DEUXIÈME PARTIE
Ne nous perdons pas plus long-temps dans de si difficiles méditations; d'ailleurs nous aurons souvent occasion d'y revenir.
Quand on dit que Dieu, prévoyant que tel être abuserait de sa liberté, aurait dû s abstenir de créer cet être, c'est comme si l'on disait que Dieu aurait dû s'abstenir de créer des intelligences libres. Ensuite, si l'on vient à élaguer, par la pensée, les hommes que, dans cette vue, Dieu aurait dû s'abstenir de créer, on sera étonné de voir que tous les hommes peut-être auraient dû être retranchés de la création, car tous les hommes abusent de la liberté, ou en usent mal. Ceux qui nous paraissent le plus parfaits ont des imperfections que nous n'apercevons point. Et souvent même des génies sublimes qui ont charmé ou éclairé les hommes sont tombés dans les plus déplorables égarements. Souvent encore, le flambeau de la science a brillé dans la main d'un impie ; et celui dont la vie privée était un outrage à la vertu et à la morale, plus d'une fois, alluma dans les âmes le feu céleste de la morale et de la vertu. Oui, nous ne connaissons qu'une partie des plans de la création, et de l'ensemble des destinées humaines, ainsi que de l'ensemble de chaque destinée humaine, en particulier. Les abus de la liberté, lorsqu'ils nuisent aux autres, sont des épreuves pour les autres, comme ceux de tous sont des épreuves pour chacun.
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L'espèce humaine tend à un but unique, à un principe unique. Tous les hommes y concourent comme individus, et tous les peuples comme réunions sympathiques d'individus. Les sentiments ; -individuels et les sentiurents collectifs sont nécessaires à l'harmonie universelle. Qui connaîtrait le but et le principe connaîtrait la raison de l'histoire. Ce qu'il y a de manifeste, c'est le développement, l'évolution. Le tableau des destinées humaines serait donc le tableau du plan général de la Providence marchant à l'accomplissement de ses desseins sur nous. Ocellus appelait le monde : La cité des Dieux.
Au reste, il suffit d'admettre qu'en sortant de cette vie, nous n'entrons pas dans un état définitif. Toute créature doit parvenir à sa fin, et tant qu'une destinée humaine a quelque chose à accomplir, c'est-à-dire un progrès à faire, rien n'est fini pour elle. Or, pour elle, l'accompUssement, c'est la perfection, comme pour tous les ouvrages du créateur; car, dès le commencement, Dieu a trouvé que ses ouvrages étaient bons, parcequ'en effet chadun contient en soi la cause et le moyen de son développement. Seulement, c'est à l'homme, en raison de sa liberté, à parvenir à la perfection ; car , encore une fois, il faut que l'intelligence mérite. Voilà ce qui rend impossible que tout finisse avec cette vie ; voilà ce qui rend impossible