‹ Essais de palingénésie sociale (volume 2)Chapitre 44 sur 122 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de résister aux envahissements de répicuréisme. il rie serait point impossible de trouver, en eux, la croyance aux oracles.

Les voix des traditions primitives se font entendre de nouveau, dans les époques palingénésiques.

Il y a une telle puissance dans la foi, que ce qu'elle affirme être est. Une assertion aussi peu limitée ne saurait, non plus que les expressions dont je me servais tout-à-l'heure, être entendue dans un sens purement littéral; il ne faut donc pas l'isoler de ce que j'ai dit en plusieurs endroits; elle serait même une haute absurdité, si l'on n'y joignait comme une identification de la pensée humaine avec la pensée divine. L'historien qui vient après les âges de la foi ne doit point négliger d'en raconter les miracles.

L'incrédulité dissout tout, en niant tout. On veut choisir dans les témoignages et dans les traditions; et tous les témoignages sont infirmés, toutes les traditions sont ébranlées.

Sitôt que la foi des peuples eut abandonné la pythonisse de Delphes, elle ne put plus que philippiser, selon l'expression de Démosth^nes. Une institution qui se perpétue au-delà de sa mission ne peut plus que faire du mal. Le sens prophétique et le sentiment patriotique étaient identi-

({ues dans cette femme qu'une loi dès choses avait

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placée à-la tête des destinées des nations grecques. Lapytlionîsse, en cessant d'avoir le sens prophétique, devait cesser d'avoir le sentiment patriotique.

La sibylle de Samothrace est une sibylle d'un gjenre particulier; je crois avoir été, dans cette invention, très fidèle aux lois de l'analogie, lois que j'ai si souvent besoin d'invoquer. Cette sibylle est celle d'un ordre de choses qui finit, et •dont lé sens prophétique n'est plus en sympathie avec lés destinées qui commencent. Elle les sent naître, mais elle ne les comprend pas. J'ai pensé .qu'Orphée étant imprégné du sentiment de l'avenir, n'avait pas besoin de l'inspiration d'une sibylle des temps nouveaux. A cet âge du monde, sans parler même "des prophètes hébreux, des hommes sont souvent représentés comme doués de cette faculté, qui paraît avoir été plus particulièrement attribuée à des femmes. Le personnage d'Eurydice m'était donné; je n'ai pu faire que le rapprocher le plus possible de la nature de la sibylle, san^ l'y faire entrer, puisqu'il n^ fut jamais. > Remarquez que* Cassandre avait le sentiment de l'avenir* mais comme ce sentiment portait sur des évènemetits de fin, sur des catastrophes de destructiqp, il ne fut point écouté. Il n'était point cru^ parcequ'il s'appliquait à des destinées qui subissaient la ipôrt.

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Un Juif, au siège de Jérusalem, joua le rôle de Gassahdrë.

L auteur d'une dissertation sur les sibylles, qui aurait de l'indépendance et de l'étendue dans Fesçrit, dont l'imagination serait ornée, qui aurait fait les études philologiques nécessaires, et surtout qui aurait un grand éloignement pour tout système de pyrrhonisme ou d'incrédulité, un tel auteur aurait à examiner l'analogie profonde et intime de la fetnme avec cette faculté passive, pshychologiment et physiologiment sympathique et assimilatrice, qui consiste à s'imprégner soit d un sentiment général, soit d'une pensée universelle, soit des prévisions de destinées générales ou universelles ; mais cette question, de l'ordre le plus mystérieux, ne serait pas la seule qui se présenterait, et même ne serait pas la plus importante. Il aurait à étudier l'histoire, sous ce rapport, et à nous dire si, en considérant la longue vie attribuée aux diverses sibylles, il ne serait pas permis de présumer que le nom de chacune fut celui d'un cycle de civilisation . Il aurait à chercher l'identité de la muse, de la sirène et de la sibylle, selon la base mythologique, héroïque ou historique des récits, primitifs. Mais la première de toutes les questions tiendrait à ce qu'il y a de plus obscur dans les voies de la Providence, c'est-à-dire à l'exanien de son action quelquefois immédiate sur les destinées hu-

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maines, sans toutefois attenter à la liberté de l'être intelligent. Il s'agirait de savoir ce que fut la mis-? sien, et j'oserai dire, le ministère du peuple hébreu, relativement aux autres peuples ; car il y a des peu-^ pl^ prophètes, des nations symboliques ; il s'agirait de savoir quelle fut la raison de l'anathème si ri-r goureux porté contre les nations Cananéennes , et dont ce peuple fut le terrible exécuteur. La mission et le ministère du peuple romain seraient également à apprécier.

Ceci nous ramènerait aux deux centres de direction > dont j'ai déjà dit quelques mots, en par-r lant de l'Egypte.

Il serait téméraire d'entrer dans de si difficiles discussions; contentons-nous d'affirmer.

Que le genre humain, sans acception de temps et de peuple, respire et ne peut respirer que dans une atmosphère de révélation générale ;

Que, dans les temps où cette révélation génér raie devient insuffisante, il survient des révélations spéciales, selon le besoin; que d'autres organes se manifestent;

Que la Providence a des moyens particuliers, des instruments en réserve , que quelquefois elle s'explique elle-même directement. C'est alors que la pensée divine consent à informer la nature humaine, pour la régénérer sans attenter à sa liberté. Le regard ne peut supporter de si éblouissantes

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