TROISIÈME PARTIE
que dire toute intuitive , et , sous certains rapports, toute prophétique; si enfin la faculté du langage est la seule qui ne puisse pas être progressive, alors l'intuition et la synthèse ont dû précéder l'expérience et l'analyse. J'aurai plus d'une fois occasion de produire, dans ces données, des monuments irrécusables d'un ordre de choses primitif. M. de Maistre, comme la plupart des philosophes de cet ordre, puise aux sources obscures de l'étymologie, et accorde une grande puissance à la vertu symbolique des mots. J'ai démontré, à ce sujet, que le signe avait beaucoup perdu de ses attributions et de son énergie , que les facultés primitives n'existaient plus dans nos langues modernes de l'Europe , si lentement produites par tant d'idiomes , par tant de races , par tant de siécles.Héraclite soutenait que les mots ^^étaient des empreintes exactes, ou des images des ^Hchoses exprimant les qualités naturelles des objets. Platon, dans le Cratyle, réfute Heraclite. Cette opinion n'en est pas moins un des caractères de la philosophie italique ancienne. Heraclite avait étudié les dogmes de Pythagore. Mais ce n'est point encore de cette partie cosmogonique des langues qu'il s'agit ici, partie que Platon devait peu connaître. Quoi qu'il en soit, M. de Maistre, trop souvent inattentif aux faits nouveaux, a vu, dans les mots supplice et supplier, une racine com-
mune. Cette identité n'est pas aussi intime que peut le croire l'apôtre du passé; et, dans tous les cas, ce serait, à mon avis, le signe démonétisé , d'une forme sociale qui va périr, d'une initiation I finie ; car , ainsi que je l'ai dit , le moment est venu où le genre humain ne sera plus tenu de supplier' par le shng.
Toutefois j'ajouterai ceci à la remarque de M. de Maistre, non pour Tappuyer, mais pour fixer l'époque où elle put être vraie.
Le mot sacré et condamné sont le même mot, dans cette jurisprudence sévère qui succéda partout à l'antique mansuétude traditionnelle. Il s'applique alors aux animaux, aux hommes, et même aux choses. Qu'il soit sacré aux Dieux pénates; c'était la condamnation à mort de Feûfant par le père de famille, dans l'intérieur de la maison. Qu'il soit sacré aux Dieux delà patrie; c'était la formule de condamnation par le magistrat ou par le peuple, pour un délit public. Sacer esto: formule célèbre que je me-propose d'examiner : qu'il soit anathème; et l'anathème a été conservé dans l'Église, mais avec un sens purement moral, si ce n'est lorsque le pouvoir temporel a osé pervertir les pacifiques attributions du pouvoir spirituel. Cette remarque incidente nous mé* neraittrop loin. Si je remontais sur-tout, comme j'ai déjà dit que je voulais le faire pour Fin-