PREMIÈRE PARTIE
partit la lumière, à Forigine, et que c'est encore dans le vieil Orient qu'il faut aller la rechercher. Les traditions grecques, nous le savons assez, ne sont que des transformations; par conséquent, elles ne sont point originales; de plus, après avoir passé par les enchantements de la poésie et des arts, elles n'avaient pas attendu l'époque florissante d'Alexandrie pour être fortement ébranlées, puisque déjà elles avaient successivement subi les discussions des philosophes, les dénudations et les sarcasmes des sophistes. Quant aux traditions sur lesquelles le christianisme a voulu être enté, celles-là même ont besoin d'être éclairées par un flambeau allumé au même foyer de l'Orient. Les premiers Pères de l'Église le savaient bien.
Le moment pàlingénésique où nous nous trouvons à présent, ressemble, sous beaucoup de rapports, aux premiers siècles de notre ère. Lorsque, en faisant abstraction de la tourmente politique et de l'agitation des intérêts individuels, on reporte sa pensée vers le troisième siècle, on ne peut s'empêcher de trouver une sorte de ressemblance philosophique entre ce siècle et notre temps. Alors le monde assista à la plus belle discussion qui ait jamais occupé les esprits. Alors toutes les traditions étaient encore vivantes, et les livres qui en contenaient les témoignages existaient pour tous, à l'usage de toutes les sectes
et de toutes les écoles. Alors les systèmes enfouis dans les vieux sanctuaires de la mystagogie ésotérique parurent au jour, pour y subir le même genre d'examen que ceux de la philosophie exotérique. Alors les Esséniens se mêlèrent, dans le célèbre musée d'Alexandrie, aux pythagoriciens et apx stoïciens, et ne redoutèrent ni les poétiques contemplations de Platon, ni les formules savantes de l'universel et pénétrant Aristote. Alors le christianisme, déjà divisé en sectes nombreuses, car, puisqu'il était fait pour l'homme, il devait revêtir aussi les différents modes de l'esprit humain, le christianisme, qui n'était point resséré dans les liens d'une rigide orthodoxie, ne dédaignait pas de s'appuyer lui-même sur d'antiques traditions, dont les plus importantes n'avaient jamais cessé d'être plus ou moins répandues parmi les nations. Alors les mythes furent expliqués, autant qu'ils pouvaient l'être, sur-tout en leur restituant leur pureté primitive, et en les débarrassant de ce que la brillante fantaisie des Grecs y avait ajouté. Alors les pères de l'église, les chefs des différentes écoles, étaient quelquefois étonnés de se rencontrer sur les mêmes routes , à la ^ recherche de la vérité. Certainement le troisième 1 et le quatrième siècle. sont l'époque où le plus d'idées ont été en présence. Si nous avions pu conserver tous les éléments de cette éclatante