 45 · LES SÉANCES DE II.WIMII. OT · texte numérisé non relu

LES SÉANCES DE II.WIMII. OT

que aumône. Ce vieillard était un scheik de Saroudj, ville voisine d'Édcssc, qui, ayant vu sa pairie prise par les chiliens, sa famille réduite en esclavage et tous ses biens ravagés, ;ivuil embrassé lu profession d'improvisateur, et s'i tait mis à courir le pays en vivant d'expédients. Nous apprenons, en effet, par un passage de l'historien Ibn-al-Alhir que la ville de Saroudj fut prise par Baudouin en janvier 1101. La physionomie de.ee singulier mendianj frappa Hariri, qui prit de eelte aventure l'idée de son personnage principal et la trame de ses récils. Ainsi, par un rapprochement bizarre, la composition de l'un des écrits les plus caractérisés de la littérature arabe se rattache à un épisode de l'histoire des croisades.

Peu d'ouvrages ont exercé une influence littéraire aussi étendue que les Siinw.es de Hariri. Du Volga au Niger, du Gange au détroit de Gibraltar, elles ont été le type du bel esprit el du beau style pour Ions les peuples qui ont adoplé avec l'islamisme la langue de Mahomet. Aujourd'hui encore elles sont classiques dans toutes les écoles musulmanes de l'Asie, surtout dans l'Inde ; et n'osl-ce pas une étrange fortune, bien propre à faire comprendre l'immense destinée du peuple arabe, que celle d'un livre composé à Bassora, imprimé pour la première fois à Calcutta, dont les deux principaux comme nia fours sont nés l'un 6 Xérès,

l'autre sur les bords de l'Oxus, et arrivé à sa forme définitive entre les mains d'un savant français? Les personnes qui ont voyagé dans le Levant s'accordent à dire que les Séances, quand elles sont lues devant la foule assemblée, ne manquent jamais leur effet ; aussi ont-elles produit de nombreuses imita lions arabes, syriaques, liébr.ïiqucs ; de mis jours même on a vu paraître en Orient quelques essais du même genre. Cette vogue, il faut l'avouer, est duc principalement

de Hariri, à ce sivlccxlravu^uul, tout cousu d'allusions, de proverbes, d'énigmes, de calembours, ;ï celle manie de n'employer que des termes rares et qui ne sauraient cire compris sans un commentaire, à ces puérilités de versification, vrais tours de passe-passe littéraires, qui n'ont d'autre mérite que celui de la difficulté vaincue. Qu'on se ligure un ouvrage lie 400 pages, écrit tout entier de ce style : « Depuis le jour où je jetai au Caire l'ancre du séjour, j'allumai mon fallut à la flamme de son génie, et je remplis la conque de mon oreille des perles de sa conversation, jusqu'à l'heure où croassa au-dessus de notre lèlç le corbeau de la séparation. Alors je lequîltai avec autant de [■oj.'vet que la paupière en éprouverait à quitter l'œil. » Inutile d'avertir que cette traduction ne raid ni les rimes, ni les allitérations, nï les jeux de mots, ni une foule d'autres

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