TROISIÈME PARTIE
même temps, ont dit que les réprouvés méritaient incessamment la réprobation : ils ont jugé avec raison que si ce n'était pas ainsi , la perpétuité du supplice serait une chose injuste. Dans les réprouvés, disent-ils, la volonté du mal survit à la liberté, ce qui suffit pour motiver la continuité de la peine. Un jour, sans doute, et il faut désirer que ce jour ne soit pas éloigné, un jour, tous les théologiens seront d'accord sur ce point. Ils comprendront que les êtres intelligents ne peuvent se passer de liberté, même les êtres intelligents déchus. D'autres épreuves leur seront accordées, pour que tous parviennent à accomplir la loi définitive de leur être. La touchante inspiration qui a produit Abbadona attendrira la rigueur du dogme : les véritables poètes ont quelque chose de prophétique. Nul ne doute delà religion de KJopstoch : quoique ce grand hymnographe ait appartenu à une communion qui a repoussé le purgatoire, et adopté la prédestination, il s'est rendu l'interprète du christianisme de ce tem ps de tolérance, comme le Dante fut l'interprète du terrible christianisme du moyen âge. C'est avec une sorte d'anxiété que je fais de telles excursions dans un domaine où peut-être il eût été de mon devoir de rester étranger ; mais comment séparer les destinées humaines de ce qui en fait l'ame et la vie, de la religion? J'ai dit, plus haut, que tout
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était successif dans le temps, même la manifestation des vérités religfieuses; que la pensée divine, en daignant revêtir les formes de la parole, a dû consentir à devenir successive comme la pensée humaine elle-même. Appliquons ceci au dogme des peines éternelles, et achevons de nous exprimer dans le langage des lois de la société. La peine de mort est une peine définitive , relativement à ce monde. Est-ce à l'homme ignorant à infliger une peine définitive? est-ce à l'homme qui vit dans le temps, et dans un temps si fugitif, à retrancher le temps à son semblable? Les arguments qu'on a faits contre le suicide s'appliquent à la peine de mort, lorsqu'une fois on est arrivé dans le système d'idées où nous sommes graduellement parvenus. Ce n'est pas nous qui nous sommes volontairement placés dans le temps , et la vie n'est pas, pour nous, un don purement gratuit. Ce n'est point à nous à nous priver du temps et de la vie, parceque nul n'est sûr des conditions de l'un et de l'autre. J'en dirai autant pour la perpétuité de la réclusion, et, à plus forte raison, pour les fers, pour les peines entraînant la flétrissure. En suivant les régies de l'analogie et de la transformation des idées, nous trouverons que le sentiment religieux qui fait fléchir la croyance absolue aux peines éternelles, et le sentiment social qui nie la nécessité de la peine de mort, sont