TROISIÈME PARTIE
gulière explication de Fanarchie et des échafauds de 93 ; et sur-tout, voilà qui me confond, et qui en confondrait de moins hardis, car cette législation criminelle, lorsqu'on en lit à présent les détails, nous fait frémir dans tout notre.étre. C'est un véritable chaos d'horreur, d'ineptie, de froide cruauté. Il fallait toutes les indolences dans Jes^ quelles nous étions malheureusement bercés, pour que nous pussions nt pas y prendre garde au milieu même du progi^ de toutes les idées .d^ justice et d'humanité. Pour le dire en passant, et pour rendre justice à qui elle est due, c'est Voltaire sur-tout qui, par ses cris puissants, ses cris de tous les jours d'une si longue et si éclatante vie, appelait notre attention, contraignait notre pensée pusillanime à s'arrêter sur ce triste objet de notre indifférence et de nos trop longs dédaius. Ce rire sardonique, habituellement produit sur ses lèvres par une contemplation railleuse de nos destinées, s'effaçait lorsqu'il sentait en lui, ouïes vives inspirations de la gloire, ou les sym patines . généreuses de l'humanité. La société, insolvable par l'abolition des supplices ! Que sera-ce donc de l'abolition de la peine de mort? Que sera-ce .qncore de l'abolition de toute peine entraînant un effet irrévocable? Tranquillisons-nous. Dieu, qui en sait plus que M. de Maistre, a permis successivement la désuétude des lois rigoureuses ^ à me-
sure que le sentiment moral s'est perfectionné.
Si je ne me trompe point, voici la progression naturelle des peines et des châtiments, et de leur adoucissement successif.
Anathême porté contre des populations entières pour le crime de quelques-uns, ou même pour le crime d'un seul : cet anathême, depuis long-temps, n'existe plus, ni dans nos mœurs, ni dans nos formes légales. Un pc|Hlgé a survécu , mais il va s'atténuant de jour en jour.
La mort s'étendant du coupable à toute sa famille, et j'oserai dire aux choses mêmes du coupable : cette législation d'une cruelle solidarité a péri à son tour. Il n'en reste, non plus, qu'un préjugé affaibli. ^
La torture n'a pu résister aux attaques du siècle qui vient de finir. C'était un dernier reste des jugements de Dieu, lesquels sont fort anciens. Les jugements de Dieu appartiennent à cette jurisprudence patricienne qui succéda immédiatement, comme nous l'avons vu, à la jurisprudence primitive, ainsi que le droit de vie et de mort du père sur les enfants, ainsi que toutes les jurisdictions de l'intérieur des familles. La graduation de la peine capitale elle-même, par la variété des supplices, avait survécu à la torture; elle a été aussi abolie, et cet agent incompréhensible, l'horreur et le lien de toute association humaine , du