DEUXIÈME PARTIE. io
A-t-il fallu Foccupalion de i8i5, par toptesles armées' de l'Europe, pour nous faire connaître Jeanne d'Arc? Un peuple sent le besoin de l'unité territoriale, de l'unité de langue, de l'unité de traditions. Ce besoin , lorsqu'il est contrarié aVec violence, se réfugie d'esprit en esprit, et finit ;«par trouver un asile dans une organisation de sibylle. « L'unité morale qui fait que tel peuple a son ipoi, son génie, cherche toujours à s'exprimer par l'étendue dans plusieurs, ou par l'intensité dans un seul individu.
Le sentiment des destinées humaines produisit les sibylles des nations grecques et des nations latines, la Voluspa des nations celtiques.
Je comprends ces sorte,s de faits lorsqu'ils sont des faits providentiels, c'est-à-dire lorsque l'identification a lieu pour une pensée générale, pour un sentiment général. Ainsi, par exemple, je conçois la sibylle de Delphes guidant lé conseil 4es amphictyons ; celle de Cumes i:endant des oracles pour les destinées générales des nations latines ; la druidesse gauloise, puissante dans lés conseils et dans Jes armées.
Il est donc fortement à présumer que, dans l'origine, ces êtres providentiels. ne ^'expliquaient que sur des faits providentiels, c'est-à-dire sur des faits généraux; que ce fut une dégénéra tion de ces sortes d'oracles, lorsqu'ils s'expliquèrent ^ur
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des faits particuliers, sur des destinées individuelles. Dans les destinées individuelles, il est bien entendu que je ne fais point entrer les destinées d'un législateur. Solon, Lycurgue, Numa étaient des hommes généraux, et non des hommes individuejs.
ir Au reste, en parlant de tels objets, si mes expressions annoncent quelquefois une sorte de certitude reposant sur une connaissance intime, il ne faut pas trop les prendre dans un sens purement littéral j et sur-tout il ne faut pas les séparer de cette pensée dont la représentation est si difficile, cette pensée féconde et instinctive qui présida, selon ce qui a été dit , à la naissance des premières institutions, qui forma, comme autant de ï*uches toutes les cités antiques.
LeSiOracles ne furent point fondés par la fraiide, rien ne se fonde ainsi^ ils purent se perpétuer par elle: c'est dans ce point de vue qu'il faudrait lire les différents traités de Plutarque sur les oracles. Sa , crédulité nous instruirait beaucoup plus, à cet égard, que les doutes ou l'incrédulité des diverses sectes académiques, épicuriennes ou stoïciennes.
Dans les temps d'affaiblissement des croyances particulières et transformées, il y a des esprits très élevés qui résistent à l'incrédulité, et qui cher-" chent un appui dans les croyances générales et primitives. La tendance des stoïciens devant être