DEUXIÈME PARTIE. 8i
w d'une troisième ; encore tous les Syriens n'ont-ils « pas le même culte. »
J'ajouterai que l'esprit des prêtres de l'Egypte fut d'accueillir tous les systèmes, toutes les opinions , à-peu-près comme les Romains adoptèrent tous les dieux des nations. L'influence qu'ils exercèrent fut donc toujours relative à l'esprit, aux mœurs, aux traditions plus ou moins accréditées de chaque peuple. Si cette conjecture a quelque fondement, la direction que se serait arrogée le sacerdoce égyptien serait, en quelque sorte, une imitation hardie et philosophique du gouverne^ ment même de la divine Providence.
Les enseignements, les doctrines des Mystères, venaient saisir ceux que l'incrédulité aurait pu entraîner au sortir du sein de tant de croyances superstitieuses que nous ne pouvons apprécier. Il fallait bien un appui au sentiment religieux.
Toutefois , je ne partage point l'opinion de Warburton sur le principe du polythéisme. J'admettrais plus volontiers cet autre principe: l'insondable unité de Dieu a besoin d'être dispersée, ou détaillée, pour être saisie ; c'est ainsi que nous analysons l'homme, pour chercher à le comprendre. Par la pensée humaine, Dieu est dispersé dans ses attributs, parceque la pensée humaine est condamnée à être successive. Les hymnes d'Orphée, dont il ne s'agit point ici de discuter ni l'authenticité, ni l'ori-
gine traditionnelle, Içs hymnes attribuées à Orphée sont des sortes de litanies lithurgiques , qui contiennent des énumérations dattributs. Tous les attributs de la puissance suprême, créatrice, sont donnés à chaque divinité, comme si chaque divinité était le Dieu suprême, créateur, ordonnateur, unique; car, en effet, Dieu est tout entier dans chacun de ses symboles.
Dans les Mystères , on aurait donc rétabli l'unité de Dieu.
Les Mystères étaient encore, sous une forme évocatrice, le passé et l'avenir du genre humain par les traditions générales, plus ou moins conservées, plus ou moins altérées, plus ou moins transformées.
Il paraît bien qu'on y enseignait les retours cycliques, la misère des familles humaines primitives : c'était, sans doute, une manière emblématique et mythique d'inculquer l'idée fondamentale de la perfectibilité successive de Famé humaine , à la condition des épreuves; cette perfectibilité et ces épreuves représentées, dans les divers grades de l'initiation, par la terreur ou le charme des spectacles dont on frappait les sens.
Quan t aux paroles de Thémistius, citées parle comte Ouvaroff , il faut exclure de cet assentiment les cultes immoraux, les croyances qui ne sont qu'une dépravation des idées religieuses.