‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 39 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

aussi que, sitôt après cette vie, il ne se trouve pas un autre état de liberté où Thomme puisse continuer de graviter vers sa perfection relative jusqu'à ce qu'il y soit parvenu. D'un autre côté, ily doit venir un temps où chaque destinée n'aura plus à subir l'influence et le froissement des autres destinées. Ce sera le temps de l'indépendance et de l'individualité, chose que nous ne pouvons pas trop concevoir à cause des liens d'affection qui doivent toujours subsister; le sentiment de cette indépendance et de cette individualité est cependant, pour plusieurs, la pensée secrète et dominante qui nous agite en ce moment, mais elle ne se réalisera jamais dans ce monde. Pour y échapper, réfugions - nous dans la sphère religieuse. En revenant, ailleurs, sur ce caractère d'affranchissement absolu, qui serait une véritable dissolution sociale, et que je crois plus apparent que réel, nous trouverons peut-être que les lois de la sympathie et de la solidarité ne seront abrogées ni dans ce monde perfectionné, ni dans l'autre. Les lois fondamentales sont successives, et susceptibles , comme toutes les autres, d'arrtver * graduellement à la perfection, à mesure que les êtres auxquels elles s'appliquent arrivent euxmêmes à la perfection. Ces lois qui ont servi à l'éducation du genre humain, à son avancement, subsisteront toujours. Le christianisme est la

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grande expression de ces lois, pour tous les mondes où l'homme doit pénétrer.

La plus forte existence qui ait paru sur cette terre, depuis les temps primitifs, est incontestablement celle de Bonaparte. Chez lui l'intelligence fut portée à son plus haut développement. Le sentiment moral était resté en arrière, non relativement peut-être aux autres hommes, mais, sans aucun doute, relativement à lui-même. Serait-ce un des inconvénients d'une intelligence tellement puissante et tellement concentrique? S'il eût été placé dans un milieu où il eût moins dominé, où il eût été moins centre d'activité, il est vraisemblable que son sentiment moral se fût développé en raison du développement de son intelligence, ce qui eût été une des plus belles harmonies de ce monde. L'existence où il est entré, depuis sa mort, et qui a si bien été préparée par sa chute éclatante, par son exil tout semblable au suppHcé long et douloureux infligé à un redoutable Titan , cette existence nouvelle est peut-être une épreuve destinée à mettre de niveau son intelligefice et son sentiment moral, et cette épreuve commença sur le rocher de Sainte-Hélène. Si cela est ainsi, c'est déjà un être bien grand devant le Créateur de tous les êtres.

Soyons-en convaincus, nul homme n'emploie toutesles facultés qui sont en lui ; nul homme ne

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