TROISIÈME PARTIE
nourriture semblable à celle des hommes. Ce qui l'a égaré, c'est l'analogie que nous venons de remarquer entre la nourriture de l'homme et la matière du sacrifice. Les Dieux, ou n'avaient pas besoin de nourriture, ou avaient le nectar et l'ambroisie. La Bible, sur ce sujet, explique parfaitement Homère.
Toutefois ne négligeons pas de remarquer que la pensée fondamentale de l'expiation a pu s'altérer et même se pervertir entièrement, et qu'il y a un état de barbarie qui n'est point un état primitif; mais, au contraire, un état de dégénération d'où il faut que les peuples se relèvent. Ainsi donc, ce n'est point dans telle ou telle tradition locale-, c'est seulement dans ce que chaque tradition a de commun avec toutes les autres, que se trouve la grande pensée de l'expiation. Il est facile alors de comprendre pourquoi je ne puis m'arrêter à présenter tant d'appréciations diverses.
Toute l'induction que nous avons à tirer de cette digression, c'est, comme je viens de le dire, que la peine de mort, à un âge de tous les peuples anciens, fut un sacrifice: c'est une forme primitive, une expression générale du genre humain. Rien n'était plus facile que l'abus; aussi l'abus n'a-t-il pas manqué. La victime innocente a été quelquefois immolée comme victime innocente;