‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 119 sur 122 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

ont du relief et de la profondeur par les miracles de la peinture n'ont cette profondeur et ce relief que parceque nous sommes accoutumés, hors de l'art, et à notre insu, aux effets merveilleux de la perspective et de la lumière. On a fort bien dit que la question de la perspective, chez les anciens, est une question d'idéologie. En y réfléchissant, on trouvera, dans cette donnée, la solution de plusieurs problèmes sur les arts d'imitation.

L'animal juge de la distance, sans avoir besoin de l'apprendre, aussi ne saura- t-il jamais les illusions de la peinture. Son esprit ne percera jamais la toile d'un tableau.

L'animal sait tout ce qu'il doit savoir. L'homme doit tout apprendre.

Les animaux font partie de l'homme, dans le sens que j'ai déjà expliqué : ils tendent à s'assimiler à lui; jusque là, ils sont sans individualité et sans faculté collective.

Il n'y a d'individualité qu'à la» condition de la faculté collective, et l'homme seul a la faculté collective , c'est-à-dire la faculté d'assimilation ; car les fourmis, les abeilles, les castors, ne prouvent rien, si ce n'est pour les poètes de la fantaisie.

L'homme ne sera rendu à l'individualité qu'après s'être, dans cette vie, rendu propre ce qu'il doit s'approprier de l'esprit humain.

C est pour cela qu'il a reçu la parole.

C'est par la parole que la pensée, le sentiment moral, l'appréciation par la voie des sens, sont entrés dans l'homme.

La parole est le sens intellectuel qui sert à développer les autres sens, les sens extérieurs.

Les langues ne sont peut-être qu'un produit de cette faculté primitive qu'eut l'homme de communiquer sa pensée à la pensée de son semblable, comme nous le voyons dans le somnambulisme, sans l'intermédiaire des sens extérieurs, des organes de nos communications actuelles.

Le sourd est muet.

Les sauvages ont la connaissance d'une cause première quelconque , et quelquefois , il est vrai , très grossière. Les sourds-muets ne l'ont pas. C'est que les sauvages tiennent cette connaissance de leurs traditions, et que réduits à leurs propres idées, les sourds-muets sont sans traditions.

La foi, c'est l'ouïe, comme l'a dit un écrivain sacré, je crois saint Paul. Pour les sourds-muets, il faudrait franchir l'ouïe, et arriver directement à l'intelligence. S'il était en notre pouvoir de ressaisir la faculté primitive dont je parlais tout-àl'heure, nous aurions trouvé le véritable traitement du sourd-muet.

Parmi les théologiens, ceux qui ont soutenu l'éternité des peines, et qui ont été moralistes en

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