‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 15 sur 122 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

controverse, elle recommencerait aujourd'hui, sans doute avec moins d'étendue quant à la circonscription géographique, peut-être avec moins d'intensité dans les croyances exprimées par des symboles; mais elle serait mieux préparée par les travaux scientifiques, par la variété et le nombre des esprits, par la lumière rationnelle des méditations. Le temps est venu , je n'en doute point, d'introduire la science dans le domaine des croyances religieuses, comme il faut l'introduire dans le domaine de la poésie. La plupart des documents dont je parle ont été détruits par les barbares, ou falsifiés par un zélé mal entendu et fanatique. La nuit du moyen âge a été la nuit non seulement pour le temps où elle a régné, mais encore pour les siècles antérieurs, et pour ceux qui ont suivi. Il fil ut le dire, ce n'est pas au farouche Omar qu'on peut attribuer, si toutefois même il n'a pas été calomnié, la funeste invention de vouloir effacer le passé, de vouloir déshériter l'avenir; et l'exem* pie qu'il n'avait pas besoin de recevoir, il l'a légué à des successeurs en barbarie qui, à leur tour^ se seraient sans doute passés du sien . On ne s'est pas même toujours borné à anéantir des livres ou des monuments; il a fallu verser le sang humain par torrent, et le mot martyr a voulu dire à-lafois victime et témoin. Nous savons que, depuis les pythagoriciens, tous égorgés en un jour, jus-

qu'aux Albigeois, anéantis d'un seul coup, on n'a jamais été avare de ces sortes d'exécutions où le génie de la plus féroce cruauté emprunte des armes sacrilèges à la superstition ou au fanatisme du prétendu bien public. Les collèges des druides ont ainsi péri, ensuite les Bardes. L'école d'Alexandrie a fini misérablement; et la belle et savante Hypathie ne trouva pas grâce devant un peuple furieux. De notre temps, les Turcs ont tué jusqu'au dernier Vahabi. La vérité, ou ce qu'on croit la vérité, pourrait avoir d'autres arguments pour triompher. La persécution n'éteint pas les croyances; un principe n'est pas étouffé dans le sang, même lorsque, comme dans les faits que je viens de citer, on veut épuiser tout celui des hommes qui professent la doctrine suspecte ou condamnée : l'islamisme reproduira un jour la secte dont il se croit si bien débarrassé, comme Luther et Calvin ont reproduit plus tard les Vaudois et les Albigeois. Toute doctrine renferme en soi la raison de ses développements et de ses écarts, comme tout principe doit produire inévitable-

r ment toutes ses conséquences. Une opinion est dans le monde, pour ainsi dire, indépendamment des hommes qui la professent, et toujours ils en ignorent toutes les profondeurs : on peut donc tuer les hommes sans tuer les opinions, sans y

( porter atteinte. Pour pénétrer les opinions, pour

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