‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 42 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE. io · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. io

de cet écrit; et peut-être aussi serais-je trop aven»tureuxdaus un pareil sujet, si toutefois je ne lai pas beaucoup été jusqu'à présent, quoique au besoin je pusse appeler en témoignage quelques uns des premiers Pères de l'Église. Je suis donc forcé de m'arrêter.

Qu'on me permette cependant quelques mots sur les sibylles, à l'occasion de celle que j'ai placée en Samotlirace; et ce peu de mots suffiront pour solliciter de graves méditations sur un sujet si profondément mystérieux.

Les sibylles sont des êtres fort extraordinaires, dont l'existence merveilleuse n'est point contestée. Dans les collèges de druidesses, chez le^ nations celtiques, il y avait des prophétesses qui excitaient la confiance et l'enthousiasme des peuples : elles étaient de la même nature que les sibylles.

Notre Jeanne d'Arc, dont l'existence est également merveilleuse et également incontestable, peut nous aider à pénétrer de tels phénomènes, non pour chercher à les expliquer, mais pour les ' constater.

Un sentiment intime, profond, puissant, s'agite dans un pays : ce sentiment se concentre dans une personne en qui réside une grande force d'assimilation; il s'identifie avec elle, il devient son moi, comme je l'ai dit. Remarquez que c'est presque toujours dans une femme que cette sorte d'i-

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dentifîcation est produite : la physiologie pourrait en dire la raison *, c'est par une faculté éminemment passive, semblable à la touche d'un clavier, que la Providence se met en contact avec la nature humaine , lorsqu'elle a résolu d'agir directement sur nos destinées.

La France était envahie par les étrangers. Le sentiment de la délivrance faisait frémir tous les cœurs généreux. Elevé à sa plus haute puissance d'exaltation par une foi vive en la religion du pays, ce sentiment de la délivrance devint l'ame et la vie de la magnanime Jeanne d'Arc. Elle fut à-la-fois une sibylle et un héros. Son interrogatoire, vé- ^ritable monument de poésie et d'histoire, nous la montre complètement exempte de superstition, et pure comme un ange du ciel. Elle crut en sa mission , et elle eut raison d'y croire.

Elle savait, comme on sait les choses que l'on veut de toutes les forces de son être, comme on sait encore celles qu'une intuition extatique fait' connaître, elle savait que le beau royaume de France était un royaume destiné à être indépen- ^ dant, et à gouverner le monde. Toutes les fois, en effet, que la France manque à cette destinée, c'est, sous certains rapports, une perturba tion^de l'ordre général. La Providence n'a pas toujours en réserve une Jeanne d'Arc pour venir au secours d'un Charles VIL

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