‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 100 sur 122 · TROISIÈME PARTIE. 21Q · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 21Q

attestés, qui établissent qu'à différentes époques, la vue des supplices a produit sur Timagination d'un certain nombre de personnes l'effet de créer en elles le besoin d'arriver, par le crime ou par le mensonge , à se donner elles-mêmes en spectacle dans ces cruelles tragédies. Des sectaires , dès mélancoliques , n'ônt-ils pas cherché aussi par des crimes la gloire d'un supplice qu'ils avaient vu endurer avec une constance de martyr? Le supplice de Jean Ghâtel fit peut-être Ravaillac. Le coupable sait que, dans nos lois actuelles, il encourt la peine de mort : ne lui laissez donc pas la pensée du danger, pensée si souvent pleine d'attrait, et qui, même dans nos préjugés, pourrait si souvent ennoblir la révolte contre les lois.

L'application de la peine de mort produit le mal moral de porter à cfoire que le meurtre n'est pas ^^rmauvais en soi, mais selon la circonstance. Lasô- •■ fciété s'élève dans l'échelle des idées morales, et elle en est parvenue à celle-ci, que le meurtre, hors le cas de défense naturelle, est toujours un crime.

Au reste, je ne fais qu'effleurer ici la théorie des peines; lorsque j'aurai à fouiller les annales de l'antiquité, pour y puiser des instructions, et ensuite lorsque j'aurai visité la Ville des Expiations, je pourrai m'expliquer avec plus d'assurance. Nous serons mieux en état d'apprécier une multitude de chosçs, par les idées nouvelles que nous

aurons acquises; je serai aussi plus avancé dans ma propre initiation; car, il faut bien que je le dise, les diverses parties de ces excursions palingénésiques sont pour moi-même une suite d'initiations successives dans lesquelles je cherche à m associer mes lecteurs. Bornons-nous donc, quant à présent, à ce qu'il y a de plus général dans cette haute question, et dans ses rapports seulement avec la peine de mort.

Dieu a droit de limiter le temps de la vie, c'està-dire la durée de la manifestation de l'homme dans le temps; cela est incontestable, non seulement parcequ'il est maître de la vie, mais aussi parcequ'il sait la destinée contingente d'une vie plus ou moins prolongée, mais sur-tout parcequ'il connaît l'instant où il est bon que l'ame soit soumise aune autre série d'épreuves. La société est une institution divine. Le droit d'infliger la peine de ). mort, qu'il lui soit concédé, pour un temps, par . ^^ la Providence, ou qu'elle se l'arrogé elle-même, ce droit peut être considéré comme une calamité de plus, à laquelle l'espèce humaine fut assujettie. Mais une calamité cesse enfin.

Si les langues sont, en effet, une cosmogonie intellectuelle où soient déposées, d'une manière synthétique, les archives du genre humain ; si une philologie indépendante est appelée à éclairer cette cosmogonie mystérieuse , que j'oserais près-

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